Comparatif : 6 cannes mouche 9' #5 Made in USA

canne pêche en sèche

Au sein de l'offre pléthorique actuelle, les cannes estampillées Made in USA restent les plus prestigieuses aux yeux des amoureux du matériel authentique. Souvent dotées de finitions originales et de composants luxueux, elles se révèlent aussi très onéreuses, mais quand on aime... Truites & Cie a sélectionné pour vous 6 références en 9' #5 (dont plusieurs nouveautés 2021) dans un comparatif de grande classe : la  CF-Burkheimer, la Loomis NRX+, la Orvis Helios 3D, la Sage Sonic et les nouvelles Scott Centric et Winston Air 2.

Texte

Tests statiques et mesures

CF-BURKHEIMER

CF-Burkheimer est l'entreprise de Terry Burkheimer basée dans l'état de Washington. Depuis 35ans, elle propose des cannes produites et assemblées à 100% dans ses ateliers (elle façonne même le liège des poignées !), en petite série. Dans sa configuration "Classic", la canne possède un blank fin vert foncé finition gloss, des ligatures olives foncées et des anneaux serpentiformes hard chrome (suivant un premier chrome nanolite). Le porte-moulinet aluminium chrome avec insert en érable surmonte une poignée liège half wells. A noter la présence de points d'alignement des brins. Cette canne est livrée dans une housse tissu et un tube en aluminium.

En bonne entreprise artisanale, CF-Burkheimer propose des modèles "à la carte" notamment au niveau de la couleur et de la finition du blank, ainsi que du porte-moulinet et des anneaux. Si cette possibilité de personnalisation vous intéresse, n'hésitez pas à contacter le distributeur français PLC Pêche au 03 89 24 30 05 pour en connaître tous les détails.

Matériel

CF-Burkheimer 9' #5

Marque
CF-Burkheimer
Série
Classic
Longueur
9'
Longueur réelle
274cm
Soie
#5
Brins
4
Poids annoncé
72.00g
Poids réel
72.00g
Anneaux
11
Premier anneau
52cm
Poignée
23x161mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Non
Points d'alignement
Oui
PME
165.00g
PTE
237.00g
IP
43
ERN
5.35
AA
65°
CCF
82cpm
Confort
7.2/10
Prix à la date de sortie
875.00€
Vidéo
Texte

Loomis NRX+

La gamme NRX + sortie en 2020 est une évolution de la gamme NRX et se pare d'une toute nouvelle décoration : le blank est gris ardoise et les ligatures noires sont ornées de discrets liserés bleus au niveau des emmanchements et du premier brin. Le nouveau porte-moulinet gun métal possède un insert en bois de noyer ; il est surmonté par une poignée liège full wells. Les anneaux de cette Loomis sont des monopattes recoil . A noter la présence d'un accroche mouche. Cette canne faite main à Woodland, Washington est livrée dans une housse et un tube aluminium.

Matériel

Loomis NRX + 9' #5

Marque
Loomis
Série
NRX +
Longueur
9'
Longueur réelle
275cm
Soie
#5
Brins
4
Poids réel
88.00g
Anneaux
11
Premier anneau
51cm
Poignée
25x177mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Non
PME
150.00g
PTE
238.00g
IP
51
ERN
6.49
AA
65°
CCF
87cpm
Confort
8.2/10
Prix à la date de sortie
795.00€
Texte

Orvis Helios 3D

De son côté, la gamme Orvis Helios 3D (« D » pour Distance) se caractérise par un blank au revêtement bleuté et des inscriptions bleues sur le premier brin. Les ligatures noires fixent des anneaux serpentiformes recoil après un premier SiC/titane. Le porte-moulinet est en aluminium anodisé noir avec insert carbone. A noter la présence de points d'alignement des brins. Cette canne fabriquée dans les ateliers Orvis à Manchester, Vermont est vendue dans une housse et un tube en aluminium.

Matériel

Orvis Helios 3D 9' #5

Marque
Orvis
Série
Helios 3D
Longueur
9'
Longueur réelle
275cm
Soie
#5
Brins
4
Poids réel
83.00g
Anneaux
11
Premier anneau
55cm
Poignée
24x175mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Non
Points d'alignement
Oui
PME
140.00g
PTE
223.00g
IP
49
ERN
6.22
AA
70°
CCF
81cpm
Confort
8.4/10
Prix à la date de sortie
1035.00€
Texte

Sage Sonic

Cette série Sonic aborde un revêtement olive foncé verni et des ligatures grises ; celles des emmanchements et du premier brin possèdent un double liseré brillant. La canne est montée avec des anneaux serpentiformes. La poignée full wells surmonte un porte-moulinet en bois de genévrier et aluminium anodisé gun métal mat. A noter la présence d'un accroche mouche. Cette canne garantie à vie est livrée dans un tube de protection en aluminium et une housse.

Matériel

Sage Sonic 9' #5

Marque
Sage
Série
Sonic
Longueur
9'
Longueur réelle
274cm
Soie
#5
Brins
4
Poids annoncé
78.00g
Poids réel
79.00g
Anneaux
11
Premier anneau
49cm
Poignée
23x163mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Non
PME
165.00g
PTE
244.00g
IP
46
ERN
5.79
AA
69°
CCF
86cpm
Confort
7.4/10
Prix à la date de sortie
620.00€
Texte

Scott Centric

Cette canne Scott fait dans la sobriété : le blank ardoise possède un très fin revêtement au motif spiralé et les ligatures sont noires, seul un discret liseré rouge apporte un peu de couleur sur le premier brin et aux emmanchements. Les anneaux sont des serpentiformes. La poignée full wells surmonte un porte-moulinet en aluminium noir avec insert carbone. Deux marquages à 12" et 20" (soit 30 et 50cm) sont présents sur le premier brin. A noter également la présence d'un accroche mouche et de points d'alignement des brins. Cette canne 4 brins est vendue dans une housse et un tube aluminium.

Matériel

Scott Centric 9' #5

Marque
Scott
Série
Centric
Longueur
9'
Longueur réelle
273cm
Soie
#5
Brins
4
Poids réel
91.00g
Anneaux
11
Premier anneau
45cm
Poignée
25x162mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Oui
PME
160.00g
PTE
251.00g
IP
45
ERN
5.65
AA
69°
CCF
85cpm
Confort
7.0/10
Prix à la date de sortie
899.00€
Texte

Winston Air 2

Cette nouvelle série Winston venue tout droit du Montana se caractérise par un blank vert émeraude finition gloss et des ligatures de même couleur (avec de discrets liserés rouges sur le premier brin). Les anneaux sont de type serpentiforme, ils suivent un anneau de départ Chrome & Nanolite, couleur Titane. La poignée liège Extra Flor half wells surmonte un porte-moulinet en métal chrome avec insert en loupe d’érable. A noter la présence d'un accroche mouche. Cette canne numérotée est livrée avec un tube et une housse compartimentée.

Matériel

Winston Air 2 9' #5

Marque
Winston
Série
Air 2
Longueur
9'
Longueur réelle
275cm
Soie
#5
Brins
4
Poids réel
99.00g
Anneaux
11
Premier anneau
54cm
Poignée
23x163mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Non
PME
140.00g
PTE
239.00g
IP
37
ERN
4.46
AA
65°
CCF
84cpm
Confort
6.8/10
Prix à la date de sortie
1039.00€
Texte

DISCUSSION DES MESURES

PUISSANCE

En ce qui concerne la puissance, les cannes de ce test peuvent être classées en 3 catégories :

  • celles dont la puissance est sous-évaluée : c'est le cas de la Orvis Helios 3D et de la Sage Sonic qui sont en réalité des #5/6 (ERN respectifs à 6.22 et 5.79) et de la Loomis NRX + qui est une vraie #6 (ERN à 6.49).
  • celle dont la puissance est sur-évaluée : c'est le cas la Winston Air 2 qui est en réalité une vraie #4 (ERN à 4.46).
  • celles dont la puissance est conforme : les deux cannes à la puissance réelle conforme sont la CF-Burkheimer et la Scott Centric (ERN respectifs à 5.35 et 5.65) qui sont de vraies #5.

ACTION 

Au niveau des actions caractérisées par l'Action Angle (AA), deux catégories sont représentées :

  • les actions fast (AA supérieur à 66°) : c'est le cas de la Orvis Helios 3D, de la Sage Sonic et de la Scott Centric dont les actions sont identiques (AA de 69 et 70°).
  • les cannes d'action moderate fast (AA compris entre 63 et 66°) : c'est le cas de la CF-Burkheimer, de la Loomis NRX + et de la Winston Air 2, dont les actions sont également identiques (AA sont tous égaux à 65°).

RÉACTIVITÉ

Caractérisée par la fréquence d'oscillation (CCF) exprimée en cpm, la réactivité est indicatrice du rythme de lancer à adopter lorsqu'on pêche en sèche. Elle dépend étroitement de la puissance de la canne et donc de la place de l'ERN dans la plage de puissance considérée (plus l'ERN est en haut de la fourchette et plus le CCF devrait logiquement être important).

Pas de surprise à ce niveau, les CCF les plus faibles correspondent bien aux ERN placés relativement bas dans leur plage de puissance : exemple de l'Orvis Helios avec 81 cpm pour un ERN à 6.22 et la CF-Burkheimer avec 82 cpm pour un ERN à 5.35. A l'extrême inverse, on retrouve les 86 cpm de la Sage Sonic (ERN à 5.79). Les autres ERN étant proches du milieu des plages respectives, on retrouve des CCF proches (84 cpm pour la Winston Air 2, 85 cpm pour la Scott Centric). Seule exception à la règle, la Loomis NRX + dont l'ERN est situé en milieu de la plage #6 et dont le CCF est très important (87 cpm), à corréler au fait que c'est la canne la plus puissante de ce test... Pas de différence significative de réactivité entre les différents modèles.

MONTAGE

L'influence du montage sur la pratique de la pêche en sèche ou en nymphe à vue est moins importante que lorsqu'on opère en nymphe au fil. Attardons-nous quand même sur les finitions et les caractéristiques des poignées des différents modèles.

Côté finition, seule la Scott Centric possède à la fois accroche-mouche et points d'alignement des brins. Les autres références ne possèdent que l'accroche-mouche (cas de la Loomis, de la Sage et de la Winston) ou que les points d'alignement (cas de la CF-Burkheimer et de la Orvis).

Pour ce qui est des longueurs et épaisseurs des poignées, la tendance lourde est au minimalisme : la poignées de la majorité des références sont plutôt fines (22 ou 23 mm) et courtes (161 ou 163 mm). Seules les poignées de la Loomis et de la Orvis ont des dimensions relativement standard (respectivement 25 x 177 mm et 24 x 175 mm).

CONFORT 

Niveau confort de pêche, notre système de notation attribue la meilleure note à la Orvis Helios 3D avec un 8.4/10 talonnée de près par la Loomis NRX + (8.2/10). Ces deux références se détachent clairement à ce niveau, notamment en raison d'un excellent équilibre (un moulinet vide d'environ 100/110 gr suffira à les équilibrer). Vient ensuite le trio Sage Sonic, CF-Burkheimer et Scott Centric (notes respectives 7.4, 7.2 et 7/10). Un moulinet vide d'environ 120 gr sera optimal pour ces 3 références. Enfin, la Winston ferme la marche avec un 6.8/10 : on attendait un meilleur PTE compte tenu de sa puissance réelle largement inférieure à celles de ses concurrentes. Elle est pénalisée par son poids (99 gr), malgré un excellent équilibre (un moulinet de 100 gr l'équilibrera parfaitement).

Image
pêche mouche
Texte

L'AVIS DE LA RÉDACTION

Comme à notre habitude, nous ne discuterons pas le look des différents modèles, ce critère étant totalement subjectif. Les photos parlent d'elles-mêmes et chacun se fera un avis selon sa propre sensibilité. De même, nous ne débattrons pas les détails de finition, tant les pratiquants accordent des importances très variables à chacun d'eux.

Discutons plutôt des usages, principalement dictés par les puissances réelles des différents modèles :

  • les pêches fines en sèche ou en nymphe à vue : avec sa puissance réelle #4 et son action moderate fast, la Winston Air 2 9' #5 se destine clairement à cette approche. Une soie de 4 la chargera de façon optimale et sa courbe régulière autorisera l'utilisation de pointes fines à très fines en limitant le risque de casse.
  • Les pêches fortes en sèche ou en nymphe à vue : avec sa puissance réelle #6, la Loomis NRX + est clairement la canne pour s'attaquer aux grosses truites françaises ou à l'étranger. Puissante mais d'action moderate fast, cette canne sera un excellent atout pour combattre ces gros poissons de façon optimale. Et son confort de pêche est tout simplement excellent !
  • Les pêches en sèche ou en nymphe à vue "standard" : avec leur puissance réelle #5 (CF Burkheimer et Scott Centric) ou #5/6 (Orvis Helios et Sage Sonic), ces cannes rentrent dans la catégorie dans des grands classiques pour les pêches des gros poissons de nos rivières françaises. Toutes sont d'action rapide sauf la CF-Burkheimer qui est moderate fast. Les autres points discriminants se situent essentiellement au niveau du confort de pêche (où la Orvis se démarque !), des finitions et du look.

