La récente cacophonie relative au boycott de la carte de pêche et les insurrections souvent démagogiques et insensées contre notre système associatif sont, au-delà de l'expression du caractère le plus nauséabond de la démocratie d'opinion sur les réseaux sociaux, le reflet d'un réel malaise dans nos rangs de pêcheurs de loisir. Occulter ce mécontentement serait une erreur pour qui se projette vers l'avenir.
L'une des premières difficultés à laquelle se heurte notre système associatif est la diversité de pratiquants, donc de visions et d'espérances à satisfaire :
Différentes revendications à l’égard du réseau des structures associatives agréées de la pêche de loisir (SAAPL) sont érigées sur les réseaux sociaux depuis quelques semaines et suscitent d’innombrables et diverses réactions. Quelles peuvent être les retombées d’une telle cacophonie sur ce réseau et par voie de conséquence sur les innombrables partenariats qui ont pour vocation de servir la pêche, les milieux et les pêcheurs ?
Voici quelques éléments organisationnels factuels du réseau qui pourront peut-être permettre d’affiner certaines prises de position, certains jugements souvent péremptoires sur les structures associatives de la pêche, qui ont besoin de tout sauf de ce qu’elles subissent actuellement. L’approximation des informations, quelles qu’en soient leurs sources a rarement atteint un tel paroxysme.
Elles permettent l’adhésion à une association. En l’occurrence, à une Association Agréée pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique (AAPPMA). Il en existe un peu plus de 3 500 en France. Elles proposent donc aux pêcheurs de rejoindre leurs associations par le règlement d’une adhésion. Si on prend l’exemple de la carte à 100 euros qui est l’une des adhésions proposées et qu’on la décline en semaine, on arrive à un prix de 1,92 euro par semaine.
Sur cette adhésion perçue par les AAPPMA, celles-ci reversent la cotisation fédérale qui correspond au montant de son adhésion à la Fédération. En effet, chaque AAPPMA adhère à la Fédération de son département. Le montant de cette cotisation est fixé par le conseil d’administration de la Fédération, composé de personnes élues issues des AAPPMA. Ce conseil d’administration vote également le montant de la cotisation qui est perçue et donc gardée par chaque AAPPMA. Ces adhésions se situent généralement entre 10 et 30 euros en fonction des départements.
Une partie de l’adhésion permet de payer la redevance milieu aquatique (8.80 euros) reversée aux agences de l’eau. Il en existe 6 en France. Cet argent est par la suite reversé aux fédérations départementales sous forme de subventions dans le cadre de conventions cadres passées entre les Fédérations et leurs agences respectives. Ces subventions sont principalement dirigées vers la restauration des milieux aquatiques et l’éducation à l’environnement (plusieurs millions d’euros par an).
Une partie de l’adhésion est versée à la Fédération Nationale (une trentaine d’euros). Cet argent est redirigé vers le réseau des SAAPL sous forme d’aides pour soutenir les emplois au sein du réseau et financer les actions mises en place. Chaque année, la FNPF reverse plusieurs millions d’euros aux SAAPL.
En résumé, la délivrance d’une carte de pêche permet au-delà d’aller à la pêche et de prélever des poissons (dans le respect des lois et règlements) de faire fonctionner de nombreuses actions vertueuses pour servir la pêche, les milieux, les espèces et les pêcheurs. Pour s’en convaincre, il faut prendre le temps de regarder les rapports d’activités que les SAAPL publient sur leurs sites internet ou sur les réseaux sociaux (FNPF, Fédérations, les AAPPMA ayant un site, associations migrateurs…). Il s’agit d’éléments factuels. Il ne faut pas non plus qu’un pêcheur hésite à demander ce que son association fait pour lui.
L’AAPPMA est le premier niveau de réclamation ou de revendication lorsque l’on est pêcheur. Plus une AAPPMA a de pêcheurs, plus ses moyens sont conséquents et plus ses capacités à proposer et monter des projets avec ses partenaires techniques et institutionnels sont théoriquement importantes. Une association agréée au titre de la protection des milieux aquatiques est un bel outil dès lors que sa gouvernance l’utilise à bon escient. Le Président et le Trésorier sont agréés directement par le Préfet.
Des statuts qui évoluent régulièrement définissent leur organisation. Ils sont faciles à trouver sur n’importe quel moteur de recherche. Il n’y a rien d’obscur dans l’organisation des SAAPL pour peu qu’on fasse l’effort de la lecture des statuts.
Chaque AAPPMA élit au sein de ses adhérents un conseil d’administration qui élit un Bureau et un Président. Le Président est tenu pendant son mandat de 5 ans (sauf report exceptionnel d’un an comme c’est le cas actuellement dans le cadre de la crise sanitaire) avec son conseil d’administration, de définir un projet associatif et fixer des objectifs à atteindre. Ce projet associatif peut convenir ou pas aux adhérents qui sont libres d’intervenir pour le signaler chaque année lors des Assemblées Générales. Il peut également proposer sa candidature en AG pour participer au conseil d’administration. Bien entendu, il appartient à chaque pêcheur de rejoindre l’AAPPMA de son choix.
Plusieurs cas de figures sont rencontrés au sein des AAPPMA...de la bande de copains désorganisée et déconnectée des réalités à la bande de copains incarnant à merveille le sens de l’intérêt général et la satisfaction du plus grand nombre, dans le respect des valeurs associatives. Quel que soit le niveau d’analyse ou de réflexion, les compétences individuelles n’ont que peu d’intérêt si elles ne sont pas mises au service d’un collectif. Ainsi, l’AAPPMA peut être un lieu d’échanges intergénérationnel formidable et structurant où chacun vient avec ses connaissances et ses compétences dans le but de servir les missions statutaires allouées à de telles structures. Le prix Charles Ritz décerné cette année est la preuve incontestable du bienfondé et du sérieux de certaines AAPPMA. Le premier niveau d’insatisfaction possible pour un pêcheur est donc bien l’AAPPMA puisqu’il y adhère directement.
Fort d’une expérience au sein des AAPPMA en tant qu’élus ou en tant que simples pêcheurs adhérents, il est possible de se présenter aux élections des Fédérations après que sa candidature ait été validée en AG de son AAPPMA. Le collège électoral est composé des Présidents des AAPPMA et des délégués dont le nombre est fonction du nombre d’adhérents présents au sein de l’AAPPMA.
Ainsi, tous les cinq ans, ce collège électoral va élire un conseil d’administration qui lui-même va élire un Bureau et un Président de Fédération.
Le conseil d’administration nouvellement élu va œuvrer à la destinée de l’organisation de la pêche départementale pendant 5 années en définissant à l’instar des AAPPMA, un projet associatif. Les lignes politiques votées sont déclinées en actions concrètes de terrain grâce à une équipe salariée. Trois piliers principaux définissent les actions fédérales :
Certaines Fédérations se sont dotées d’un schéma départemental de développement du loisir pêche. Il s’agit d’un outil co-construit avec de nombreux partenaires visant à définir les objectifs à atteindre en matière de développement et les moyens pour y parvenir.
Stratégie de communication, spécialisation halieutique des parcours (parcours truite, parcours bass, parcours de remise à l’eau immédiate, parcours de pêche de la carpe de nuit, parcours pêche au coup,...etc), contextualisation et simplification des réglementations, aménagements d’infrastructures spécifiques (rampes de mises à l’eau, aires de pêche sécurisées, accès au bord des cours d’eau et des plans d’eau), labellisation de certains parcours (Famille, Passion, Découverte), qualification des hébergements pêche, développement de l’attrait touristique, stratégie d’éducation à l’environnement et sensibilisation aux milieux aquatiques, stratégie d’empoissonnements,...ect.
Toutes ces actions sont effectuées en partenariat avec les structures départementales, régionales et nationales spécialisées (Comité départemental du Tourismes, Direction Départementale des Territoires, Office de tourisme, Région, Fédération Nationale, Agence de l’eau, Ministère, ou entreprises privées...) avec lesquelles il convient donc de bien s’entendre et d’entretenir de bonnes relations.