Bon choix !

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LIENS UTILES

Le protocole de test des cannes à mouche

Bien choisir sa canne sèche / nymphe à vue

Les cannes CF-BURKHEIMER en ligne :

PLC Pêche

 

Les cannes Orvis et Scott en ligne :

Aspe Angler

 

Les cannes Sage en ligne : 

Ardent Pêche

 

Les cannes Winston et Scott en ligne :

Le Moulin de Gémages

« The world’s forgotten fishes » - Le rapport qui fait du bien là où on a mal ?

world’s forgotten fishes

Le titre fait bien entendu écho à une actualité que vous connaissez tous depuis quelques semaines et qui place le pêcheur à la ligne au centre de débats politiques, éthiques, juridiques et philosophiques autour de la cause animale nous concernant plus particulièrement, celle des poissons. Cette actualité, qui fait couler beaucoup d’encre, a la petite vertu de nous amener à nous questionner sur nos pratiques et notre relation à ceux que nous piquons de nos hameçons.

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Sur le volet philosophique, ces questionnements sont personnellement assez vertigineux et je suis encore incapable à cette heure de bien discerner ce vers quoi ceux-ci me mèneront. Mais ces questionnements s’imposent à nous, d’abord pour que d’autres ne prennent pas la liberté de nous imposer leurs définitions, j’oserais dire, leur idéologie. Car pour reprendre quelques belles idées de Baptiste Morizot sur d’autres sujets, ceux qui projettent sur nos parents à écailles des structures identiques aux nôtres (ils souffrent, ils stressent, ils ont conscience de, …) vouent très probablement leur relation à eux à l’échec. Il est donc, à mon sens, de notre rôle, de pêcheur « de loisir », d’être force à penser, de se laisser travailler par les vives critiques animalistes (qui seront peut-être demain celles plus larges d’autres mouvements écologistes) pour trouver nos mots, comprendre la diversité de nos relations avec les poissons et in fine, définir nos égards ajustés en faisant justice à leur altérité. Ne tombons pas dans le panneau des animalistes, dont les manœuvres intellectuelles reviennent à apposer sur les poissons (plus globalement aux animaux) ce qu’ils souhaiteraient pour eux. L’exercice est ô combien difficile je le conçois car il nous faut trouver ces égards ajustés tout en admettant notre relation aux poissons qui n’est plus celle aujourd’hui du rapport proie-prédateur. Mais l’enjeu est de taille, car il conditionne probablement la place de la pêche de loisirs dans notre société pour les 20-30 années à venir, et possiblement, de façon plus radicale, la pérennité de notre passion exercée dans sa liberté actuelle. Je m’arrête là car ce n’est pas le sujet principal que je souhaite aborder ici. Et nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir dans de futurs articles !

Parmi les doutes et les questions, il y a toutefois 2 choses dont je suis convaincu aujourd’hui : premièrement les poissons d’eau douce et plus globalement les milieux aquatiques se situent dans des états de dégradation tels que leur restauration et leur conservation me paraissent être la priorité des priorités, bien avant ces débats très souvent anthropocentrés sur la question de la souffrance du poisson. Deuxièmement, je pense que dans cette urgence, les pêcheurs de loisirs ont un rôle majeur à tenir, parce que nous sommes des sentinelles (les dernières en France ?), parce que nous sommes vecteurs d’une économie dynamique qui pèse à des échelles locales sur de très nombreux territoires, parce que nous aimons les gros poissons et les belles rivières !

Ce constat, il me paraît également urgent de le partager et de le faire valoir car malgré notre nombre très important (bien que décroissant !), nous pesons bien trop peu dans la balance politique et décisionnaire de notre pays, et au-delà. Preuve en est cette histoire de vœux communaux d’interdiction de la pêche au vif ou, plus symptomatique encore, le revers que nous venons d’accuser suite à la décision du Conseil d’Etat sur la continuité écologique et les débits réservés (voir ici le contenu détaillé de cette décision ici.

La semaine dernière, dans ma petite tournée hebdomadaire des potins du web sur les bestioles à écailles, je suis tombé sur la publication du rapport « The World's Forgotten Fishes », dernier rapport en date sur la situation mondiale des poissons d’eau douce publié par un collectif de 16 ONG internationales. Et en parcourant les belles lignes et les superbes illustrations de ce document, j’ai retrouvé exactement mon ressenti du moment, sur cette double conviction.

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wwf
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La situation alarmante des espèces piscicoles dulçaquicoles

Sur la situation des espèces d’abord, rien malheureusement de bien nouveau sous le soleil, un peu le même ressenti qu’à la sortie d’un nouveau de rapport du GIEC. Le constat vient d’ailleurs renforcer celui dont nous avions fait mention dans un précédent article et issu du « LIVING PLANET INDEX ».

Le rapport « The Worlds Forgotten Fishes » nous dit en particulier ceci : à l'échelle mondiale, la biodiversité des eaux douces montrerait un déclin deux fois plus rapide que celui observé dans les océans et les forêts. Pour certaines espèces, le déclin serait plus net encore. Les estimations avancent ainsi une baisse de 76% des populations de poissons migrateurs tels que le saumon ou l'esturgeon depuis les années 1970. La baisse est encore plus catastrophique pour les mégapoissons comme le béluga européen ou le poisson-chat géant du Mékong, les statistiques indiquant en effet une chute de 94% des effectifs au cours des cinquante dernières années.

Alors que les eaux douces représentent à peine 1% des écosystèmes aquatiques de la planète, elles abritent pourtant une extraordinaire biodiversité. 51% des espèces de poissons répertoriées dans le monde - soit plus de 18 000 - évoluent dans les rivières, fleuves, lacs et autres étendues d'eau douce. Pour nombre d’espèces, il est malheureusement déjà trop tard. D'après les données de l'UICN, 80 espèces sont désormais considérées éteintes. Parmi elles, l'espadon chinois (Psephurus gladius) dont la disparition a été officialisée en janvier 2020 ou encore quinze espèces endémiques des Philippines. Plus près de chez nous, la situation n’est pas beaucoup plus réjouissante. Ce rapport évoque ainsi le cas des esturgeons, devenus la "famille de poissons d'eau douce la plus menacée au monde" en raison de la surpêche et du braconnage motivés par le succès du caviar sauvage illégal. Les anguilles européennes, en danger critique d’extinction, décrochent, elles, le titre de "poisson le plus braconné".

Malheureusement, nous connaissons aujourd’hui souvent très bien les menaces à l’origine de ces situations : destruction des habitats, barrages hydroélectriques sur les rivières à débit libre, prélèvements excessifs d'eau pour l'irrigation ou encore pollutions des habitations, de l'agriculture et de l'industrie. On peut ajouter à cette liste noire la surpêche et les pratiques de pêche destructrices, les espèces exotiques envahissantes et le réchauffement climatique. Et partout sur la Planète, des exemples de déclins massifs d’espèces piscicoles dulçaquicoles. Le rapport nous en livre deux, à titre illustratif :

  • Sur le Gange en amont de Farakka, dans l'État indien du Bengale occidental, la pêche artisanale locale s'est effondrée en quelques années, passant d'un rendement de 19 tonnes de poissons à seulement 1 tonne par an après la construction d’un grand barrage dans les années 1970 ;
  • En Russie, l’attribution de quotas de pêche excessifs sur la rivière Amour a contribué à un déclin catastrophique du plus grand stock de saumon kéta (Oncorhynchus keta). En 2019, aucun saumon n'a été comptabilisé sur les frayères connues des affluents du fleuve.

Si nous connaissons en bonne partie les menaces, nous connaissons souvent également bien les remèdes à prescrire. En février 2020, WWF et un collectif d’ONG avaient lancés une feuille de route, l'« Emergency Recovery Plan », présentant une série de mesures pour inverser le déclin rapide des espèces et des habitats d'eau douce. Malgré ces constats successifs, malgré les solutions connues, force est de constater que la situation n’évolue pas vite, en tout cas trop doucement pour permettre d’inverser les tendances évolutionnelles sus-décrites. Même constat donc que sur le réchauffement climatique, nous en sommes clairement encore au stade « déni »…

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La pêche de loisir au service de la conservation des espèces piscicoles

L’autre partie très intéressante du rapport « The Worlds Forgotten Fishes » est sans nul doute celle dédiée à la pêche de loisir, à son importance économique et à son implication forte dans les enjeux d’aujourd’hui et de demain pour sauvegarder les espèces piscicoles d’eau douce.

Tiens donc, d’après ces 16 ONG (reconnues internationalement pour leurs actions militantes ou leurs contributions aux savoirs scientifiques, soit dit en passant), les pêcheurs de loisirs ne se résumeraient donc pas à d’abominables tortureurs de créatures sentientes ? Pire encore, ils pourraient contribuer activement à la sauvegarde des espèces dulçaquicoles ! Diantre, de quoi provoquer une fausse route à Mme Simonnet… Avec des arguments chiffrés et des publications à l’appui, s’il vous plait. Voyons donc ce que nous dit ce rapport sur la pêche de loisir.

Il est d’abord mis en évidence le poids de la pêche de loisir par le nombre de ses pratiquants à travers le monde : nous serions environ 90 millions de pêcheurs à la ligne en Chine, 39 millions aux États-Unis et près de 26 millions en Europe, not so bad ! Ça fait quand même un paquet d’enfoirés au bord de l’eau tout ça… Et comme nous sommes de grandes victimes du modèle consumériste, malgré notre ancrage populaire historique (!), nous dépensons beaucoup pour notre pratique. La pêche récréative générerait ainsi chaque année plus de 100 milliards de dollars (Funge-Smith et Bennett, 2019), injectant ainsi des sommes considérables dans les économies locales et nationales et stimulant l'emploi, a fortiori dans des secteurs souvent reculés (ou ruraux comme on les appelle dans nos contrées d’urbains) ou le dynamisme économique n’est pas le premier mot qui nous vient à la bouche quand on y met les pieds !

En Europe, la pêche de loisir soutient des centaines de milliers d'emplois (EAA, 2015). Exemple : 37 000 en Angleterre et au Pays de Galles, apportant plus de 1,3 milliard de dollars à l'économie (Mawle et Peirson, 2009). On parle également de 4 300 emplois en Écosse, où les pêcheurs de saumons atlantiques dépensent en moyenne 6 400 dollars par personne chaque année (Marine Scotland 2017 ; OK, on est loin de l’ancrage populaire là, mais la pêche, c’est aussi ça, la diversité des pratiques et des pratiquants !). Aux États-Unis, 13 % de la population s'identifient comme pêcheurs de loisirs en eaux douce (RBFF, 2019). Ils génèrent environ 83 milliards de dollars US d'activité économique chaque année et soutiennent plus de 500 000 emplois (ASA, 2018). Dommage, le rapport ne donne pas les chiffres pour la France…

Le rapport traite ensuite des enjeux souvent imbriqués de conservation des espèces piscicoles et des intérêts que celles-ci suscitent pour les pêcheurs à la ligne. Si je voulais schématiser cette pensée, on pourrait dire sous une forme qui, du point de vue de l’animaliste serait sans nul doute jugé absolument paradoxale, que plus une espèce est convoitée par les pêcheurs à la canne (disons dans sa forme moderne d’expression) et moins celle-ci sera exposée à un risque d’extinction. Dit de cette façon, on est d’accord que ça peut laisser sceptique, mais le rapport « The Worlds Forgotten Fishes » en fait l’illustration au travers de plusieurs cas concrets.

Image
tiger
Légende
© François Botha
Texte

Le premier état de fait est que par nos pratiques, certaines espèces piscicoles d'eau douce ont acquis un statut presque mythique, comme le saumon atlantique, le poisson-tigre africain (Hydrocynus goliath) ou le légendaire mahseer à bosse (Tor remadevii). Et par ce statut, ces espèces bénéficient d’une veille tout à fait particulière, qui a motivé l’initiation de programmes de recherches scientifiques ambitieux et généré de nouvelles formes de revenus économiques sur les territoires de pêche dont la conséquence est bien souvent la réduction de la pression de prélèvement par les pêcheries professionnelles ou le braconnage. Par exemple, le poisson-tigre africain est devenu la cible numéro un des pêcheurs à la ligne dans le système fluvial du Zambèze. Dans le nord-est de la Namibie, on estime que jusqu'à 70 % des revenus des hôtels de tourisme proviennent de pêcheurs qui espèrent attraper un "tigre" - un revenu qui constitue une source financière importante pour les communautés locales (Tweddle et al., 2015). Ainsi, le maintien d'écosystèmes d'eau douce sains et de populations de poissons-tigre en bonne santé profite directement aux communautés, qui dépendent de ce poisson non seulement pour leur financement mais aussi pour leur sécurité alimentaire.