Sensibiliser les nouvelles générations à la protection des milieux aquatiques et les initier à la pêche est un enjeu majeur pour bon nombre de SAAPL. La Fédération Nationale a négocié une convention directement avec le Ministère de l’éducation nationale que chaque Fédération départementale peut décliner sur son territoire.
Ainsi, les Fédérations interviennent directement auprès des scolaires avec différents schémas organisationnels. Certaines se sont dotées d’un Pôle Départemental d’Initiatives Pêche et Nature (PDIPN) permettant de recevoir différents publics. D’autres se déplacent directement dans les établissements scolaires.
Les Ateliers Pêche et Nature (APN) montés avec l’aide des AAPPMA permettent aassi d’atteindre les objectifs de sensibilisation et de formation à la pêche et au respect de l’environnement.
Des stages de pêche peuvent être proposés également par les Fédérations parfois en collaboration avec les guides de pêche professionnels.
Chaque Fédération est autonome pour imaginer ce qui peut être fait dans ce domaine.
Les Fédérations ont pour la plupart un service ingénierie capable d’assurer de nombreuses missions et activités techniques : actualisation des connaissances scientifiques, étude sur la continuité des espèces migratrices, fonctionnalité des milieux vis-à-vis de la reproduction, création ou restauration de frayères, suppression ou aménagement d’obstacles transversaux…Les Fédérations sont présentes au sein de divers et nombreux comités de pilotage (syndicats de rivières, collectivités locales et territoriales, établissements publics territoriaux de bassins…). Elles peuvent également intervenir en tant que gestionnaire halieutique et piscicole d’étangs ou de lacs pour des communes, ou des conseils départementaux. Les Fédérations sont sollicitées par les services de l’Etat pour rendre des avis techniques ou prendre part à différentes instances décisionnelles telles que les comités départementaux des risques sanitaires et technologiques, les comités sécheresse…
Ces actions vertueuses pour les milieux et la pêche sont effectuées avec de nombreux partenaires. Là encore, il convient de maintenir de bonnes relations en entretenant la crédibilité des SAAPL.
De nombreuses autres actions sont effectuées par les Fédérations : surveillance du domaine piscicole, contrôle de l’exercice de la pêche, missions juridiques, missions administratives…
La situation d’un Président d’une Fédération est similaire à celle d’un chef d’entreprise. En effet, une entreprise est l’addition d’un socle et d’une activité. Pour une Fédération, le socle est l’associatif et l’activité est décrite ci-dessus. Son administration politique demande des compétences et des connaissances. Souvent, les Fédérations travaillent en lien étroit avec des cabinets comptables ou des commissaires aux comptes. Ils sont les garants de la transparence totale des flux financiers.
Comme pour une AAPPMA, plus il y a de pêcheurs au sein d’un département et plus la Fédération a des moyens pour mettre en musique sa partition.
Chaque Fédération peut adhérer par le versement d’une adhésion à une association migrateurs qui s’occupe à l’échelle d’un territoire de gérer les dossiers liés à la présence des poissons migrateurs (Saumon atlantique, Aloses, Lamproies marines, Truites de mer, Anguilles…ect).
Chaque Fédération est également présente au sein d’une association régionale et au sein d’une union de bassin qui vont gérer les dossiers au niveau régional pour que leurs interventions soient en phase avec le découpage administratif du territoire national.
Fort de leur expérience en tant qu’élus au sein de leurs Fédérations, il est possible de se présenter aux élections des associations régionales, des associations migrateurs ou encore de la Fédération Nationale de la Pêche en France.
Chaque niveau d’élection, que ce soit des AAPPMA, des Fédérations jusqu’à la FNPF est donc transparent. Les élus actuels sont légitimes dans les postes qu’ils occupent dans la mesure où les règles des élections sont parfaitement respectées et placées sous l’autorité de l’Etat qui vérifie et valide chacune des étapes.
A la FNPF, les missions thématiques sont similairement les mêmes qu’au niveau départemental mais au niveau national (Structures nationales, Ministères, Matignon, Présidence). Il s’agit de définir la politique nationale pour la pêche et la protection des milieux et des espèces. La FNPF organise la répartition des aides financières au sein de son réseau. Chaque année elle traite plusieurs milliers de dossiers de demande d’aide sur les trois axes définis précédemment. Le travail est colossal.
La bonne organisation des SAAPL est complexe. La bonne connaissance de l’organisation des SAAPL et des liens existants avec les nombreux partenaires sont les garants de la mise en œuvre d’une politique cohérente et vertueuse pour le développement de la pêche dans le respect des milieux et des espèces.
Chacun est libre d’y prendre part. Chaque SAAPL est à l’image des personnes qui sont aux commandes. Il en est de même partout. Le filtre humain conditionne tout.
La crise sanitaire impacte de façon violente le réseau. Le deuxième confinement décidé par le gouvernement, (lui aussi composé d’élus) a suscité une vague colossale de revendications.
De nombreux pêcheurs y sont allés de leurs commentaires sur les réseaux sociaux. Chacun y va de son analyse, de son ressenti, parfois de ses expériences plus ou moins heureuses au sein des SAAPL. Les conséquences sont désastreuses à bien des égards. Bien souvent, les éléments tangibles justifiant les critiques sont absents et sont alimentés par des fantasmes.
Un deuxième confinement est décidé et les français sont tenus de le respecter. Un flou existe quant à l’activité pêche. La FNPF communique à ses Fédérations et dresse un état des lieux de ses échanges avec le Ministère. Il convient alors de se rapprocher des directions départementales des territoires (DDT) pour connaître la position des Préfets. Certains considèrent qu’elle est possible dans le cadre des dérogations, d’autres non. Le bruit ambiant s’intensifie et ne manque pas de revenir aux oreilles de la Ministre par l’intermédiaire des innombrables messages adressés directement par les DDT au Ministère. Madame la Ministre et sa Secrétaire d’Etat tranchent et cosignent une circulaire aux Préfets en annonçant que la pêche est une activité interdite sauf dérogations particulières. La cacophonie gouvernementale est totale. Il en va de même pour la chasse qui demeure interdite sauf dérogations particulières.
Cette situation soulève de nombreuses interrogations parmi lesquelles :
Comment justifier de vouloir aller à la pêche dans le cadre d’un confinement décrété par le gouvernement ?
Qu’en est-il de l’image de la pêche dans l’opinion publique ? Pourquoi les pêcheurs auraient-ils le droit de pratiquer leur loisir et pas toutes les autres activités pouvant être pratiquées seules…la liste est longue.
Comment est-il possible de soutenir que la carte de pêche est trop chère au regard de tout ce qu’elle permet de financer ?
Existe-t-il quelque part, ne serait-ce que les prémices du commencement d’un fondement intellectuel cohérent justifiant ces demandes ?
Comment peut-on penser sur la seule et unique base d’une non communication de la part des structures que le travail de fond n’est pas réalisé ?
Suffit-il de déclarer sur les réseaux sociaux qu’une Fédération a écrit à la Préfecture, aux parlementaires pour apporter la preuve revendiquée qu’elle, elle fait son travail ?
Il semble communément admis que la pêche pratiquée individuellement ne pose pas de souci sanitaire particulier mais l’enjeu n’est pas là. Le fait de pouvoir pratiquer une heure dans un rayon de 1 kilomètre est une bonne nouvelle pour celles et ceux qui peuvent le faire. Ce n’est certainement pas cette situation, soit dit en passant, discriminante pour les pêcheurs en fonction de leur situation géographique, qui rend la vie plus triste ou moins triste.