De la même façon, en Inde, le mahseer à bosse attire les pêcheurs à la ligne sur la rivière Cauvery depuis de nombreuses années ! Les revenus générés par les pêcheurs à la ligne internationaux ont permis de transformer d'anciens braconniers en guides de pêche à la ligne. Ils sont devenus des sentinelles, incités à protéger le mahseer parce qu’il incarne une source de revenus pour beaucoup de familles riveraines de la Cauvery. Malgré cela, les populations endémiques de mahseers ont fortement diminué au cours des 2 dernières décades. Et le rapport propose une illustration du fait que le rôle des pêcheurs à la ligne dans la conservation du mahseer à bosse va au-delà du fric. En effet, en 2015, une équipe de scientifiques internationaux a analysé les carnets de bord détaillés tenus par les camps de pêche à la ligne, et ceux-ci ont permis de mettre en évidence la baisse dangereuse de ses populations.

Grâce à ce constat, le mahseer à bosse a fait l’objet de nombreuses études qui ont permis de lui reconnaître le statut d’espèce endémique au bassin de la Cauvery, puis à l’IUCN de le classer "en danger critique d'extinction", classement qui justifie aujourd’hui une poursuite des programmes de conservation au sein desquels les pêcheurs de loisir continuent d’avoir une place, et un rôle. Et sans les pêcheurs à la ligne ce méga-poisson d’eau douce aurait pu s’éteindre avant même qu’il soit reconnu comme une espèce à part entière…(Pinder et al, 2020). On ne protège bien que ce que l’on connait bien et que l’on sait nommer. Voilà un adage que les biologistes de la conservation ont bien en tête depuis des lustres. Un adage au sein duquel le rôle du pêcheur à la ligne me paraît indiscutable, tant sur les rives de la Cauvery que sur les berges du Rhône ou de la Seine !

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mahseer
Légende
©Hindustan Times
Texte

« Plus tôt, notre objectif était de tuer le poisson. Mais après avoir travaillé dans les camps de pêche, nous nous sommes rendu compte qu'il était préférable pour la communauté de les garder en vie. Nous en avons vu les avantages.» CHEMBA, guide de pêche à la ligne sur la rivière India Cauvery

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omble myiabe
Légende
©harum.koh from Kobe city, Japan
Texte

Autre exemple, l'omble miyabe (Salvelinus malma Miyabei Oshima, 1938), une sous-espèce endémique du lac Shikaribetsu sur l’ile d’Hokkaido au Japon. Dans les années 1970, un trop grand nombre de pêcheurs à la ligne et une gestion insuffisante ont entraîné un effondrement des effectifs. Heureusement, cela a suscité une action concertée et le nombre d'ombles miyabe est à nouveau en bonne santé, avec des pêcheurs à la ligne qui affluent de tout le Japon, voire plus, pour pêcher dans le lac, ce qui stimule encore une fois l'économie locale et assure désormais la survie à long terme de l'espèce (Yoshiyama et al., 2017).

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Arapaima
Légende
©Dr. Rob Neumann, In-Fishermann
Texte

Il est enfin question du non moins mythique Arapaima en Amazonie, le plus grand poisson à écaille du monde. Certaines communautés d’Amazonie, et en particulier la communauté Rewa, se sont investis pour développer une offre de pêche sportive et ainsi attirer des touristes internationaux. Ce géant de la jungle, pouvant atteindre 3 mètres de long, est victime de surpêche et décline du fait de la destruction de son habitat. L’Arapaima est aujourd’hui une espèce en danger, et il est désormais rare de trouver des spécimens de plus de 2 m de long. Néanmoins, la pêche de loisirs continue d’être pratiquée et elle contribue à soutenir les communautés. Ainsi, l’argent des pêcheurs sert en partie à protéger leur patrimoine et à renforcer la gouvernance, la gestion et la conservation de leurs territoires traditionnels. Il s'agit sans aucun doute d'une alternative d’exploitation des ressources naturelles plus durable que l'extraction de l'or au mercure ou l'exploitation forestière commerciale ! (Lynch et al., 2016).

 

LA PÊCHE DE LOISIR AU SERVICE Du bien être de L'HOMME

L’idée n’est pas de dresser là un tableau parfaitement idyllique des vertus de la pêche de loisir (Bilan Carbone, paix à ton âme), mais simplement d’apporter un son de cloche peut-être un peu différent que le bruit ambiant de ces dernières semaines, qui plus est mis en avant dans un document produit par des ONG environnementalistes et dédié à la cause piscicole ! Et de rappeler que l'industrie de la pêche à la ligne dépend avant tout d'écosystèmes d'eau douce sains pour soutenir des populations de poissons en bonne santé, qu’il s’agisse de la truite fario du Massif Central, du poisson jaune d'Afrique du Sud ou de la morue Murray d'Australie. Il serait intéressant de compléter les exemples ci-dessus par des illustrations moins exotiques. Car il y en a tout autant, bien qu’ils s’expriment dans des termes différents compte-tenu des contextes socio-économiques et culturels très contrastés. Admettez, pour la faire courte et ne prendre qu’un tout petit exemple, qu’il est sensiblement plus facile de faire financer des actions sur le saumon ou le brochet que sur l’apron du Rhône ou la lamproie de Planer. Et sans trop m’avancer, je crois que les 2 premiers suscitent un peu plus de passions halieutiques que les 2 autres !

Pour continuer sur la pêche de loisir, il est assez étonnant de lire que le rapport nous vante également ses vertus sur le bien-être de l'homme. Deuxième fausse route pour Mme. Simonnet ! L’analyse mérite là encore qu’on s’y attarde quelques instants car elle nous dévoile implicitement que les poissons, support d’activités halieutiques de loisirs, contribuent d’une certaine façon à la bonne santé physique et mentale des humains.

Cela dit, après bientôt une année de confinement, je crois qu’il nous est collectivement assez facile de comprendre cette analyse : la pêche, école de la vie, tisseuse de liens avec le vivant aquatique (autrement inaccessible et souvent invisible) et thérapie par le détachement, la concentration ou la contemplation (à choisir selon son style !). Le rapport nous apprend ainsi qu’aux Etats-Unis, il a été démontré que le simple fait d'être en pleine nature, d'écouter les sons apaisants de l'eau et de regarder sa ligne de pêche bouger de haut en bas peut réduire le stress (j’ai pas tout compris le passage sur la ligne qui bouge de haut en bas mais passons !). La pêche à la ligne y est utilisée comme thérapie de réadaptation par les psychologues et les physiothérapeutes. Plus encore, l'administration américaine de la santé des vétérans militaires blessés au service a adopté la pêche à la mouche comme thérapie récréative pour ses patients ! Car c'est une activité apaisante, répétitive et à faible impact pour les aider à reprendre des forces (merde, moi qui dis toujours que la pêche à la mouche est un vrai sport…). Aussi devrions-nous voir sans tarder sur les réseaux sociaux les premières photos de Donald Trump tentant de faire lever une truite au fin fond du Missouri ! Obama s’est déjà plié à l’exercice, alors qu’il était encore en fonction.

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Obama
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© The White House from Washington, DC
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Chez nos amis du Brexit, la pêche à la ligne a été utilisée comme une activité sociale, environnementale et thérapeutique à "valeur ajoutée" pour aider à surmonter les problèmes sociaux et favoriser l'épanouissement des jeunes défavorisés.

En France, la FNPF parade sur le Tour de France avec Gloups dans des SUV violet pétant …. STOP, ah merde, on est hors sujet là !

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FNPF
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© la FNPF et la Caravane du Tour – site CreaPluriel
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La conclusion du rapport sur la partie dédiée à la pêche de loisir me paraît tout à fait inspirante. Il est écrit (je traduis seulement) : « Les problèmes surviennent lorsqu'une pêche récréative est mal gérée et peuvent inclure l'introduction de poissons non indigènes envahissants et de poissons d'élevage, une mauvaise manipulation du poisson et des hameçons endommagés, ainsi que des déchets, en particulier des plombs de pêche, des hameçons et des lignes jetés qui constituent une menace pour toute la faune (i.e à peu près tous les points sur lesquels les copains animalistes nous attaquent…). En suivant de meilleures pratiques, la communauté des pêcheurs à la ligne peut réduire ces risques et contribuer à la conservation des eaux douces. En effet, les pêcheurs à la ligne sont souvent les premiers à remarquer les problèmes dans leurs rivières et lacs locaux, et sont parmi les plus proactifs lorsqu'il s'agit de faire quelque chose pour y remédier. De nombreux pêcheurs, comme le musicien Fergal Sharkey, et des groupes de pêcheurs à la ligne, tels que Trout Unlimited, sont des voix puissantes pour la conservation. Cependant, les pêcheurs à la ligne dans leur ensemble ne pèsent toujours pas assez lourd lorsqu'il s'agit de défendre l'avenir des poissons d'eau douce. Imaginez que tous les pêcheurs à la ligne du monde - des dizaines de millions - fassent entendre leur voix pour soutenir les efforts visant à inverser l'effondrement des stocks de poissons d'eau douce. Ils attireraient certainement l'attention de certains décideurs clés. » AMEN

Elle me plait cette conclusion. Notamment car elle souligne que malgré notre nombre, notre masse, nous sommes difficilement influents sur les décisionnaires. Pourtant, les enjeux à relever sont immenses (on l’a évoqué en introduction, les antispécistes, la petite hydroélectricité, ….) et notre masse devrait justement nous servir à influer, à peser. Pour les poissons, pour les rivières, pour l’eau, pour nos enfants. Il y a une multitude de facteurs explicatifs et il serait ici bien trop long de les aborder. J’en relèverais un parmi eux, qui fait d’ailleurs écho à des symptômes plus globaux de notre société actuelle. Notre communauté de pêcheurs n’est vraisemblablement pas une communauté, y compris à la petite échelle de notre pays. Elle est aujourd’hui une somme d’individus pêcheurs, et pour être un peu dur, elle me fait penser à cette masse apathique, décrite par Walter Lippman lorsqu’il évoque la nécessaire mainmise du néo-libéralisme sur le Monde. Une masse qui, sur de très nombreux sujets, se fait dicter ses choix, l’immense majorité du temps sans réaction. Une masse soucieuse, a priori, de son pas-de-porte, de son chez soi et cultivant le confort de la non-réaction, de l’absence de conflit.

Je me prends à rêver que nous pourrions toutefois arriver aujourd’hui à un point de bascule, généré par une ambiance générale (le Covid, la Mondialisation, le changement climatique) mais sans doute davantage par les attaques des antispécistes, pour notre petit monde. Est-ce que cette menace, cette remise en question de nos pratiques (de notre « pas-de-porte »), ne permettrait-elle finalement pas une forme de réveil, tout le moins l’émergence d’un groupe parmi la masse, le public émergent, comme l’a théorisé John Dewey, s’opposant ainsi radicalement à celle sus-évoquée de Lippman. J’ai le sentiment que les pêcheurs se mettent de plus en plus en mouvement et, selon ma vision, dans une certaine recherche de thérapeutique. On perçoit dans ce mouvement une volonté de se connecter entre pêcheurs de tous bords (création de groupes sur les réseaux sociaux, pétitions, appels à la mobilisation, appel à la manifestation) pour exprimer l’existence de ce public émergent mais aussi, je l’espère, pour envisager des solutions. Et je terminerai sur ce point, les solutions, en rejoignant à nouveau la pensée de Dewey selon laquelle, ces publics émergeant de la masse doivent chercher leurs ressources dans le savoir, dans la connaissance, dans les sciences (en opposition probablement aux croyances) et ainsi proposer des formes expérimentales de solutions. Dewey, d’après ce que j’en ai saisi (!), croyait fort à l’importance des médias et des canaux de l’information pour permettre l’accès auxdits savoirs. J’y crois tout autant, espérant que Truites & Cie fait sa toute petite part du job dans cette affaire, et que ce public émergent n’est pas juste une utopie.

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Gibson
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«Comme les pêcheurs le savent, la pêche est à la fois exaltante et relaxante, et elle est excellente pour l'esprit et l'âme. La pêche à la ligne implique également des responsabilités car les pêcheurs à la ligne sont les yeux et les oreilles de la rivière, et les voix des poissons eux-mêmes. Les pêcheurs à la ligne peuvent jouer un rôle fondamental dans la conservation des poissons en appliquant les meilleures pratiques : ne pas laisser d'engins ou de filets fantômes, s'assurer que le bien-être des poissons est primordial, utiliser des appâts non destructeurs, pratiquer la remise à l'eau de la meilleure façon possible, ne pas pêcher certaines espèces pendant les périodes de fermeture et ne pas nuire à la faune sauvage. Et en soutenant des projets de conservation des poissons dans le monde entier.»

MARINA GIBSON – Ambassadrice de l’ONG Trout Unlimited

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Liens et références :

https://wwfint.awsassets.panda.org/downloads/world_s_forgotten_fishes__report_final__1.pdf

ASA, 2018. Sportfishing in America : an economic force for conservation. American Sportfishing Association. Alexandria, VA.

EAA, 2015. European Anglers Alliance Information brochure - An information leaflet addressed the Members of the European Parliament primarely. 2 p.

Funge-Smith S. et Bennett A., 2019. A fresh look at inland fisheries and their rôle in food security and livelihoods. Fish and Fisheries. Vol. 20, Issue 6, pp. 1176-1195

Lynch A., Beard D., Cox A. et al, 2016. Drivers and Synergies in the Managment of Inland Fisheries : searching for sustainable solutions. In : Freshwater, Fish and the Future : Proceedings of the Global Cross-Sectoral Conference. Eds : Taylor WW, Bartley DM, Goddard CI et al.

Marine Scotland, 2017. An Analysis of the Value of Wild Fisheries in Scotland. PACEC report on value of wild fisheries 3rd final.docx.

Mawle G.W. et Peirson G., 2009. Economic evaluation of inland Fisheries. Environnement Agency. ISBN : 978-1-84432-975-5

Pinder A.C., Raghavan R., Britton J.R., 2020. From scientific obscurity to conservation priority : Research on angler catch rates is the catalyst for saving the hump-backed mahseer, Tor remadevii, from extinction. Aquatic Conservation : Marine and Freshwater Ecosystems. Vol.30 Issue 9. Pp 1809-1815.

RBFF, 2019. 2019 Special report on fishing. Recreational Boating & Fishing Foundation. Alexandria, VA.

Tweddle D., Cows I.G., Peel R.A., Wey OLF, 2015. Challenges in fisheries managment in the Zambezi, one of the great rivers of Africa. Fisheries Ecologye and Management. Vol. 22 Isuue 1. Pp 99-111

Yoshiyama T., Tsuboi Ji, Matsuishi T., 2017. Recreational fishery as a conservation tool for endemic Dolly Varden, SAlvelinus malma miyabei, in Lake Shikaribetsu, Japan. Fisheries Science 83. Pp 171-180

Test : Guideline Elevation Nymph Edition 10'6 #3

Guideline Elevation Nymph

Après avoir frappé un grand coup avec la sortie des Elevation (voir le test de la 9' #5 ici), Guideline complète sa gamme en 2021 avec un modèle très original et quasiment unique sur le marché : une canne nymphe au fil "voyage" en 6 brins. En voici les caractéristiques techniques :

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Guideline Elevation Nymph
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TEST STATIQUE

"Moins de superflu pour moins d'impact environnemental", tel a été le credo de Guideline lors de la conception et cela se perçoit à plusieurs niveaux : le blank tout d'abord arbore un revêtement mince avec motif spiralé. Il n'a pas subi de coloration, ce qui explique sa couleur gris graphite foncé. Au niveau du process de fabrication, Guideline annonce que "tous les déchets de carbone sont collectés dans un réservoir séparé avant que l'eau ne soit transférée vers les installations de traitements communautaires." Il comporte des anneaux monopattes et un premier de type KW, les ligatures sont bordeaux. Pour le revêtement des blanks, les anneaux et les poignées/porte-moulinets, Guideline utilise une époxy biosourcée peu toxique, testée et approuvée avec des niveaux extrêmement faibles de produits chimiques.

Les nouvelles poignées liège AAA half wells sont allégées en résine époxy. Elles surmontent un porte-moulinet anodisé incolore (issu d'un procédé peu toxique n'utilisant ni chrome, ni peinture dans le bain d'anodisation) avec insert bois et se terminant par un fin talon de combat en liège.

Ces cannes 4 brins sont livrées dans une housse en polyester REPREVE recyclé, tout comme le couvercle du tube de transport. Le reste du tube est en polypropylène recyclable très léger et dont le diamètre est 20% inférieur à celui des tubes en PVC standard.

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Guideline Elevation Nymph
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Guideline Elevation Nymph
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Guideline Elevation Nymph
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Guideline Elevation Nymph
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Guideline Elevation Nymph
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Guideline Elevation Nymph
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MESURES : 

Le protocole Common Cents System a permis de caractériser la puissance, l'action et la réactivité de cette canne :

PUISSANCE

En ce qui concerne la puissance, 34 cents ont été nécessaires pour plier la canne sur un tiers de sa longueur. Après conversion, cela donne un ERN à 4.01 et une puissance réelle #3/4. La puissance annoncée est donc légèrement sous-estimée.

ACTION

Au niveau de l'action, l'angle à 61° classe ce modèle dans la catégorie slow (AA inférieur à 63°). Ceci est à corréler à la conception 6 brins qui a tendance à rendre l'action plus lente que celle d'une 4 brins (toutes choses égales par ailleurs).

RÉACTIVITÉ 

La CCF de cette canne à 80 cpm est proche de celle des autres références du marché de même longueur/puissance.

CONFORT et montage

Avec un PTE à 282 gr, cette Elevation 10'6 s'en sort très bien compte tenu de sa conception 6 brins, qui pénalise forcément le confort de pêche par rapport à une classique 4 brins. Son PTE est par exemple plus faible que celui de la Hanak Czech Nymph X 10'6 #3 (PTE à 288 gr pour la Hanak) alors que la Guideline est légèrement plus puissante. Belle performance donc niveau confort pour cette 6 brins, à mettre en relation avec le porte moulinet down-locking et la poignée relativement longue (181mm) qui décale le moulinet de la main qui tient la poignée.

Côté montage et finitions, notons une distance idéale entre la poignée et le premier anneau pour la pratique de la nymphe au fil (seulement 33cm, ce qui évite la formation d'un ventre dans la soie lorsqu'on pêche canne haute), ainsi que la présence de points d'alignement des brins et d'un accroche-mouche.

Matériel

Guideline Elevation Nymph 10'6 #3

Marque
Guideline
Série
Elevation
Longueur
10'6
Longueur réelle
320cm
Soie
#3
Brins
6
Poids annoncé
89.00g
Poids réel
87.00g
Anneaux
12
Premier anneau
33cm
Poignée
24x181mm
Serrage
Downlocking
Talon de combat
Oui
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Oui
PME
195.00g
PTE
282.00g
IP
34
ERN
4.01
AA
61°
CCF
80cpm
Prix à la date de sortie
329.00€
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Guideline Elevation Nymph
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L'AVIS DE LA RÉDACTION

A l'image de la série LPS déjà testée dans nos colonnes, cette canne nymphe Guideline se fait une place de choix dans les modèles de "bon rapport qualité/prix" du marché.

Avec sa longueur 10'6, cette Elevation est résolument tournée vers la pêche en nymphe. Une longueur particulièrement polyvalente pour pratiquer cette approche dans tous types de milieux, à l'instar de sa puissance réelle #3/4. Son action est très modérée (rares sont les modèles nymphe classés dans la catégorie d'action slow), ce qui ne gêne nullement l'agrément de pêche. Il faudra adapter le tempo du coup de poignet pour lancer de façon optimale. Durant les combats, cela donne une courbure très homogène qui permet de pêcher fin et de limiter le risque de décroche. Malgré le surplus de matière inhérent au caractère 6 brins, le confort de pêche reste bon.

En somme, voici une petite révolution dans le monde du matériel nymphe au fil avec l'arrivée de cette vraie "nympheuse voyage" !

Texte

LIENS UTILES

Le protocole de test des cannes à mouche

Comment choisir sa canne à nymphe

Profitez de -10% sur les cannes Guideline chez Aspe Angler avec le code réduc' suivant :

Aspe Angler

Film Patagonia : Vjosa Forever, l'avenir du plus grand fleuve préservé d'Europe

Patagonia

Le dernier court-métrage de Patagonia vient de sortir ! Il revient dans les Balkans, théâtre de la précédente campagne Save The Blue Heart of Europe, et plus précisément en Albanie, où les politiciens ont annoncé la création d'un parc national du fleuve sauvage Vjosa en septembre dernier. Malgré cette avancée, les citoyens et activistes locaux continuent de craindre les compromis et donc les dangers d'aménagement du fleuve. En prévision des élections d'avril prochain, Patagonia se joint à eux pour maintenir la pression sur les dirigeants :

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"Le plus grand fleuve sauvage d'Europe hors Russie, la Vjosa, est confronté à la plus grande menace de son histoire, en raison de l’incertitude politique et de la cupidité opportuniste. À l'approche des élections parlementaires albanaises, les citoyens, les activistes et les défenseurs de l'environnement exigent un soutien politique pour créer le premier parc national de fleuve sauvage d’Europe, et ainsi le protéger à tout jamais.

C'est dans le cadre de cette action que sort aujourd'hui Vjosa Forever, un nouveau court-métrage documentaire qui demande à tous, partout dans le monde, de rejoindre la lutte pour la préservation de l'avenir de la Vjosa.

Pendant plus de 10 ans, des groupes internationaux, accompagnés de scientifiques, d’artistes et de militants locaux se sont battus avec persévérance contre un « tsunami » de projets de barrages hydroélectriques dans les Balkans. En septembre 2020, des politiciens albanais ont annoncé publiquement la création du parc national du fleuve sauvage Vjosa, qui pourrait protéger l'intégralité du fleuve et de ses affluents. Cependant, depuis, les citoyens et activistes locaux sont de plus en plus inquiets à l'idée que, à huit clos, des compromis soient en cours, et que le fleuve coure donc un grand danger.

À l'approche des élections nationales du 25 avril 2021, des groupes albanais et internationaux de préservation de la nature comme EcoAlbania, RiverWatch et EuroNatur appellent les personnes publiques et les dirigeants politiques à sanctuariser l'avenir de la Vjosa, et à faire de ce parc national du fleuve sauvage la priorité du parti gagnant, quel qu'il soit. Des études récentes montrent que 94 % des Albanais sont en faveur de la création de ce parc national pour le fleuve sauvage.

En cas de réussite, ce sera le premier parc national pour un fleuve sauvage d'Europe, sans précédent en Europe en termes d'importance écologique et de superficie. Ce classement permettrait de protéger plus de 300 km de fleuve et de cours d'eau, abritant plus de 1 100 espèces dont certaines sont considérées comme menacées.

La sortie du film Vjosa Forever fait suite à la campagne et au film Blue Heart de 2018, qui retrace la lutte pour la protection des rivières sauvages des Balkans (le « Cœur bleu » de l'Europe) contre 3 400 projets de centrales hydroélectriques qui détruiraient la culture et l'écologie de toute cette région. Au sein de ce Cœur Bleu, la Vjosa est le système fluvial le plus vaste et le mieux préservé.

Ce film de six minutes, créé par Patagonia, demande aux citoyens concernés partout dans le monde de montrer leur soutien au parc national du fleuve sauvage de la Vjosa, et d'attirer l'attention internationale sur la catastrophe environnementale qui pourrait s'ensuivre si on ne la protégeait pas.

Ryan Gellert, CEO de Patagonia, explique : « L'activisme de terrain, soutenu par une action légale, a réussi à mettre cette décision historique sur la table. Il est à présent temps pour les politiciens albanais d'agir. Ils feraient quelque chose d'inédit et protègeraient ce dernier système fluvial préservé pour toujours. »

Ulrich Eichelmann, CEO de Riverwatch, commente : « La Vjosa a miraculeusement survécu à des décennies de destruction en Europe ; elle est un cadeau pour nous tous. Et c'est pourquoi il en va de de notre responsabilité collective européenne de la protéger, pas seulement celle des albanais. Ce parc national du fleuve sauvage Vjosa serait un immense accomplissement pour les efforts de préservation en Europe et, au niveau européen, ce serait une contribution concrète et significative à la Stratégie de Biodiversité de l’UE ainsi qu’aux objectifs du Pacte Vert. »

Besjana Guri, Responsable de la communication chez EcoAlbania, s'est exprimée : « C'est un grand moment de fierté pour tous les citoyens albanais. Non seulement nous protégeons notre pays, notre culture et notre avenir mais, avec la Vjosa, nous avons une beauté précieuse sans équivalent en Europe »."

Vidéo

Connaître, comprendre et gérer n°1 : cycle de l’eau et diversité des milieux

cycle de l'eau

Travaillant aujourd’hui dans la préservation des milieux aquatiques, nous avons tous deux appris à pêcher avec des parents, et nos métiers auprès de professionnels. Les échanges et le partage ont permis l’acquisition de connaissances, de compétences et de techniques, qui améliorent aujourd’hui notre pratique de la pêche tout autant que nos actions dans le cadre de nos emplois.

Nous assistons régulièrement à des échanges difficiles entre pêcheurs passionnés et représentants de différentes structures gestionnaires des milieux naturels. Il nous semble important d’œuvrer, à notre échelle, pour essayer de rapprocher ces acteurs et les aider à parler un langage commun.