Quand on tape sur la FNPF aussi fortement qu’actuellement, pense-t-on dans le même temps à tout ce que permet son importance au sein du réseau des SAAPL et même au-delà ? L’indécence de certaines attaques qu’elle subit interpelle au plus haut point : plusieurs millions d’euros chaque année pour soutenir les emplois, soutenir les études visant à actualiser les connaissances scientifiques, soutenir la restauration de la continuité écologique, l’amélioration de la fonctionnalité des écosystèmes aquatiques, la protection des espèces piscicoles, les actions d’éducation à l’environnement avec les scolaires, les initiations à la pêche, la surveillance du domaine piscicole, le contrôle de l’exercice du droit de pêche, la défense des pêcheurs dans les instances décisionnelles départementales, régionales et nationales...etc etc. La liste est longue. Je ne vois personne s’en féliciter et pourtant il y a de quoi être fier d’acheter sa carte de pêche et fier de savoir à quoi est utilisé cet argent. Il semble que cet acte militant est fondamental.
La pêche génère 2 milliards d’euros de retombées sur le territoire national chaque année. Affaiblir de la sorte la tête du réseau des SAAPL aura quelles répercussions sur l’écosystème pêche ? Les entreprises vendront-elles toujours autant de matériel si on affaiblit la FNPF et son réseau (baisse des moyens, baisse des actions de communication et de valorisation de ce loisir qui alimenteront inéluctablement un cercle vicieux…).
Comment peut-on décemment en appeler à ne plus prendre sa carte de pêche ?
Moins de pêcheurs engendrera inévitablement une disparition d’AAPPMA, donc une réduction du maillage associatif territorial. Les Fédérations auront moins de moyens et moins d’existence et de crédibilité politique auprès des partenaires et forcément la qualité des services proposés aux pêcheurs diminuera. La pêche privée ne pourra que s’en réjouir et se développera sans que personne ne puisse gérer et contrôler les tarifs d’accès à cette pêche privée.
Acheter sa carte de pêche est un acte militant qui permet tant de choses au-delà du simple fait de pouvoir aller à la pêche.
La démagogie n’a jamais été aussi présente. Sociologiquement parlant, les analyses et les études sont stimulantes pour comprendre les mécanismes de cette situation ubuesque.
Il ne faut pas se tromper de cible, et encore moins se tromper de combat.
Il semblerait tellement plus juste et pertinent que cette énergie soit dépensée à de vrais sujets sociétaux (réchauffement climatique, chômage, fermeture des petits commerces, là encore la liste est tellement longue). Ce sont réellement ces problématiques centrales qui ont un impact sur le bien-être de chacun, aujourd’hui comme demain, sur le long terme et certainement pas une impossibilité de pratiquer la pêche pendant quelques semaines.
Pendant qu’on vocifère sur des non sujets, les vraies injustices, celles qui sont fondées et argumentées ont encore de belles raisons de prospérer…
Beaucoup de Fédérations se substituent aux AAPPMA qui ne remplissent pas les missions pour lesquelles elles ont un agrément. Beaucoup de Fédérations compensent par une communication bien sentie le silence assourdissant de certaines AAPPMA dans la valorisation du loisir qu’elles sont censées valoriser. Bon nombre de Fédérations ne relayent sans doute pas suffisamment les informations reçues de la FNPF auprès des AAPPMA et par voie de conséquence auprès des pêcheurs.
Il y a un souci de communication global et personne ne le remet en question. Le travail de fond est pourtant en cours à la FNPF. Combien des personnes qui critiquent le tour de France ont toutes les cartes en main pour juger de sa pertinence ? Combien des détracteurs du tour se sont déplacés sur les villages pêche mis en place sur chaque ville de départ et/ou d’arrivée ? L’impact positif en termes de visibilité du loisir pêche et de son organisation est pourtant colossal.
Qu’il faille que la FNPF communique davantage directement auprès des pêcheurs est une idée intéressante mais est-ce que cela changerait vraiment quoi que ce soit ? Pour s’en faire une idée, il suffit de regarder le nombre de vues ou de réactions des documents techniques, des actions de communication, des films de valorisation que suscite leur partage sur les réseaux sociaux ou les sites internet en comparaison aux communications d’empoissonnements en truites arc-en-ciel.
Nombreuses sont les personnes à s’exprimer de façon péremptoire sur des sujets qui échappent totalement à leurs champs de compétences. Le vrai danger est là et il est inutile de le chercher ailleurs. Pourquoi hystériser systématiquement les débats autour de la pêche ? Des discussions posées autour d’éléments factuels sont les seules garantes de l’espoir d’avancer dans une logique de consensus.
S’investir dans le réseau des structures est vital pour le réseau et donc pour la pérennité de notre loisir. La communication récente de Jean-Baptiste Morel à ce titre est un formidable exemple de ce qu’il faut faire. Il faut se présenter aux élections des AAPPMA et œuvrer à leurs destinées.
Combien de personnes revendiquent leur échec dans leur tentative de faire évoluer les choses comme preuve des dysfonctionnements au sein du réseau ? Quand un objectif n’est pas atteint, c’est souvent la stratégie qu’il faut revoir.
Celles et ceux qui perdent souvent à un jeu de société ont plusieurs manières de l’expliquer : soit leurs adversaires sont plus forts qu’eux et il est honnête de le reconnaître, soit les règles du jeu ne sont pas bonnes et c’est donc de la faute du jeu lui-même. C’est une façon de masquer son incompétence en faisant porter la responsabilité sur autre chose que sur soi-même.
Il me plait souvent de rêver à des participations massives aux assemblées générales des AAPPMA ou chacun pourrait s’exprimer dans le respect des idées des autres avec comme seule motivation l’atteinte d’un consensus global.
« L’ennemi est bête, il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui » P. Desproges
Initié à la pêche de puis sa plus tendre enfance sur sa terre natale anglaise, Barry Ord Clarke a acquis une renommée internationale pour ses qualités de monteur de mouche, photographe et auteur. Désormais basé en Norvège, il collabore avec les marques Mustad et Veniard. Focus sur son dernier livre de montage de mouches.
Qui de mieux placé qu'un monteur émérite pour débuter la présentation de ce livre ? Jean-Marc Somaré a accepté de nous livrer son ressenti :
"Barry Ord Clarke nous gratifie d’un livre référence traitant du montage des mouches artificielles. Consultant montage mouche pour Mustad, il reçoit en 2016 le très convoité et prestigieux prix « Claudio D’Angelo » qui récompense le meilleur monteur de mouches international.
Au travers 28 modèles provenant du monde entier accompagnés d’un texte explicatif sur chacun d'eux, Barry nous guide pas à pas pour une réalisation parfaite de chaque mouche ; chaque étape du montage est accompagnée par une photo de grande qualité qui donne à cet ouvrage un "cachet" exceptionnel. Ces illustrations en font une œuvre à mettre dans sa bibliothèque.
Barry ne se contente pas d’enchaîner les étapes de fabrication les unes après les autres, il nous livre tous ses secrets et tours de mains, tout en donnant des petites « combines » bien utiles pour se simplifier la vie. Au-delà des mouches présentées, ce sont toutes les techniques employées qui sont passionnantes à découvrir que vous soyez un monteur débutant ou confirmé."
Comme l'a souligné Jean-Marc, ce livre aborde le montage de nombreux modèles de sèches et nymphes, des plus classiques comme la Pheasant Tail ou le Goddard Sedge à des références plus personnelles comme le Sedge Para-weld ou l'Omnicolerette. Quel que soit le type de mouche, l'auteur distille des astuces pour bien travailler les matériaux et parfaire vos montages ; il propose également des descriptions pratiques relatives à l'utilisation de chaque modèle. Ses mouches aux finitions impressionnantes raviront les techniciens de la discipline, alors que les monteurs plus rustiques seront conquis par l'omniprésence des matériaux naturels plébiscités par l'auteur (dont le cul de canard, le chevreuil et le quil de paon).
Quelques-unes des techniques décrites en détails par l'auteur : les ailes Wally Wings, les corps segmentés, détachés, le parachute parfait, le dubbing de poil de cervidé ou encore les corps pour mouches exactes.
A noter que pour chaque modèle présenté, un code QR renvoie aux vidéos tuto montage de la chaîne Youtube de l'auteur.
Assurément un ouvrage à mettre entre toutes les mains, pour peu que les rudiments du montage soient acquis !
Ce livre est vendu aux éditions Gerfaut
Le produit en bref :
Parution septembre 2019
190×250mm
256 pages
Cartonné
35 €
20 ans après la parution de son premier livre "Le Brochet à la mouche, le grand jeu", Jacky Roehrig nous propose un nouvel opus réactualisé sur le même thème. Cette approche de la mouche, encore assez confidentielle en France, possède toutefois un attrait grandissant et nul doute que cet ouvrage fera date dans la littérature halieutique moderne.
Nous l'avouons presque avec honte, nous ne connaissions pas Jacky Roehrig lorsque les éditions Gerfaut nous ont fait parvenir un exemplaire de son dernier livre...
Après avoir dévoré cet ouvrage en quelques heures tant il est instructif et facile d'accès, nous avons voulu en savoir plus sur le personnage... Très vite, après quelques discussions avec nos connaissances communes (le monde de la pêche est décidément bien petit !), toutes sans exception ont mentionné un homme discret, humble et très compétent... A l'heure de la course à l'égo et de l'exposition à tout va sur les réseaux sociaux, Jacky Roehrig fait partie des taiseux ; il a gagné le profond respect de ses pairs (dont les fameux Jean-Marc Somaré et Emmanuel Vialle qui n'ont pas tari d'éloge à son égard !) grâce à ses qualités de pêcheur. Il est tout simplement considéré comme l'un des précurseurs de la pêche du brochet à la mouche en France, avec quelques autres auteurs comme feu Thierry Cloux.
Parlons du fond maintenant !
Ce livre constitue une base de connaissances solides qui comblera tout type de pêcheur de brochet à la mouche, quels que soient son niveau et son parcours. Accessible au débutant tout en étant très pointu sur certains aspects techniques (dont des considérations mécaniques très intéressantes sur les matériaux de montage des streamers !), ce livre aborde successivement les moeurs du brochet, les différents milieux qui en contiennent, la stratégie de pêche selon la saison et les techniques à proprement parler, avec des considérations sur le matériel et une impressionnante revue des accessoires de fly tying modernes (hameçons, matériaux, outils...etc). L'auteur se livre enfin à une description des destinations phare de la pêche du brochet à la mouche dans le monde, le tout richement illustré !
L'un des aspects les plus séduisants de cet ouvrage réside dans son côté pragmatique. La connaissance approfondie du terrain et les heures passées au bord de l'eau sont palpables. L'auteur construit ces postula autour d'expériences parlantes tout en se montrant prudent quand la pratique ne lui a pas permis de conclure avec certitude... pas de théories boiteuses, ni d'expositions dogmatiques (il avoue volontiers troquer son ensemble mouche pour un ensemble casting dans les grands milieux qu'il juge trop fastidieux à aborder au fouet !), que des expositions convaincantes !
Au-delà du fond, ce livre est rédigé dans un style de qualité, très fluide et éthéré. C'est suffisamment rare pour être souligné !
Ce livre est vendu aux éditions Gerfaut
Le produit en bref :
Parution octobre 2020
190×250mm
224 pages
Cartonné
35 €
La pêche en réservoir est une approche très technique et exigeante de la truite à la mouche. Les réflexions à mener pour optimiser ses résultats sont nombreuses et parmi elles, le choix du matériel compte beaucoup. Afin de guider vos réflexions, Truites & Cie a fait appel à Florian Caravéo, membre de l'équipe de France Europe de pêche à la mouche :
Parmi les nombreuses cannes de pêche à la mouche proposées sur le marché, il faut savoir choisir le ou les modèles les plus adaptés à nos besoins. Alors chacun peut se fixer des critères comme le prix, la marque, la cosmétique, le nombre de brins ou la forme des anneaux… Mais quelles sont les caractéristiques techniques les plus importantes à considérer ? Que peut-on attendre d’une canne de pêche en réservoir ? Voilà quelques questions que se posent de nombreux pêcheurs, débutants ou non.
Partons du principe que la pêche en réservoir en France se pratique essentiellement de l’automne au printemps sur des plans d’eau de différentes dimensions mais dont le point commun est : la pêche de la truite arc-en-ciel en eau close. Bien entendu il y a les autres espèces de salmonidés qui peuvent accompagner ce poisson. Pour autant, la plupart des techniques et mouches utilisées en réservoir sont dédiées à l’arc-en-ciel. Cette espèce “grégaire”, “pélagique” et “sportive” se pêche à l’aide de soies flottantes, intermédiaires ou plongeantes. Il faut pouvoir prospecter différentes couches d’eau et parfois présenter des mouches à longue distance pour réussir à prendre ces poissons.
Une canne pour lancer quoi ? La première question que l’on doit se poser est probablement celle-ci.
Une canne à mouche est par définition conçue pour lancer une mouche artificielle à l’aide d’une soie. La pêche en réservoir s’adressant à des poissons de différentes tailles postés parfois à plus de 25 m du bord, il est indiqué d’utiliser des soies à fuseau décentré (WF) dont le poids est généralement compris entre 6 et 8 pour atteindre assez aisément une distance de pêche supérieure à 15 m.
Pour faire suite à la question précédente, il est très important d’essayer différentes soies avec une même canne pour comprendre quel profil de soie est le plus adapté. Bien entendu, chaque lanceur a ses préférences et il est nécessaire de dissocier le numéro de soie, de son profil et surtout sa densité.
Chaque marque doit se référer au tableau de référence AFTMA pour définir le poids de ses soies mais même au sein de cette “norme” il existe une limite basse et une limite haute de grains pour un numéro de soie donné. En considérant 9,14 m de soie (en partant de la pointe), le poids standard d’une soie n°7 est de 11,99g (185 grains). La norme prévoit qu’une soie de 7 puisse peser entre 11,47g et 12,51g. La différence n’est pas énorme mais ajoutez à cela une différence de profil, de densité et l’effet ressenti dans la canne ne sera pas du tout le même entre une soie WF7 flottante et une soie WF7 extra-plongeante par exemple (voir astuce en fin de paragraphe).
Pour les adeptes de physique : l’énergie cinétique étant calculée en joules sur la base de la masse et de la vitesse de déplacement d’un objet, je vous laisse faire vos calculs !
Avec les soies à “shooter” dont le fuseau est court, l’effet de chargement de la canne intervient très rapidement. Une WF “long belly”, dont le fuseau est plus long, chargera votre canne plus progressivement (phénomène comparable à une soie DT). En utilisant des soies bicolores, il est très facile de distinguer le belly du running line. Lorsque le belly sort de la canne, la soie devient de moins en moins facile à contrôler. Plus le belly est compact, plus ce ressenti est prononcé.
Prenez l’exemple du lanceur de poids et comparez le à celui du lanceur de javelot. La différence de forme de ces objets implique que les lanceurs utilisent une gestuelle différente pour lancer loin. L’effet “planant” qui porte le javelot le plus loin possible est quasi inexistant avec un poids dont la forme sphérique n’offre aucune portance.
Conseil utile pour prendre en compte la densité de la soie : pour une canne de type #7, prenez de préférence des soies n°7 flottante et intermédiaire et des n°6 pour les plongeantes (S3, S5 ou S7). En effet, une soie n°7 S7 risque de surcharger votre canne ce qui peut nuire aux performances de vos lancers.
Astuce débutant :
Un lanceur débutant pourra tirer avantageusement profit d’une soie à shooter puisqu’il n’est pas nécessaire de sortir beaucoup de soie pour charger la canne et shooter. En revanche, ce type de soie n’est pas aussi stable et planant qu’une soie WF classique ou une long belly, qui conviendront mieux à un lanceur expérimenté.