C’est dans ce contexte qu’est née l’idée de rédiger une série d’articles visant à décrire les nombreuses thématiques touchant les milieux aquatiques d’eau douce. Ainsi, seront abordés le fonctionnement des milieux aquatiques, la faune qui leur est inféodée, les structures gestionnaires et les outils à leur disposition, les perturbations qu’ils rencontrent et les solutions existantes pour les préserver et les restaurer.

Ce premier volet traite du cycle de l’eau et les différents types de milieux aquatiques rencontrés en France métropolitaine.

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Le cycle de l’eau

L’eau est en mouvement et change d’état en permanence. La notion de cycle prend tout son sens lorsque l’on essaye de décrire le trajet d’une molécule d’eau : il n’y a ni commencement, ni fin, tout est lié et interdépendant.

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cycle de l'eau
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Le cycle de l'eau (@N. Meynard d’après FDAAPPMA 54)
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Ainsi, et puisqu’il faut bien choisir un point de départ, nous prendrons arbitrairement la surface de l’eau, que ce soit celle d’un cours d’eau, d’un plan d’eau ou d’un océan. L’effet du soleil va être le déclencheur en faisant passer l’eau de l’état liquide à l’état gazeux, c’est l’évaporation. Les végétaux relarguent de l’eau par leurs feuilles sous l’effet du soleil, c’est l’évapotranspiration.

Cette vapeur monte dans l’atmosphère sous l’effet des courants ascendants. Elle rencontre des températures froides qui induisent une condensation, l’eau repasse alors à l’état liquide. Les nuages se forment par l’agglomération des gouttelettes ainsi formées. En se heurtant, elles finissent par former des amas plus lourds qui retombent sous forme de précipitations (neige, pluie…) sur le sol.

Une grande partie des précipitations s’infiltre dans le sol et forme les nappes phréatiques et les écoulements souterrains. Lorsqu’une nappe affleure au niveau de la surface du sol, elle crée une résurgence (une source) et donne naissance à un écoulement de surface. Celui-ci peut être temporaire ou permanent en fonction des fluctuations du niveau de la nappe.

Un écoulement de surface peut aussi être créé par le ruissellement ou la fonte des précipitations. Le ruissellement a lieu lors de fortes précipitations sur un sol imperméable de façon permanente (roche) ou transitoire (sol saturé en eau, gelé, très pentu, compacté, artificialisé, ou très sec). C’est à cette étape que la végétation puise l’eau nécessaire à sa vie. Elle en stocke une partie, qui sera relarguée par évapotranspiration comme précisé plus haut. Les végétaux jouent ainsi un rôle mécanique de ralentissement du ruissellement et de rétention naturelle d’eau, restituée progressivement et assurant fraicheur et humidité ambiante. Cela s’observe nettement dans les climats continentaux où la majeure partie des précipitations provient de l’évapotranspiration, et pas de l’évaporation comme dans les zones à climat océanique.

L’eau s’écoule ensuite par gravité dans le sens de la pente du sol jusqu’au fond de vallée. Le cours d’eau la transporte alors jusqu’à l’océan où la majeure partie de l’évaporation a lieu. Cet écoulement gravitaire est également valable pour l’eau souterraine.

La connaissance de ce cycle permet d’appréhender de manière globale les perturbations rencontrées à l’heure actuelle lors d’épisodes climatiques extrêmes (fortes précipitations, sécheresses). Il est à l’origine de l’existence des milieux aquatiques auxquels nous nous intéressons et nous aide à comprendre leur fonctionnement global.

Les cours d’eau ne sont pas les seuls milieux aquatiques naturellement induits par ces déplacements de l’eau de surface. Par ailleurs, les usages que l’homme peut faire de l’eau, en tant que source de vie ou d’énergie, sont variés et ont également mené à l’apparition de milieux spécifiques.

Voici donc une liste des principaux milieux rencontrés, en délaissant les océans et en recentrant cette approche sur les milieux d’eau douce.

Tout d’abord, qu’entend-on par la notion de milieux aquatiques ?

Si l’on cherche et que l’on compile les diverses définitions disponibles, un milieu aquatique peut être défini ainsi : un équilibre entre un milieu naturel dans lequel l’eau domine et les espèces animales et végétales qui y vivent.

Naturellement les milieux aquatiques sont multiples et d’origines diverses, nous allons nous attacher dans cette partie à décrire, selon leurs caractéristiques physiques et réglementaires, les principaux milieux que l’on peut rencontrer en France métropolitaine. Nous distinguerons les milieux naturels des milieux anthropiques(1).

 

Les milieux naturels

Les cours d’eau

Bien sûr on ne peut commencer autrement que par la définition des cours d’eau. Un cours d’eau est un écoulement caractérisé par une source et une embouchure. La pente, le contexte géologique et le contexte climatique influent directement sur sa forme, sa taille et ses débits (torrents, ruisseaux, fleuves, etc.). Les cours d’eau drainent l’ensemble des bassins-versants(2) du monde et participent ainsi à mener l’eau issue des précipitations vers les mers et les océans du globe, ainsi que cela a été décrit dans le cycle de l’eau. Ils sont le refuge d’une faune et d’une flore diversifiées et ont conditionné le développement et l’expansion de l’espèce humaine au cours de millénaires.

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cours d'eau
Légende
@N. Meynard
Texte

Le sujet est vaste, aussi nous n’allons pas décrire ici l’ensemble des types de cours d’eau mais plutôt nous intéresser à ce qui fait qu’un cours d’eau est considéré en tant que tel et non pas comme un fossé ou une rigole. Un futur article s’emploiera à décrire plus dans le détail le fonctionnement et la vie des cours d’eau.

En France, dans le cadre de la classification des cours d’eau, sont considérés deux types : permanents et temporaires. Le classement d’un écoulement en tant que cours d’eau, qu’il soit de l’une ou l’autre des catégories, lui offre une certaine protection au regard de la loi. Autrement dit, si un écoulement n’est pas considéré, il peut s’agir d’un fossé ou d’une rigole, la réglementation s’y appliquant n’est alors pas la même.

Depuis 2015, qu’ils soient temporaires ou permanents, les cours d’eau répondent à certains critères, parmi lesquels figurent :

  • être en eau après une période (8 à 10 jours) sans précipitations,
  • posséder un lit, posséder un substrat hétérogène,
  • posséder de la végétation aquatique,
  • posséder une source identifiée.

La présence d’invertébrés au cycle larvaire long, de crustacés comme les gammares ou de poissons font d’office de l’écoulement un cours d’eau permanent. Il convient cependant de noter que d’un département à l’autre, ces critères peuvent varier légèrement. Les listes des cours d’eau sont régulièrement remises à jour, parfois au grand dam de leurs protecteurs qui voient des écoulements relayés au rang de fossés.

Pour terminer sur ce point, les cours d’eau forment un maillage complexe, plus ou moins dense selon les régions, reliant les milieux aquatiques entre eux : c’est le réseau hydrographique.

Les lacs

Les lacs sont des étendues d’eau remplissant une dépression, entourées de terres. Leur taille et leur profondeur varient grandement (de quelques hectares pour le lac de Lamoura dans le Jura à l’immensité du Léman, lui-même insignifiant face au Baïkal). Par définition, les lacs naturels n’ont pas été créés par la main de l’homme. Leurs origines sont diverses, certains lacs sont issus du retrait des glaciers à la fin de la dernière ère glaciaire. D’autres se sont formés suite à l’effondrement du substrat rocheux (cas de certains lacs des massifs karstiques(2)), d’autres sont simplement le réceptacle des écoulements dans une dépression apparue suite à des mouvements de terrain.

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lac naturel
Légende
@A. Pedron
Texte

Si l’imaginaire collectif place le lac au-dessus de l’étang en termes de superficie, la législation ne précise aucune surface à partir de laquelle un étang devient un lac.

Du point de vue scientifique, ce qui caractérise un lac est l’existence d’un phénomène de stratification thermique. Selon la période de l’année, et à des fréquences différentes selon les lacs, des couches d’eau de températures bien différentes se forment et stratifient le lac. Généralement au nombre de trois, ces couches évoluent en épaisseur au gré des saisons et des températures extérieures :

  • épilimnion, la couche d’eau de surface soumise aux variations de température en lien avec l’atmosphère,
  • thermocline, la zone de transition rapide entre eaux chaudes et froides, bien connue des pêcheurs en lacs,
  • hypolimnion, la couche d’eau profonde plus froide et dense.
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thermocline
Légende
La thermocline (@N. Meynard)
Texte

Chaque lac abrite, comme pour les cours d’eau, une faune et une flore qui lui sont propres et qu’il serait impossible de décrire ici. Certains, comme les lacs d’altitude, abritent des espèces endémiques(4) à protéger à tout prix.

Les mares

De superficie et profondeur modestes, leur importance n’en est pas moindre pour la biodiversité. Certaines sont temporaires, d’autres permanentes, elles se sont généralement formées par accumulation d’eau dans des dépressions du sol. Elles ont un rôle majeur pour de nombreuses espèces d’insectes aquatiques, d’odonates(5), d’amphibiens, de plantes qui apprécient les conditions particulières qu’offrent les mares par rapport aux lacs et étangs.

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Mare
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@M. Crouvezier
Texte

Les mares qui n’abritent pas de poissons offrent notamment des lieux de reproduction et de grossissement privilégiés pour les amphibiens et certains odonates. Les mares temporaires sont appréciées des espèces pionnières(6) comme le Sonneur à ventre jaune, par exemple.

Notons toutefois que toutes les mares ne sont pas naturelles, certaines sont créées par l’homme pour des raisons diverses, comme l’abreuvement du bétail, par exemple. Elles constituent également un milieu privilégié pour la découverte des milieux aquatiques.

Les marais et autres zones humides

Longtemps considérés comme des lieux « à assainir », vecteurs de maladies, d’indésirables comme les moustiques, et lieux de légendes, les marais sont des milieux extrêmement diversifiés. Le terme marais est générique et décrit un milieu dont le sol est totalement ou partiellement engorgé d’eau la majeure partie de l’année. La profondeur de l’eau est généralement faible et la végétation, abondante, recouvre parfois la totalité de la surface du marais. La spécificité de ces milieux et leur rareté à l’échelle nationale en font les refuges d’une biodiversité particulièrement rare et menacée (plantes carnivores, papillons et libellules, etc.)

Parmi les marais les plus connus, les tourbières, véritables curiosités pour le grand public et sujets de recherches pour les scientifiques. Elles sont aujourd’hui scrutées sous tous leurs angles. Ces milieux particuliers sont caractérisés par un sol saturé en eau une grande majorité de l’année. Cette saturation prive le sol de l’oxygène nécessaire à l’activité des organismes décomposant la matière organique. Ainsi, en mourant, les végétaux s’accumulent sans se décomposer (ou très lentement) et forment au fil du temps la tourbe.

Les épaisseurs de tourbes sont très variables, à partir de 40 cm (épaisseur minimale pour parler de tourbière), jusqu’à une dizaine de mètres, exceptionnellement près de 20 m.

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tourbière
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@M. Crouvezier
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Par la lenteur de leur formation et la quasi absence de dégradation de la matière organique, les tourbières sont une encyclopédie des évènements passés. En analysant et en datant les débris végétaux, les scientifiques peuvent ainsi décrire les grandes évolutions climatiques et leur influence sur la végétation mais également les changements liés à l’homme, comme l’apparition de l’agriculture. Des découvertes archéologiques majeures sont aussi à imputer aux tourbières (notamment à l’étranger).

Dans l’histoire récente, les tourbières ont joué un rôle socio-économique majeur. La tourbe était par endroit exploitée pour servir de combustible. Cette activité s’est arrêtée peu de temps après la seconde guerre mondiale. Cela a cependant grandement modifié les tourbières et leur fonctionnement (drainage, accélération des écoulements et assèchement des tourbières). Aujourd’hui, ces milieux uniques et riches sont grandement menacés à l’échelle mondiale. Il en est de même pour leur biodiversité et leur rôle dans le cycle de l’eau. Ce sont également d’importants réservoirs de carbone, stocké sous forme de manière organique dont il est un des principaux constituants. Notons également qu’au siècle où l’eau devient l’enjeu majeur, l’ensemble des marais et autres milieux humides constituent des réservoirs d’eau conséquents et naturels.

Il existe un large panel de plus petites zones humides plus ou moins visibles comme les prairies et boisements humides, les mégaphorbiaies(7) aux plantes luxuriantes, les suintements rocheux, des milieux souvent de petite taille mais qui accueillent une biodiversité importante et jouent un rôle notable dans le réseau formé par les milieux aquatiques (la fameuse « trame bleue »), qui a malheureusement perdu 50% de ses surfaces en France, depuis les années 1960.