Généralement, les cannes spécifiques à la pêche en réservoir sont longues de 9’6 à 10’. Cela n’interdit pas d’utiliser des cannes de 9’ ou de 11’ bien entendu. Ceci étant, plus une canne est longue et plus elle peut s’avérer fatiguante. Pour pratiquer la pêche en nymphe à vue à quelques mètres du bord, une 9’ pour soie de 5 ou 6 suffit. Une canne de 9’ reste très maniable et réactive. Un lanceur aguerri parvient à lancer à une vingtaine de mètres avec ce type de matériel à condition qu’il n’y ait pas un vent trop prononcé et que les abords du lac soit dégagés.
Si vous n’êtes pas encore très entrainé à pratiquer le lancer en double traction, une canne de 9’6 ou de 10’ pour soie 6 ou 7 sera idéale. Même en lançant sans double traction, il est tout à fait possible de lancer au delà de 15m. La longueur de ce type de canne permet de bien maintenir la soie en l’air lors des faux lancers notamment lorsqu’il faut pouvoir passer au dessus d’obstacles (talus ou buissons). Ces numéros de soie restent assez faciles à contrôler et offrent un bon rapport “confort/distance”. Autre avantage des cannes de 9’6 ou 10’, elles permettent de bien pêcher avec des trains de plusieurs mouches. En pratique, utiliser un train de trois mouches espacées de 0,80 m à 1,2 m nécessite d’avoir suffisamment d’amplitude pour ramener un poisson jusqu’à l’épuisette sans que la mouche “sauteuse” (1ère potence) n’entre dans l’anneau de pointe. Avec 2,40 m ou 3,60 m entre la mouche de pointe et la sauteuse, une 9’ serait trop courte. Une canne de 10’ est plus adaptée si vous souhaitez pêcher à deux ou trois mouches.
En barque et en float-tube, l’utilisation d’une canne de 9’6 ou plus est quasi indispensable pour améliorer les distances de lancer. En position assise sur une barque ou dans un float-tube, le pêcheur se trouve plus bas que debout sur la berge. Il devient vraiment intéressant de pouvoir compter sur une canne assez longue pour bien allonger la soie lors des faux lancers sans que celle-ci n’entre en contact avec l’eau.
Les actions sont de trois types :
Ceci est valable en action de lancer avec un chargement de canne normal (soit une dizaine de mètres de soie dont le poids correspond à la puissance de la canne).
Il est plutôt difficile d’établir une véritable règle au sujet du choix de l'action. Le “feeling” du pêcheur est propre à chaque individu. L’action d’une canne ne fait pas le lanceur mais il est primordial de se sentir à l’aise avec son matériel.
Avec les années d’expérience passées aux contact de pêcheurs de différents niveaux dans les clubs, au bord de l’eau et dans les salons, il me semble qu’il est très important de ne pas griller les étapes. Pour commencer, une canne d’action progressive (moderate), à la première moitié très flexible, est à la fois confortable et “tolérante”. Ces cannes accompagnent bien un débutant dans sa progression et permettent de bien travailler la gestuelle sans aller “trop vite”.
Comme on apprend à conduire avec une voiture citadine et pas avec une formule 1, on commence à lancer avec une canne “facile” à maîtriser avant de passer à des cannes plus rapides. Plus une canne est rapide moins elle tolère les erreurs de lancer. Si votre gestuelle est très régulière, très efficace et que vous savez accélérer correctement une soie en double traction, vous pouvez vous orienter sur des cannes d’action rapide à très rapide.
La rapidité d’une canne dépend à la fois de la conicité du blank et de sa teneur en carbone. A teneur de carbone égale, une canne à la conicité prononcée est plus rapide qu’une canne dont le diamètre du blank est très régulier. Si deux blanks de conicité équivalente sont conçus avec des résines différentes, le blank dont la teneur en carbone est la plus forte sera le plus rapide.
Et si vous deviez choisir une seule canne ?
Parmi toutes les déclinaisons de longueurs et puissances, si vous ne deviez en retenir qu’une, ce serait à mon sens une 10’ soie 6/7 avec une action moderate ou moderate fast. Ce type de canne convient pour pratiquer toutes les techniques spécifiques à la pêche en réservoir et permet de lancer tous les types de soies.
C’est le facteur qui détermine la capacité d’une canne à accompagner le lanceur lors de la propulsion de la soie à longue distance. En fléchissant, la canne emmagasine l’énergie et la restitue par effet ressort lors des blocages avant et arrière. Plus la canne fléchit vers le talon, plus elle se charge et pourra restituer d’énergie.
Une canne pourvue d’une grande réserve de puissance nécessite de pouvoir la solliciter sur la totalité de sa longueur pour atteindre des distances records. C’est au lanceur de charger au maximum la canne pour en exploiter un maximum de ses capacités. La force du lanceur importe peu si la canne travaille pour lui. “Un bon lanceur est un “fainéant”, il exploite la canne sans se fatiguer” (R. Viroulet). Plus vous êtes à l’aise avec une canne et plus vous pourrez solliciter sa réserve de puissance. Faites d’abord vos armes avec des cannes progressives dont la réserve de puissance est modérée, puis passer à des cannes plus rapides si vous le souhaitez. (NDLR : à numéro de soie égale, plus une canne est rapide, plus sa réserve de puissance est importante. Cependant, plus une canne est rapide, plus elle est exigeante sur la qualité de la gestuelle). En application, les cannes avec lesquelles les très bons lanceurs réalisent de longs lancers sont plutôt d’action moderate fast à fast.
La réserve de puissance intervient aussi dans le combat avec les poissons. En fonction des types de pêche pratiqués et des poissons (taille/puissance), il faut veiller à adapter la puissance de votre canne. Si votre objectif est de mettre à l’épuisette rapidement de grosses truites arc-en-ciel avec des bas de ligne en 0,20 mm, vous pouvez opter pour du matériel puissant (soie 7/8). Si vous cherchez les truites moyennes avec des bas de ligne fins, une canne pour soie 5/6 sera plus appropriée.
Je récapitule dans le tableau suivant les différentes longueurs/puissances de canne à utiliser en fonction des techniques que vous souhaitez pratiquer. Ce tableau est le fruit de mes différentes expériences de pêche avec plusieurs types de cannes. Cela reste indicatif, chacun a ses préférences et d’un spécialiste à un autre, les affinités avec le matériel peuvent différer.
A chaque pêcheur ses préférences et son budget. L’offre pléthorique de cannes sur le marché vous permet de trouver de bonnes cannes même à des budgets modestes (dès 40 €). Le prix est souvent proportionnel à la technicité d’une canne, les nouvelles générations de blanks permettent de trouver de très bonnes cannes entre 80 € et 200 €. La cosmétique, le nombre d’éléments, le type d’anneaux, vont plus ou moins correspondre à vos goûts. Les garanties sont souvent liées à la durée de vie des séries.
De 200 à 500 €, vous trouverez des cannes de marques plus “prestigieuses” avec des qualités techniques supérieures qui correspondent aux attentes de spécialistes. Généralement ces cannes sont plus rapides que les modèles entrée de gamme en raison de la teneur en carbone plus importante dans les blanks. Côté cosmétique, il y a plus de choix et les marques proposent des garanties souvent plus longues que pour les entrées de gamme. Pêcheur intermédiaire ou spécialiste, c’est souvent dans ce créneaux de prix que l’on trouve son bonheur.
A plus de 500 €, vous accédez aux cannes les plus techniques dont les blanks sont généralement composés de nappe de carbone de haute qualité et de “nano-résine”. Les cannes sont plus légères, plus réactives et ne produisent quasiment pas de vibrations parasites lors des lancers. Les pêcheurs les plus aguerris peuvent s’orienter vers ces gammes pour gagner en confort de pêche, en sensibilité et en tenue de poisson.
Bien choisir une canne de pêche en réservoir fait appel à 4 notions essentielles : la longueur, la puissance, l’action et le prix. Apportez de l’importance aux types de soies que vous souhaitez utiliser (profil et densité) et faites des essais pour faire les bonnes associations. En fonction de votre niveau de pratique et de vos habitudes de lancer, vous pouvez ne posséder qu’une ou deux cannes pour pratiquer l’ensemble des techniques de pêche en réservoir. Si vous souhaitez pêcher en compétition et posséder plusieurs ensembles, vous pourrez trouver de bonnes cannes à différents budgets pour constituer votre arsenal !
Texte et photos Florian Caravéo
Adepte de la pêche à la mouche depuis l’âge de 10 ans, Florian recherche la polyvalence en traquant différentes espèces. Il s’est engagé dans la compétition dès ses 12 ans et gravit les échelons jusqu’à la 1ère division en rivière et en réservoir. Il a oeuvré pour les compétitions pour les jeunes et organisé le championnat du Monde des jeunes en France en 2012. Aussi passionné par la vie des milieux aquatiques que par la pêche, il a travaillé en temps que chargé d’étude à la FDAAPPMA de la Lozère. Aujourd’hui, il est chef de produit pour une enseigne spécialisée.
Son palmarès international de compétiteur : 2004 au championnat du Monde junior Norvège avec une médaille d’or en équipe. 2005 Championnat du Monde des jeunes médaille d’argent par équipe en République Tchèque. 4 ème au championnat des 5 Nations en Ecosse 2014. Sélection en équipe de France pour les championnats d’Europe 2021.
Vous pouvez visiter son site : www.somouch.fr
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La marque Syndicate s'est imposée comme le fabricant le plus populaire aux Etats-Unis dans le monde de la pêche à la nymphe. Ses produits reconnus outre-Atlantique pour leur excellent rapport qualité/prix sont arrivés sur le marché français depuis 1 ans suite à la collaboration de l'entreprise avec Laurent Sentenac, manager de l'Equipe de France Europe et pêcheur de première division. Focus sur la totalité de la gamme Pipeline Pro :
Côté look, la série Pipeline est caractérisée par un blank brun mat, dotée de deux anneaux SIC de départ suivi de 10 monopattes tiCH, d'une poignée liège 4A et d'un porte moulinet aluminium aéronautique up-locking avec insert bois. Seule la 11' #3 possède un talon de combat. Niveau finition, mentionnons la présence d'un accroche mouche et de points d'alignement des brins. Ces cannes 4 brins sont livrées dans un tube compartimenté et bénéficient d'une garantie à vie.
Le protocole Common Cents System a permis de caractériser l'action, la puissance et la réactivité de ces cannes :
En ce qui concerne les puissances, seules la 10' #2 et la 11' #3 ont des puissances réelles identiques aux puissances annoncées (ERN respectif à 2.38 et 3.42).
La 10' #3 et la 10' #4 sont sur-estimées niveau puissance : la 10' #3 est en réalité une #2/3 (ERN à 3.12), la 10' #4 une vraie #3 (ERN à 3.57).
Seule la 11' #2 est sous-estimée, c'est en réalité une #2/3 (ERN à 2.82).
Les actions sont corrélées à la longueur des produits et homogènes :
Les réactivités de ces cannes sont proches de celles des autres références du marché de même longueurs/puissances :
Toutes ces cannes possèdent un porte-moulinet classique à vissage vers le haut parfaitement compatible avec l'utilisation d'un moulinet semi-auto. Les conforts de pêche sont bons compte tenu du montage. Les 10' nécessitent un moulinet vide d'environ 120/130 gr pour être parfaitement équilibrées. 170/180 gr pour les 11'.
Au niveau des distances des premiers anneaux, celles des 11' sont bonnes pour une pratique optimale de la nymphe au fil (distances respectives à 36 et 38cm pour la #2 et la #3), c'est à dire limiter la formation d'un ventre dans la soie. En ce qui concerne les 10', les distances sont plus importantes (environ 50cm) et le puriste de la nymphe gagnera à ajouter un anneau amovible.
Les poignées sont relativement longues et leur épaisseur est standard.
L'avis fabricant sur la gamme Pipeline Pro :
"Les cannes à mouche de compétition Syndicate P2 Pipeline Pro représentent exactement ce dont vous avez besoin pour améliorer votre pêche à la nymphe ! Réputée pour sa légèreté et sa sensibilité, la série P2 est rapidement devenue l'une des gammes de cannes compétition les plus appréciées aux États-Unis. Les Syndicate P2 Pipeline Pro protègent non seulement les pointes fines, mais permettent également de maîtriser les plus gros poissons quand c'est nécessaire. Cette série possède l'action appropriée pour les pêches modernes en nymphe au fil et lance sans problème un tandem sèche-nymphe ou des indicateurs plus volumineux. Aux Etats-unis, ces cannes sont également populaires auprès des guides en bateaux car leurs longueurs permettent d'augmenter les dérives des clients et de faciliter les lancers. Leur confort les rend faciles à utiliser toute la journée. Nos cannes à mouche sont garantie à vie."
L'avis de Laurent Sentenac, compétiteur de 1ère division et manager de l'Equipe de France Europe :
"Depuis un peu plus d'un an, j'utilise les cannes Syndicate de la série Pipeline sur mes rivières ariégeoises. Je pourrais les caractériser en 3 mots : sensation, robustesse et élégance.
La concurrence commence à être rude dans cette catégorie de prix autour de 400 euros ! Les Pipeline Pro viennent clairement concurrencer les Vision Nymphmaniac et les JMC Performer. Au niveau des 10', le choix se fera essentiellement selon le poids des nymphes les plus utilisées et la part accordée à la polyvalence :
Pour ce qui est des 11', le choix se fera essentiellement sur la taille des poissons pêchés :
On le voit à travers ce comparatif, ces cannes sont très qualitatives et leur rapport qualité/prix très bon. Nul doute qu'elles trouveront leur place dans un marché déjà bien fourni, d'autant qu'elles bénéficient d'une garantie à vie, ce qui est plutôt rare dans cette gamme de prix !
Le protocole de test des cannes à mouche
Comment choisir sa canne à nymphe
Pour voir et/ou commander les cannes Syndicate, contactez le Petit Bouchon 09 à Pamiers au 05 81 30 67 29 ou via leur page facebook.
Comment bien choisir son hameçon pour capturer plus de truites à la mouche ? L'Equipe de France de pêche à la mouche, par l'intermédiaire de son manager Thierry Lelièvre, vous prodigue ses conseils dans les colonnes de Truites & Cie.
L’hameçon est un des facteurs clé de votre réussite car il conditionne le nombre de vos ratés à la touche et de vos décrochages. Bien souvent négligées, il existe quelques règles à observer lors du choix de votre hameçon. Ces règles dépendent des caractéristiques intrinsèques de l’hameçon (profil, pointe...etc) mais aussi des conditions de pêche telles que la coopérativité des poissons, leur méfiance, leur taille… et bien d’autres que nous allons aborder au travers de ce tutoriel sur les hameçons.
Aux caractéristiques présentées dans l'illustration ci-dessus, il faut ajouter le "type de fer" qui qualifie le diamètre de la tige de fer utilisée pour confectionner l’hameçon (ex: fort ou fin de fer).
Alors un bon hameçon, c'est quoi ?
La hampe est l’élément majeur qui contribue à l’esthétique de votre mouche. Elle correspond à la partie "utile" pour le montage de votre mouche. Sa longueur et son profil (droite, courbe, renversée) contribuent essentiellement à l’esthétique d’ensemble de votre mouche. Toute la longueur de la hampe doit être en général utilisée pour monter la mouche. Mais attention à ne pas descendre sur la courbure. Même sur un hameçon courbe il ne faut pas descendre à plus de la moitié de la courbure pour ne pas risquer trop de décrochages.
La discrétion de votre hameçon dépend essentiellement de ses parties visibles, à savoir l’oeillet, la courbure et la pointe.