 

Les milieux anthropiques

Les lacs artificiels

La création des lacs artificiels a répondu et répond toujours à des besoins de la société. Ces besoins varient selon les époques et les territoires. Certains lacs ont été créés pour l’irrigation, d’autres pour la production d’énergie ou pour l’alimentation en eau potable. Certains ont aujourd’hui un rôle récréatif indéniable pour les territoires et font vivre le tourisme de certaines régions. Toutefois la création de ces lacs n’est pas sans impact sur les milieux naturels, nous y reviendrons dans un futur article.

Comme pour les lacs naturels, les lacs artificiels connaissent des phénomènes de stratification thermique. La biodiversité qu’ils hébergent est généralement bien différente de celle qui existait sur le cours d’eau ou les plaines inondées. Leur fonctionnement est rythmé par des variations de niveaux importantes, notamment sur les retenues hydroélectriques.

Si l’on fait exception du Léman, en majeure partie sur la Suisse, les lacs artificiels forment les plus grandes pièces d’eau du territoire.

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lac artificiel
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@N. Meynard
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Les étangs

Les étangs ont été conçus au cours des siècles pour répondre à différents besoins des populations et en premier lieu à la production de poissons pour la consommation. Généralement peu profonds, ils se distinguent des lacs par l’absence de stratification thermique de leurs eaux.

Certains ont été conçus en barrage sur des ruisseaux ou en dérivation de ceux-ci, en exploitant la topographie naturelle, d’autres ont été créés de toutes pièces en creusant des dépressions dans le sol. Comme pour les barrages, leur construction n’est généralement pas sans modifier et impacter le fonctionnement des milieux d’origine. Un article traitant des impacts des activités humaines précisera ce point.

L’étang se comble de matière organique à l’instar de tout plan d’eau. Sa faible profondeur en fait un milieu précaire sous l’effet de cette eutrophisation(8), une gestion humaine régulière est donc nécessaire pour leur entretien. La méthode la plus classique est la vidange et la mise en assec, permettant une dégradation de la matière organique contenue dans les vases et donc la réduction du volume de ces dernières.

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étang
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@FDAAPPMA 54
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Les canaux

La fonction première et la raison principale pour laquelle les canaux ont été construits est le transport des marchandises. On peut ajouter à cela les nombreux canaux conçus pour l’irrigation. Bien qu’ils abritent eux aussi une certaine biodiversité, leur fonctionnement est bien différent de celui des cours d’eau naturels auxquels ils sont reliés et dont ils empruntent l’eau. Généralement bétonnés et renforcés de palplanches, leur mobilité est nulle, contrairement aux cours d’eau. La diversité des écoulements est également nulle et bien qu’un écoulement existe, celui-ci est généralement lentique(9). Certaines espèces peu exigeantes s’accommodent cependant de ces milieux pauvres en diversité d’habitats. Les canaux sont aussi des voies d’entrées privilégiées pour bon nombre d’espèces allochtones(10) (voir un prochain article).

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canal
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@N. Meynard
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Les carrières d’extraction de granulat alluvionnaire en lit majeur

Leur dénomination varie en fonction du granulat recherché, on entend généralement parler de gravières, ballastières ou sablières. Les granulats exploités sont des matériaux déposés par le cours d’eau au fil du temps et de ses déplacements en lit majeur, ou des dépôts glaciaires. Il s’agit de carrières à ciel ouvert, remplies d’eau par remontée de la nappe ou ruissellement et qui, arrivées en fin de cycle d’exploitation, sont généralement converties en plans d’eau. Elles peuvent alors avoir un usage récréatif (bases de loisirs) ou sont laissées en libre évolution. Durant les premières années, leur fond minéral et l’absence générale d’affluents pourvoyeurs de matière organique leur confèrent des eaux généralement claires et bleutées.

Laissées en libre évolution, elles se transforment progressivement sous l’action de l’eutrophisation(9) et une biodiversité atypique s’y installe progressivement. Elles sont souvent prisées des pêcheurs. Généralement installées dans des plaines alluviales(11) de grands cours d’eau, elles ont transformé le paysage et le fonctionnement du cours d’eau (édification de digues de protection, déficit sédimentaire, etc). Un article sera consacré à la vie du cours d’eau et à cette dynamique de transport sédimentaire.

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gravière
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Les milieux aquatiques peuvent prendre des formes très variées. L’homme, au cours des siècles, a impacté la nature à des degrés plus ou moins importants, modifiant notamment le fonctionnement naturel du cycle de l’eau et la disponibilité de cette ressource. Il faut garder à l’esprit que l’eau douce sur Terre ne représente que 3% de la quantité d’eau totale de la planète (97% d’eau salée). Sur ces 3%, les milieux présentés dans cet article ne représentent que 0,3% (soit 0.009% du volume d’eau sur Terre), le reste étant constitué de glace (70%) et d’eau souterraine (30%).

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eau sur terre
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L'eau sur Terre (@N. Meynard)
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Si l’on se souvient que tout est interdépendant, que ce soit en termes d’équilibre ou de qualité, il paraît évident qu’une gestion globale est primordiale pour toutes les actions menées pouvant impacter le cycle de l’eau, et ce à toutes les échelles. Le prochain article sera consacré aux différents organismes qui ont un rôle dans la gestion de l’eau, leurs missions et leurs relations.

Texte

Glossaire :

(1) Milieu anthropique : milieu créé ou modifié par l’homme et dont le fonctionnement s’éloigne des processus présents dans la nature.

(2) Bassin-versant (illustration) : entité géographique où toutes les gouttes de pluie finissent au même endroit. (voir schéma Bassin Versant ci-dessous).

(3) Karst : zone calcaire sculptée par l’érosion physique et chimique des roches, formant des cavités parfois entièrement souterraines.

(4) Espèce endémique : se dit d’une espèce que l’on ne trouve que sur un territoire donné et nulle-part ailleurs sur Terre (ex : l’Apron du Rhône, espèce présente uniquement sur le bassin-versant du Rhône).

(5) Odonate : ordre d’insectes regroupant les zygoptères (demoiselles) et les anisoptères (libellules).

(6) Espèces pionnières : se dit des premières espèces colonisant un milieu suite à une modification récente (érosion, assèchement, travaux, etc.)

(7) Mégaphorbiaie : friche à flore très diversifiée se développant sur un sol riche et humide, généralement en plaine alluviale(11).

(8) Eutrophisation : phénomène d’accumulation de la matière organique dans un milieu, menant à des modifications de ce dernier (développement de plantes aquatiques, baisse de la quantité d’oxygène dissous, disparition de certaines espèces, apparition de nouvelles espèces, etc.).

(9) Lentique : se dit d’un écoulement lent par opposition à un écoulement rapide dit “lotique”.

(10) Espèce allochtone : se dit d’une espèce apparue récemment dans un milieu.

(11) Plaine alluviale : plaine formée par l’accumulation des sédiments déposés par la rivière au gré des millénaires et de ses déplacements latéraux.

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bassin versant
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Le bassin versant (@N. Meynard d’après FDAAPPMA 54)

Les 5 essentiels du lancer mouche

lancer

Un vade-mecum pour l’entraînement personnel

Bien que les moucheurs et les moucheuses français.es s’intéressent de plus en plus au lancer, il suffit de fréquenter quelques forums pour constater que celui-ci est encore considéré par beaucoup comme un « mal nécessaire », une gageure par laquelle il faut bien passer, hélas, pour parvenir au but, qui est de présenter notre artificielle au poisson. Or il en va du lancer mouche comme de n’importe quelle activité sportive : assurément difficile, sinon pénible au début, c’est un art dans lequel on gagne en satisfaction à mesure qu’on progresse en maîtrise.

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Le plaisir du lancer mouche

Un certain seuil atteint, voilà même que le lancer mouche se transforme en un véritable plaisir, qui s’ajoute à toutes les autres excellentes raisons que nous avons d’être passionnés par la pêche au fouet. La satisfaction ressentie motive alors à pratiquer davantage, voire à s’entraîner au lancer, condition nécessaire pour… progresser encore, prendre plus de plaisir et (peut-être) davantage de poissons !

L’encadrement avisé d’un moniteur agréé peut vous aider à franchir le seuil de ce cercle vertueux. Vous ferez donc toujours bien, surtout en début de parcours, de vous renseigner auprès de vos clubs locaux et AAPPMA sur leurs offres de cours. Mais les conseils et l’encadrement d’un instructeur, aussi compétent soit-il, ne peuvent se substituer au travail personnel.

Une fois certaines bases posées, l’entraînement, individuel ou en groupe, devient en effet un impératif catégorique pour qui souhaite consolider ses acquis et éviter de régresser. Pour gagner en autonomie tout en réduisant les risques de « s’entraîner à l’envers », c’est-à-dire de développer puis de fixer de mauvais gestes, filmer ses séances d’entraînement est une excellente idée. Une autre bonne idée, en ces temps de confinement, sera de développer une pratique plus consciente d’elle-même et de certains fondamentaux du lancer mouche.

Les 5 essentiels de Jay et Bill Gammel

C’est à cet exercice de clarification que, en 1990, se sont essayés Jay et Bill Gammel, père et fils. Liés à une grande association d’instructeurs, la Fly Fisher Federation américaine, les Gammel ont, durant les années 1980, sillonné les USA, caméra au poing. Leur but ? Filmer les grands lanceurs mouche de l’époque pour établir, au-delà du style personnel de chacun, ce qui déterminait la substance d’un bon lancer. De ce considérable travail de documentation et d’analyse est né, en 1990, un petit opuscule de vingt-quatre pages, qui synthétise la matière autour de cinq principes fondamentaux. En quelques années, ces « 5 essentiels » se sont imposés comme une référence de la didactique du lancer et forment, encore de nos jours, le socle sur lequel est bâti le programme de certification de la Fly Fisher International.

Voici, brièvement présentés et commentés, les cinq principes dont, selon Jay et Bill Gammel, la mise en œuvre prélude à la réalisation d’un lancer correct. Celles et ceux qui souhaitent aller vite pourront se contenter de prendre connaissance des essentiels proprement dits (titres en italiques dans le texte) et parcourir les quelques lignes d’explications que je propose pour chacun d’eux. Ces courts commentaires, bien que de mon propre crû, sont généralement fondés en assez large partie sur le travail pionnier des Gammel, dont on trouvera la référence dans la bibliographie de fin d’article. Les personnes plus patientes, qui souhaitent approfondir la matière, pourront se reporter, avec profit je l’espère, aux illustrations et observations personnelles que je propose systématiquement en « Discussion » de chacun des cinq principes présentés.

Essentiel 1 : une pause plus ou moins longue doit intervenir entre chaque séquence de lancer

Il est impératif d’effectuer une pause entre chaque séquence de lancer ; autrement dit, il faut attendre, après que vous avez terminé votre lancer vers l’avant ou vers l’arrière, que la soie se soit déployée avant d’entamer un lancer dans la direction opposée. Grosso modo, ce n’est que lorsque la boucle est presque arrivée à la jonction soie/bas de ligne, et qu’elle est donc sur le point de s’ouvrir complètement, qu’il convient de commencer votre geste en direction du lancer suivant. La longueur de cette pause, toutes choses égales par ailleurs, dépend de la longueur de soie que vous êtes en train de lancer, selon le principe général suivant : lancer long, longue pause - lancer court, pause courte.

Discussion

Si la pause est trop longue (figure 1 C), la soie chute et risque donc de se décaler à l’excès vers le bas (ce qui peut produire des problèmes de trajectoire), voire, horresco referens, de battre l’eau ou de toucher terre ! Une pause trop courte engendre d’autres problèmes, plus délicats à repérer, que les Gammel expliquaient à l’époque en se référant, en partie, à la « théorie du ressort ».

Selon cette théorie, ce serait grâce au fait que la canne se « charge » (se plie) et se « décharge » (se déplie) comme un ressort qu’on parviendrait à propulser une soie. Des études récentes ont montré l’inanité de cette conception, encore dominante aujourd’hui. De fait, on sait maintenant que la canne agit bien davantage comme un levier – un levier qui permet de mettre en mouvement et d’accélérer une masse, la soie – que comme un ressort. Bref, dans la perspective de la théorie du ressort, une pause trop courte a pour effet que, au moment où on commence à actionner la canne en direction du lancer suivant, une masse de soie moindre pèse sur cette dernière, laquelle se pliera donc moins (se « chargera » moins) que si la masse de la totalité de la soie bien déployée, avec le bon timing, lui avait été opposée. Il en résulterait, en toute logique, une moindre restitution d’énergie de la part de la canne : exactement comme un élastique moins tendu ou un ressort moins comprimé rendent, au final, moins d’énergie que s’ils avaient été tendus ou comprimés à l’extrême.

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lancer mouche
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Figure 1 Le temps de pause idéal est fonction de la longueur du lancer
Texte

La question de savoir si cette explication est valable reste ouverte. Mais les effets nuisibles engendrés par ce défaut de « charge », s’il existe, ont de bonnes chances d’être très secondaires par rapport aux deux autres gros problèmes que cause une pause trop brève.