Cette discrétion peut être un élément déterminant si les poissons sont particulièrement éduqués et si la vitesse de dérive est faible ! En général, les dimensions de ces trois éléments doivent être proportionnées à la taille de votre mouche. Inutile de sur-dimensionner votre taille d’hameçon par rapport au modèle que vous souhaitez monter.
Par exemple, la longueur de la hampe et de la courbure sont très importantes pour monter les sèches. Ce sont les parties immergées de votre mouche sèche. Plus la courbure sera « ouverte » (large ouverture) et plus la pointe sera longue et plus l’hameçon sera visible sous la surface. Le type de fer est aussi très important. Plus votre hameçon sera fort de fer est plus il sera visible ce qui, outre la discrétion, peut être très pénalisant sur des petites nymphes et les sèches.
Attention aussi à la brillance de votre hameçon qui peut aussi déclencher d’éventuels refus sur des poissons très délicats. Différentes déclinaisons de couleur existent (ex : gold, bronze, black nickel, black) et peuvent avoir des influences différentes sur la discrétion de l’hameçon en fonction de la teinte globale de votre mouche.
Un bon hameçon doit être efficace à la touche et au ferrage pour minimiser les ratés ! Le choix de votre hameçon fait partie des facteurs qui conditionnent votre efficacité et votre succès à la touche. Idéalement, on aimerait tous que le poisson se pique tout seul lors de la touche grâce à la tension naturellement exercée sur la ligne. Mais il est souvent nécessaire d’accompagner cette touche par un ferrage, afin d’exercer une tension supplémentaire, plus ou moins forte, sur votre ligne pour faire en sorte que la pointe pénètre dans la gueule du poisson. Pour ce faire, il faut aussi que la pointe soit de bonne qualité et se présente correctement au moment du ferrage pour pénétrer avec efficacité dans la gueule du poisson.
L'efficacité au ferrage dépend des caractéristiques de l'oeillet, de la hampe, de la courbure et de la pointe de votre hameçon.
Par son effet "bascule" plus ou moins accentué, la forme de l’œillet peut être aussi la cause de nombreux ratés au ferrage, en favorisant ou pas la pénétration de la pointe dans la gueule du poisson. Néanmoins, cet effet bascule est aussi dépendant de la forme de la hampe et la différence entre l’axe de l’œillet et celui de la hampe.
Exemples :
Il est de coutume de réserver les profils très courbés (dits caddis) pour les mouches sèches car ils permettent une flottaison "juste sous la surface" ; les profils droits sont utilisables pour les sèches, noyées et les nymphes. Un profil très courbé, utilisé pour une nymphe, a tendance à favoriser les ratés à la touche, le poisson ayant moins de chance de se piquer tout seul.
Ainsi plus la courbure de la hampe de l’hameçon est importante et moins il devrait être utilisé pour monter des nymphes !
Logiquement, plus la courbure de votre hameçon est "ouverte" (grande distance entre la pointe et la hampe) et plus votre pointe sera dégagée pour favoriser sa pénétration dans la gueule du poisson au moment de la touche. Mais attention à sa discrétion (visibilité) et au risque de décrochage.
Donc à taille et forme plus ou moins égales, privilégiez l’hameçon le plus ouvert possible !
La pointe est certainement l’élément de l’hameçon le plus important pour ne pas rater les touches. Evidemment, d’autres facteurs indépendants de l'hameçon peuvent en être aussi la cause tels que votre canne, votre technique de ferrage...ect (NDLR : voir l'article de Truites & Cie relatif au décrochage). Le piquant et le profil de la pointe sont les deux caractéristiques à considérer dans le choix de votre hameçon pour un ferrage efficace. Sa longueur peut aussi être déterminante mais l’ensemble des hameçons modernes présente une longueur de pointe qui ne pose pas de problème particulier à la touche (attention par contre pour les décroches, nous en reparlerons !).
La pointe de votre hameçon doit toujours rester parfaitement dégagée pour ne pas entraver sa pénétration dans la gueule du poisson.
Il est à TOUJOURS VERIFIER à différentes étapes :
Vous pouvez vérifier à l’œil si votre pointe est bien effilée et pas émoussée, mais rien ne vaudra un test du piquant sur votre peau. Elle doit pouvoir y pénétrer comme dans du beurre.Une pointe émoussée et cela se paiera net par une augmentation des ratés à la touche.
Sont considérées la finesse du fer sur la longueur de la pointe et à son extrémité.
Une pointe fine de fer offrira nécessairement un meilleur piquant et une meilleure pénétration, demandant ainsi un ferrage moins appuyé. Sur des poissons délicats ou sur des touches très rapides, cela peut permettre au poisson de se piquer « presque » tout seul. A contrario, une pointe plus forte de fer même piquante demandera d’être accompagnée d’un ferrage plus appuyé afin de permettre la pénétration dans la gueule du poisson. Ceci peut malheureusement se solder par une casse au ferrage si le fil de votre pointe est très fin (ex : 09/100 ou 10/100) ou défectueux. Cela peut aussi se caractériser par de nombreux ratés à la touche, le poisson ayant plus de difficultés à se piquer tout seul. A contrario, pour une pêche avec un fil de pointe pas trop fin (ex : 12/100 ou plus), une pointe plus forte de fer mais néanmoins très piquante pourra être efficace.
D’une façon générale:
- Plus votre pointe est droite (voire même légèrement inversée vers le bas), plus elle est efficace à la touche mais le risque de décrochage sera accru.
- A contrario, plus votre pointe est courbe, plus le risque de ratés à la touche est grand mais le risque de décrochage est minimisé.
En effet plus la pointe est courbe et plus elle aura tendance à glisser sur la gueule du poisson et donc à ne pas pénétrer la gueule du poisson:
Un bon hameçon doit minimiser le risque de décrochage lors du combat !
Si votre hameçon ne respecte pas certaines caractéristiques au niveau de sa courbure et surtout de sa pointe, alors le risque de décrochage restera élevé. La mise à l’épuisette sera alors soumis à votre bonne étoile ! Le décrochage est toujours du à la capacité qu’aura votre hameçon à sortir de la gueule du poisson ou bien à se retourner/s’ouvrir du fait de la puissance du poisson :
- Sa résistance à l’ouverture face à l'intensité du combat dépend de la qualité du trempage lors de la fabrication de l’hameçon, et surtout du type de fer utilisé (fin/fort de fer et si l’hameçon est forgé ou pas).
- Si on oublie les cas où le poisson est mal « piqué » ce qui est parfois indépendant de notre volonté, la capacité de votre hameçon à glisser jusqu’à sortir de la gueule du poisson est essentiellement liée à la force fer, à la longueur et au profil de sa courbure ainsi qu'à la longueur et au profil de sa pointe.
Naturellement, plus votre hameçon sera fort de fer et plus il sera résistant lors du combat et très faible sera le risque d’ouverture au niveau de la courbure. A contrario, plus il sera fin de fer et moins il sera résistant lors du combat et plus fort sera le risque d’ouverture au niveau de la courbure.
Néanmoins, deux facteurs peuvent influencer ce constat :
Logiquement, à pointe identique, plus la courbure de votre hameçon est grande et plus votre hameçon aura la liberté de glisser dans la gueule du poisson lors des changements de direction de la tension dans votre ligne. Voir en illustration quelques cas de figure relatifs à l’influence l’ouverture de la courbure.
Au premier coup d’œil, il existe peu de différences dans le profil de la courbure des hameçons que nous proposent actuellement les fabricants. Néanmoins, en y regardant de plus prêt et pour un œil averti, nous pourrons constater que les courbures de nos hameçons peuvent présenter quelques différences de forme qui peuvent avoir une influence plus ou moins forte sur la liberté de mouvement de votre hameçon dans la gueule du poisson et par conséquent sur le risque de décrochage. Quelques exemples (à ouverture égale bien entendu) :
Plus l’ampleur du mouvement nécessaire à faire glisser la pointe jusqu’à l’extraction complète de la gueule du poisson est importante et plus le risque de décrochage est faible. A contrario, plus l’ampleur du mouvement est faible et plus ce risque sera fort.