Si vous commencez votre lancer trop tôt par rapport à l’état de déploiement de votre soie, il s’ensuit, logiquement, qu’une partie plus ou moins considérable de celle-ci (la partie supérieure de votre boucle, en anglais fly leg) se dirige encore dans la direction opposée au lancer que vous venez d’amorcer (figure 1 A). Premier problème : vous gaspillez de l’énergie. En effet, alors que vous accélérez une partie de votre soie dans une direction, celle du lancer que vous entamez, une portion plus ou moins importante de la masse de cette soie (ici deux mètres) est encore en train de se mouvoir en sens opposé, dans la direction de votre lancer précédent. Deuxième problème, cette erreur de timing réduit notablement la longueur de votre course d’accélération. Admettons, toujours partant de la figure 1 A, que vous lancez huit mètres de soie et que la longueur de la partie supérieure de votre boucle qui se dirige encore vers l’arrière au moment où vous commencez le lancer avant soit de deux mètres. La position de la pointe de votre canne au moment où la totalité des huit mètres de soie seront enfin accélérés dans la bonne direction sera nettement plus avancée que si vous aviez attendu, comme dans la figure 1 B, que votre loop arrière soit sur le point de s’ouvrir avant d’entamer votre lancer avant. Sur un chemin d’accélération de quatre ou cinq mètres, la longueur d’excursion disponible que vous risquez de perdre ainsi n’est pas du tout négligeable. D’une pause trop brève, suivent des pertes de tension de ligne en cours de lancer, généralement compensées par une application excessive voire erratique de la force, toujours contreproductive (voir essentiel 5)

Essentiel 2 : éviter toute perte de tension durant l’application de la force

Par pertes de tension durant l’application de la force, on entend la création involontaire d’un mou dans la ligne en cours de lancer, lorsqu’on est en train de mouvoir la canne vers l’avant ou vers l’arrière pour propulser la soie.

Toute perte de tension durant cette phase du lancer posera des problèmes d’efficacité et de contrôle. Pour comprendre pourquoi, représentez-vous la soie comme une masse distribuée sur une chaîne. Plus l’ensemble des chaînons de cette masse sont mis en mouvement simultanément dans la même direction, plus l’énergie produite pour mouvoir la totalité de la chaîne dans cette direction est conservée ; à l’inverse, du mou introduit dans la chaîne au moment du lancer produit dans celle-ci des points d’inertie, une masse inerte plus ou moins lourde (en proportion du nombre de maillons concernés) dont la mise en mouvement tendra à consommer l’énergie des chaînons qui doivent l’entraîner et produira des oscillations parasites.

Après la production de la force, quand votre loop est formé (figure 8), vous pouvez bien entendu introduire des pertes de tensions volontaires, par exemple pour obtenir un posé détendu du bas de ligne et de la soie.

Discussion

Les causes de pertes de tension de soie durant la phase active d’une séquence de lancer sont innombrables. Voici une liste non exhaustive des plus courantes d’entre elles, avec quelques astuces pour les éviter.

Le lanceur démarre son lancer arrière (« arraché ») alors qu’une portion plus ou moins importante de sa soie présente des méandres sur le sol ou à la surface de l’eau (figure 2). Il en résulte une perte de la longueur du parcours de lancer (voir essentiel 4) ainsi, parfois, qu’une sollicitation excessive et brutale de la pointe de la canne susceptible de produire des oscillations parasites et, souvent, un tailing loop (boucle croisée ou bouclage, voir essentiel 3). Même situation initiale, avec un scion de canne relevé vers l’avant ou, pire, dirigé vers le haut au lieu de pointer vers le bas, erreur combinée le plus souvent au défaut précédent, une ou deux spires de soie ayant en effet tendance à traîner, inertes, sous la canne.

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lancer mouche
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Figure 2 Soignez l’arraché : abaissez, résorbez, partez !
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Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on remédiera à ces deux classiques des mauvais départs a) en prenant soin de toujours résorber le mou en ramenant de la soie jusqu’à rétablir le contact direct avec la mouche ou le pompon avant d’entamer l’arraché et b) en veillant à amorcer systématiquement l’arraché pointe de canne maintenue au plus près possible de l’eau ou du sol, comme illustré en figure 2 C.

Une autre origine courante de pertes de tension durant le lancer provient d’un mauvais travail de la main de soie (la main de soie est celle qui tient la ligne). Soit que, durant l’application de la force sur un faux lancer, la main de soie du lanceur tend à se diriger vers sa main de canne (main qui tient la canne) avec pour effet de diminuer la longueur de la portion de soie entre la main de soie et le premier anneau, créant ainsi du mou au moment même où la force est appliquée. Soit que la longueur de soie disponible entre la main de soie et le moulinet soit trop courte pour permettre au lanceur d’être entièrement libre de ses excursions arrière ou avant en main de canne, avec pour effet une mauvaise synchronisation entre les deux mains. Soit, enfin, que le timing du lanceur en double traction soit incorrect. Dans ce cas, le lanceur rabat trop vite sa main de soie en direction de sa main de lancer et danse ainsi plus vite que la musique : il se crée alors un mou dans la ligne, très visible, entre la main de soie et le premier anneau de canne. L’effet de ce mou est, au contrôle de la soie, celui que l’écrasement d’orteils est aux danses de salon : une source de problèmes avec votre partenaire – ici votre ligne.

Dans les deux premiers cas, on peut conseiller au lanceur deux remèdes. Le plus facile est, simplement, de s’entraîner à fouetter sans utiliser sa main de soie. On pincera alors la ligne avec l’index et/ou le majeur de la main de canne contre la poignée de la canne, la main de soie étant ainsi mise hors-jeu. Le second moyen de lutter contre un mésusage de la main de soie consiste à tenir celle-ci immobile durant les faux lancers, de préférence collée au corps, et à ne la déplacer vers l’avant que lors de l’ultime lancer, après l’application de la force, en accompagnement du shoot (coulé) final de la soie.

S’agissant d’un timing erroné sur la double traction, le remède est plus complexe. On pourra, par exemple, reprendre à la base et proposer au lanceur de décomposer l’exercice par séparation de la traction avant et de la traction arrière, en tenant la canne à l’horizontale et en laissant la soie retomber au sol entre chaque lancer avant et arrière. Dans tous les cas, le retour de la main de soie en direction de la main de canne après la traction ne doit intervenir que lorsqu’on sent tirer la soie dans la direction du lancer.

Une pause trop courte, comme on l’a vu (essentiel 1), peut également engendrer du mou dans la ligne.

Essentiel 3 : pour produire un loop efficient, précis et serré, le lanceur doit s’efforcer de faire suivre au scion de sa canne un parcours d’accélération qui soit le plus rectiligne possible

Le fondement de ce principe, qui s’applique à un lancer droit (et non courbe), renvoie au fait que la soie suit la trajectoire de la pointe de la canne. A l’extrême, pour faire image et en simplifiant, si la trajectoire de la pointe de la canne durant l’accélération suivait une droite parfaite, la soie tendrait, au moment de sa projection en arrière ou en avant, à rentrer en collision avec l’anneau de pointe de la canne. Plus le lanceur parvient donc à accélérer la pointe de sa canne sur une trajectoire rectiligne, plus la boucle produite tend à être serrée et à se déplacer sur une trajectoire linéaire. Les avantages, en termes de conservation de l’énergie et de précision, d’une boucle serrée se déplaçant sur une trajectoire rectiligne sont évidents. L’essentiel 3 constitue le cœur de cible des 5 essentiels.

Discussion

Le principe de linéarité vaut tant sur le plan vertical, même si comme dans le style italien (TLT) on fouette sur un plan incliné, que sur le plan horizontal (règle des 180° degrés, ou de l’alignement, voir ci-après).

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lancer mouche
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Figure 3 Trajectoires de scion et morphologie du loop.
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Sur le plan vertical, un scion qui décrit, durant l’accélération de la soie, un arc de cercle passant au-dessus de la droite parfaite et imaginaire sur laquelle la pointe de la canne devrait se déplacer, tend à produire une boucle large : on parlera de trajectoire convexe du scion (voir la figure 3). Si, toujours sur le plan vertical, le scion de la canne passe brièvement au-dessous de cette droite parfaite durant l’accélération puis se redresse avant la formation du loop, on risque de produire une boucle croisée, dite aussi bouclage ou tailing loop. On parlera alors de trajectoire concave du scion.

Dans les deux cas, les erreurs de lancer produisant soit une boucle large, soit un taling loop, soit les deux en même temps proviennent d’une mauvaise application de la force durant l’accélération de la soie (essentiel 5) ou d’un espace d’accélération (dit aussi course de lancer, en anglais casting stroke, cf. essentiel 4) inapproprié ou encore d’une combinaison des deux. Pour bien comprendre pour quelle raison l’application correcte, c’est-à-dire progressive et croissante, de la force est l’élément clef pour obtenir un parcours de pointe rectiligne, il suffit de se rappeler que la canne n’est pas un bâton rigide. Elle va en effet se plier plus ou moins durant votre parcours de lancer, selon son action propre (de pointe, parabolique, etc.), selon les frottements (notamment la direction du vent) et l’intensité de la force par vous appliquée et selon, enfin, la longueur, donc le poids et la masse de soie que vous êtes en train d’accélérer.

 

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lancer mouche
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Figure 4 La règle des 180°
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Sur le plan horizontal, tout balayage latéral de la pointe de la canne durant l’accélération de la soie tend à dessiner un loop dont la partie supérieure (fly leg) s’ouvrira et se couchera sur la droite au cas où ce balayage est effectué de droite à gauche (cas habituel pour un lanceur droitier) et inversement (cas fréquent pour un lanceur gaucher et rare, mais possible, pour un lanceur droitier). Pour remédier à ces problèmes, il suffit de respecter la règle des 180° (figure 4).

Cette règle établit que, si vous souhaitez lancer droit et que votre soie pointe dans telle direction sur le lancer arrière, vous devez viser un point à l’exact opposé (180°) sur le lancer avant et vice-versa. Le plus simple, pour parvenir à cet alignement, est de choisir deux cibles situées sur une droite théorique parfaite, une à l’arrière une à l’avant, et de vous efforcer d’y diriger votre soie. Une bande de sécurité de chantier déroulée sur un terrain de manière rectiligne fournit également un excellent repère : vous vous efforcez de suivre cette droite avec la pointe de votre canne durant toute la phase d’accélération de votre soie et vérifierez que celle-ci atterrit le plus droit et le plus près possible de cette bande, aussi bien lors du lancer avant que sur le lancer arrière.

Une fois ces principes acquis, rien n’interdit de les enfreindre à dessein pour rechercher des trajectoires ou des lancers particuliers (courbes, boucles larges, jeux sur les tailing loop, etc.) contrôlés, adaptés aux contraintes du milieu et à la situation de pêche.

Essentiel 4 : la longueur du parcours de lancer (casting stroke) varie selon la longueur du lancer

Le parcours de lancer (casting stroke) peut être défini, ici, comme la séquence durant laquelle le lanceur applique une force sur la canne dans le but de projeter la soie. Lorsque le lanceur commence à appliquer cette force, le casting stroke débute ; lorsqu’il cesse d’appliquer cette force, la course de lancer se termine. Le principe 4 établit donc que, toutes choses égales par ailleurs (vitesse du vent, intensité de l’accélération, poids de la soie, longueur de la canne, etc.), plus la longueur de soie à projeter sera considérable, plus ample sera la longueur de la course de lancer à effectuer. La règle générale à retenir ici est la suivante : à lancer court, parcours de lancer court – à lancer long, parcours de lancer long. Les anglo-saxons résument et simplifient ce principe ainsi : “short cast, short stroke – long cast, long stroke”.

Discussion

Le terme de « geste », souvent utilisé dans les forums de discussion francophones, peut se substituer à la notion, plus complexe, de parcours, de course ou de séquence de lancer, qui est elle-même une traduction insatisfaisante du terme anglais de casting stroke. La règle s’énoncerait alors de la manière suivante : à lancer court, geste court – à lancer long, geste long.

Le principe reste le même : il faut que l’amplitude de la course accomplie par le scion de la canne soit adaptée à la longueur du lancer que vous êtes en train d’effectuer. On est donc très loin de la classique horloge du 11 heures (position de la pointe de canne en début de lancer) – 13 heures (position de la canne en fin de lancer) ou plutôt on adapte les heures de la fameuse horloge à la longueur de ligne qu’il s’agit de lancer !

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Figure 5 Ouverture de l’arc de lancer et longueur de soie
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Ce principe, qu’on suit souvent d’instinct en allongeant le geste à mesure qu’on allonge de la soie, est plus complexe qu’il n’y paraît. Sur le plan pratique il n’est en effet pas aisé de trouver la juste proportion entre l’ampleur de l’arc de lancer, défini par la position angulaire de la canne en début et en fin de mouvement, et la longueur de soie déployée (voir figure 5). Pour celles et ceux qui ne souhaitent pas approfondir le sujet, il suffira de savoir que, s’ils observent que leurs boucles sont trop larges, c’est probablement que leur rotation est trop ample par rapport à la longueur de soie à projeter. Remède : surveiller son geste, en particulier l’ampleur de la flexion du poignet et/ou de la rotation de l’avant-bras, pour réduire l’ampleur de l’arc de cercle décrit par le scion de canne. Déplacer un tout petit peu son coude en avant (sur le lancer ou le faux-lancer avant) et le reculer (sur le lancer ou le faux-lancer arrière) aidera également à réduire la cambrure de cet arc en pointe de canne, j’y reviendrai.  

Si vous constatez que vos boucles n’arrivent pas à se déployer complètement ou même qu’elles peinent à se former, c’est probablement que votre soie manque d’énergie. Plutôt que de forcer le geste au risque de créer des bouclages, testez les deux choses suivantes : amplifiez un peu votre rotation et allongez légèrement l’excursion de manière linéaire, en déplaçant davantage votre bras d’avant en arrière, en remontant légèrement le coude sur le lancer arrière, tout en prenant garde de respecter l’essentiel 3 : vous verrez que l’allongement linéaire du parcours de lancer, qu’on appelle translation, combiné à une rotation un tout petit peu plus marquée, permet de résoudre ce problème d’énergie, de former une boucle serrée, tout en évitant de « forcer la canne » et de risquer un tailing loop.

On peut approfondir le propos en revenant à la notion de « parcours de lancer ». Comme on l’a dit, le parcours de lancer n’est rien d’autre que la séquence durant laquelle on applique une force sur notre canne en vue de projeter la soie. Or cette force peut s’appliquer de deux manières, qu’on peut d’ailleurs combiner : en rotation ou en translation (voir figure 6).

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lancer mouche
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Figure 6 Rotation, translation et roto-translation
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Si nous appliquons la force en faisant subir une simple rotation à notre canne à partir du pivot fixe d’une de nos propres articulations (le poignet, le coude) nous déplaçons cette canne, ou mieux notre levier, le long d’un arc qui, selon la longueur de ligne à projeter, dessinera un angle plus ou moins ouvert (figure 6 A). Cette rotation est la manière la plus efficace d’accélérer la pointe de notre canne sur une distance donnée, grâce à l’effet multiplicateur du levier. Ainsi, la pointe d’une canne de 9 pieds effectuant, à partir d’un point de pivot fixe, une rotation sur un angle de 120° se déplacera d’environ 4.70 mètres ! L’angle plus ou moins ouvert sur lequel la canne est ainsi déplacée forme, comme on l’a vu, ce qu’on appelle l’arc de lancer.

C’est essentiellement l’ampleur de cet arc qui doit varier avec la longueur du lancer : plus la longueur de soie à projeter est considérable, plus cet arc sera ouvert. S’il est trop ouvert par rapport à la longueur de soie en jeu, la boucle produite sera elle-même très ouverte, en raison du parcours trop convexe que va suivre la pointe de votre canne (cf. essentiel 3 et figure 3 A) ; s’il est trop fermé par rapport à la longueur de soie déployée vous n’arriverez tout simplement pas à projeter votre soie à la distance voulue, votre loop s’effondrant avant même de s’être ouvert ou vous produirez un bouclage (tailing loop), comme sur la figure 3 C.

Pour faire comprendre intuitivement la relation entre l’ouverture de l’arc de lancer, l’ampleur du loop obtenu et la longueur de soie projetée, un instructeur australien de la FFI, Peter Morse, utilise la métaphore des parts de pizza. Celles-ci représentent l’ampleur de l’arc de lancer, autrement dit l’ouverture de l’angle dessiné par la canne au début et à la fin du parcours de lancer. Si votre boucle est trop ventrue, c’est que la part de pizza (ou de camembert, nous sommes en France !) que vous avez « mangée » est trop généreuse par rapport à votre longueur de soie : il faut vous mettre à la diète et réduire votre portion. En clair : diminuer l’ampleur de votre arc. Si votre loop dégringole avant de s’être ouvert, c’est que votre lancer manque d’énergie, et qu’il vous faut consommer une part de camembert plus grosse et donc ouvrir votre arc de lancer (voir figure 5 A). Même chose si votre loop montre une tendance au bouclage (tailing loop). Cette variation nécessaire de l’ampleur de l’arc de lancer renvoie une fois encore à l’essentiel 3 : pour obtenir une boucle serrée, la trajectoire du scion doit suivre une trajectoire qui soit la plus rectiligne possible.

La deuxième manière d’appliquer une force sur la canne consiste à la mouvoir en translation (figure 6 B). Si nous appliquons la force en translation pure en déplaçant notre pivot (coude ou poignet) de manière linéaire dans la direction du lancer sans modifier l’angle de la canne, nous renonçons à l’effet multiplicateur du levier usé en rotation : dans ce cas, une translation de 30 centimètres du talon de la canne produira, en pointe de canne, un déplacement de 30 centimètres. Il est évident que, s’agissant de l’accélération de la soie, la translation est infiniment moins efficace que la rotation. Mais, combinées, translation et rotation sont le duo gagnant pour qui cherche à faire de belles boucles serrées : on parle alors de roto-translation (voir figure 5 C).

La roto-translation, qui est un des fondements de la technique italienne (j’y reviendrai dans un prochain article) permet d’accomplir deux choses. En premier lieu, comme le montre l’animation de la figure 7, elle permet, grâce à la translation, de compenser en partie la courbure de l’arc de cercle produit en pointe de canne par la rotation et de gagner ainsi en linéarité (respect de l’essentiel 3). En second lieu, elle permet d’allonger la distance de course du scion sans perdre en linéarité, quelle que soit la longueur de soie déployée. Or plus vous avez d’espace à votre disposition pour accélérer la canne, plus il sera possible d’appliquer la force de manière fluide et progressive, sans à-coups, et d’atteindre une vitesse finale appropriée.

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lancer mouche
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Figure 7 Roto-translation et linéarité du parcours de scion
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Source : Tim Rolston, paracaddis.wordpress.com/tag/ten-to-two/ (Cliquez sur l’image pour l’animer)

Dernière précision, mais fondamentale : à la différence du crayon figuré dans l’animation ci-dessus, la canne plie durant le lancer sous le quadruple effet, comme on l’a déjà mentionné, de sa propre inertie, de la masse de soie à projeter, de la force que nous lui appliquons et des frottements en jeux – notamment ceux dus au vent. Et c’est précisément parce que notre canne est un levier souple qu’il est possible de faire suivre au scion de celle-ci un parcours relativement rectiligne (respect de l’essentiel 3) sans avoir à compenser complètement l’ampleur de la rotation par une translation de longueur correspondante. Ce qui nous amène à l’essentiel 5.

Essentiel 5 : l’application de la force durant le parcours de lancer doit être progressive

Le principe, tel que formulé par les Gammel dans leur papier original, est le suivant : « La force (power) doit être appliquée en juste quantité au moment opportun du parcours de la lancer ». L’idée fondamentale est celle d’une accélération fluide et croissante, soutenue jusqu’au moment du stop. Commencez lentement, accélérez de manière progressive, puis plus marquée, mais sans à-coups, dès que le talon de votre canne a passé la perpendiculaire du plan de lancer pour atteindre le pic de vitesse immédiatement avant le stop.

Discussion

Il convient évidemment développer assez d’énergie durant notre lancer pour permettre la formation de la boucle et la projection de la soie. Ni trop, ni trop peu. La substance du propos porte au reste non sur la quantité totale de force appliquée, mais bien sur la manière et le moment de l’appliquer durant le lancer (voir la figure 8). L’essentiel 5 est un moyen au service d’une fin : une fois encore, il s’agit, durant le lancer, de faire parcourir au scion de votre canne, qui se plie sous l’effet mécanique de la force que vous lui appliquez, une trajectoire qui soit la plus linéaire possible, afin d’obtenir une boucle serrée et directionnelle (essentiel 3)

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Figure 8 Progressivité et timing dans l’application de la force
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Il tombe sous le sens que, si vous démarrez votre lancer sur les chapeaux de roues, vous peinerez à continuer d’accélérer en proportion : le scion de votre canne va donc s’abaisser plus ou moins brusquement au début du lancer, passer sous la ligne idéale qu’il devrait parcourir, puis se redresser parce que l’accélération n’est pas maintenue. Il résultera de cette révérence involontaire du scion la création d’une vague plus ou moins creuse dans la soie, laquelle occasionnera, en général, un tailing loop. Il en va de même si vous marquez une accélération trop brusque à n’importe quel moment du parcours de lancer et que votre scion se plie en dessous de la droite idéale sur laquelle il devrait se déplacer durant la course de lancer. Ce genre de phénomène arrive souvent lorsque le lancer est entamé trop lentement ou sur un arc de lancer insuffisant par rapport à la longueur de soie déployée (essentiel 4) et que le moucheur cherche à se remettre dans la course en accélérant de manière brusque et exagérée. C’est aussi un des ingrédients du syndrome du dernier lancer : les faux-lancers sont exécutés de façon correcte, mais sur l’ultime lancer le pêcheur, qui cherche à mettre plus de jus, « tape » avec force dans la canne, perdant ainsi toute progressivité. Effet de bouclage (tailing loop) garanti !

Relevons pour finir qu’il est plutôt rare qu’un lancer pèche, si je puis dire, par manque de puissance. Rapporté à l’essentiel 5, ce défaut d’énergie se traduira par une courbure insuffisante de la canne et donc par un parcours de scion qui aura tendance à tracer un dôme au-dessus de notre trajectoire linéaire idéale, produisant ainsi un loop large et ouvert. Type de boucle dite ample ou ouverte, que nous évitons en général, mais qui peut être recherché dans certaines circonstances : lancer d’un train de mouche ou d’une grosse artificielle, lancer par vent arrière – par exemple.

Les trois maîtres mots, quant à l’application de la force, sont en résumé : progressivité, fluidité, timing. A cet égard, tout style confondu, un des meilleurs exercices qui soit est le suivant : par séries de 3 à 5 faux lancers, entraînez-vous à former des boucles qui soient les plus « propres » possible en mobilisant le moins de force possible. Vos loop, bien serrés, doivent avoir juste assez de vitesse pour combattre les effets de la gravité ou du vent et permettre une ouverture optimale de la boucle entre deux faux lancers. Commencez avec cinq-six mètres de soie et résistez à la tentation d’allonger immédiatement le tir : lorsque le résultat souhaité est atteint ajoutez un mètre de ligne et ainsi de suite. Sur cet exercice, n’effectuez pas de traction. Vous constaterez qu’il faut au final assez peu d’énergie pour former une boucle, même à douze-quatorze mètres, et que la vitesse de soie, loin de résulter d’un maniement frénétique et musclé de la canne, est d’abord affaire de progressivité, de fluidité et de timing. L’impulsion correcte, donnée au moment opportun.

Conclusion

Les 5 essentiels fourniront à celles et ceux qui cherchent à s’entraîner de manière autonome et consciente une aide très utile. Ils leur permettront de mieux diagnostiquer les origines de certains problèmes et donc d’y remédier avec plus d’efficacité. Bien sûr, il ne faut pas en faire un gospel ainsi qu’il est parfois advenu outre-Atlantique : comme tout exercice de synthèse, celui-ci comporte ses parts de simplifications discutables. Mais dans l’ensemble, compris dans leurs relations réciproques, les 5 essentiels offrent une base solide pour progresser dans la compréhension du lancer mouche et de ses fondements, quel que soit le style de lancer pratiqué. Je reviendrai dans un prochain article à l’application de ces principes au lancer de style italien (TLT).

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Bibliographie :

Sekhar Bahadur, « Casting Master Then and Now. Bill & J.W. Gammel », The Loop. The Journal of Fly Casting Professionals, Summer 2016, pp. 8-16.

Aitor Coteron, « Follow Me Please », The Loop. The Journal of Fly Casting Professionals, March-April 2018, pp. 10-15.

Bill Gammel, Jay Gammel, « Five Essentials », The Loop. The Federation of Fly Fisher Journal for Certified Casting Instructor, Summer 2009, pp. 1-6.

Mark Herron, Website : The Curious Flycaster https://thecuriousflycaster.com, en particulier son excellente Einstein Series sur la physique du lancer mouche.

Tim Rolston, « A Load of Ol’ Clock », The Fishing Gene Blog https://paracaddis.wordpress.com/tag/ten-to-two/

Mark Surtees, « Lost in Translation : How You Really Controll Your Rod Tip Path », The Loop. The Journal of Fly Casting Professionals, March-April 2018, pp. 16-20.

John Symonds, Philip Maher, Flycasting Skills for Beginner and Expert, Ludlow 2013. 

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