Le profil et la longueur de la pointe sont les deux caractéristiques à considérer dans le choix de la pointe votre hameçon pour minimiser le risque de décrochage :
D’une façon générale, à longueur égale :
- Plus votre pointe est droite et plus elle sera facile à extraire de la gueule du poisson. Mais elle sera plus efficace à la touche et au ferrage.
- A contrario, plus votre pointe est courbe est plus elle sera difficile à extraire de la gueule du poisson. Mais elle sera moins efficace à la touche et au ferrage (plus la pointe est courbe et plus elle aura tendance à glisser sur la gueule du poisson et donc à ne pas pénétrer la gueule du poisson).
Néanmoins, une pointe légèrement renversée, droite ou gauche, permettra aussi de minimiser ce risque. C’est parfois nécessaire de le faire sur votre hameçon en cours de pêche lorsque que vous subissez trop de ratés.
A profil égal :
- Plus votre pointe est courte et plus elle sera facile à extraire de la gueule du poisson.
- A contrario, plus votre pointe est longue est plus elle sera difficile à extraire de la gueule du poisson.
Bilan pointe :
Pourquoi sans ardillon ?
Après avoir monté votre mouche avec le bon hameçon, ferré efficacement au moment de la touche, combattu loyalement et mis à l’épuisette votre poisson, il vous faudra le relâcher dans les meilleurs conditions pour assurer sa survie et avoir la chance un jour ou l’autre de le capturer à nouveau ou bien ses descendants.
Il est d’usage de dire que les hameçons à pointe très fine et/ou en pointe de flèche, hameçons dit « chirurgicaux », ont tendance à déchirer la gueule des poissons. C'est certainement vrai mais les hameçons fort de fer ne sont pas non plus sans effet. Tout dépendra aussi de l’intensité et de la durée du combat. A contrario, la présence d’un ardillon sera assurément enclin à abîmer le poisson au moment de retirer votre hameçon de la gueule du poisson. Il est donc conseiller d’utiliser des hameçons sans ardillon pour une pêche sportive et responsable.
Après avoir sélectionné vos références hameçons en fonction des caractéristiques recherchées (ex. sèches ou nymphes, fort ou fin de fer, efficacité à la touche, bonne tenue au combat), il faut :
Si vous subissez trop de ratés à la touche, alors :
Si vous subissez trop de décrochages au combat :
Texte et croquis de Thierry Lelièvre, photos et légendes de la rédaction de Truites & Cie sauf mention contraire
Thierry Lelièvre a succédé à Robert Escaffre en tant que manager de l'équipe de France Senior de pêche à la mouche en 2019 (année du sacre que l'équipe en Tasmanie), après plus de 10 ans de pratique de la compétition au plus haut niveau, et un encadrement de l'équipe de France Master en 2018 (médaille de Bronze par équipe). Thierry est actuellement président du club GPS Mouche Passion.
La scalimétrie, l’otolithométrie, la génétique, la traçabilité individuelle par télémétrie passive (RFID, Pit-Tag) sont autant d’outils qui ont été développés par les scientifiques pour mieux comprendre la vie des poissons, le fonctionnement de leurs populations. Cette connaissance nous éclaire et nous guide dans les modes de gestion à mettre en œuvre pour conserver ou restaurer notre patrimoine piscicole.
Pour illustrer et valoriser l’intérêt de mettre en œuvre ces outils, voici un exemple très parlant qui nous est offert par MICAH DAVISON, Fisheries Coded Wire Tag Technician au Fish and Game Department de l’Idaho (Etats-Unis). Plus particulièrement, c’est une truite arc-en-ciel (dite « steelhead ») qui nous l’offre ! Voici ce qu’elle nous raconte :
La steelhead est la forme migratrice de la truite arc-en-ciel. Elle est par conséquent itéropare, ce qui signifie qu’un même individu se reproduit plusieurs fois au cours de sa vie, et effectue donc potentiellement plusieurs migrations anadromes (pour aller rejoindre ses frayères) et catadromes (pour retourner à l’océan après la fraie).
Sur la Snake river, les migrations de saumons et de truites sont suivies depuis des décennies par le Idaho Fish & Game au niveau du barrage de « Lower Granite ». Chaque migrateur piégé au niveau de la station de comptage est marqué à l’aide d’un pit-tag. Quelques écailles sont prélevées, ainsi qu’un petit morceau de nageoire pour réaliser des analyses génétiques. Grâce à ce mode opératoire, il a été possible de retracer l’histoire d’une truite arc-en-ciel steelhead récemment piégée à Lower Granite (2018).
Premièrement, nous savons que c’est une femelle et que celle-ci est âgée de 8 ans. Mais vous allez voir qu’on peut en savoir bien plus sur son histoire !En effet, rien qu’à la lecture de ses écailles, il est possible non seulement d’estimer son âge mais également de rétro-calculer sa croissance annuelle, d’identifier ses séjours dans l’océan et de comptabiliser ses actes de reproduction (voir illustration ci-dessous).
Donc, pour commencer, notre steelhead a éclos de sa frayère à l'été 2010. Elle est restée en rivière jusqu'en 2012, date à laquelle elle a réalisé sa première migration catadrome pour rejoindre l'océan. Elle a ensuite passé deux ans à se nourrir au large dans l'océan Pacifique (régime alimentaire essentiellement ichtyophage), avant de retourner à sa rivière natale à l'automne 2014. A l’issue d’une longue et périlleuse migration, elle a réussi sa première reproduction au printemps suivant.
Ayant survécu au périple et au frai, elle est retournée dans l'océan Pacifique sans attendre pour y passer une nouvelle année à se nourrir (la cantine est bonne, sa croissance est bien plus importante que si elle était restée en rivière). La voilà qui retourne en eau douce à l'automne 2016 pour frayer à nouveau le printemps suivant.
Notre migratrice est vaillante, elle survie à ce nouveau périple et à cette nouvelle débauche d’énergie pour sa reproduction. Alors, elle répète encore le long voyage aller-retour vers l'océan… pour migrer à nouveau à l'automne 2018, migration durant laquelle elle est capturée par Micah dans le système de piégeage scientifique du Lower Granite Dam. A cette occasion, Micah mesure et pèse notre truite (elle fait 66 cm), la marque à l’aide d’un pit-tag, avant de la relâcher pour qu'elle rejoigne ses frayères. Le pit-tag (pour passive integratred transponder) est une petite puce permettant d’identifier un individu tout au long de sa vie grâce à un code alphanumérique unique. Ces Pit-tag ou puces RFID sont de différentes tailles (12 à 32 mm) et permettent de marquer toutes tailles de truites à partir de 6 cm. Pour schématiser, il fonctionne comme un code-barre dans un supermarché et sans batterie, d’où sa miniaturisation (voir photo). Il délivre son code unique dès lors qu’il rentre en contact d’un champ électromagnétique délivré par une antenne (ou une zapette, comme au magasin !). C’est un outil aujourd’hui très utilisé dans la traçabilité du vivant, de la steelhead en passant par votre chat…
Au passage, les opérateurs en charge du suivi scientifique à Lower Granite ont remarqué qu’elle avait souffert (et survécu) à une morsure de phoque !
Depuis cette capture en 2018, notre steelhead n’a jamais été recapturée, mais son pit-tag nous permet de continuer d’en savoir plus sur elle. Ainsi elle a été détectée au barrage de Little Goose Dam (toujours sur la Snake river) au printemps 2019, alors qu'elle effectuait sa migration pour rejoindre une énième fois l’océan ! Quatre mois plus tard, incroyable, elle est à nouveau détectée au barrage de Bonneville (Columbia river), puis deux mois plus tard au barrage de Lower Granite. Elle a donc survécu, encore, à tous les dangers qui jalonnent ses périples.
Au total, cette « petite » truite arc-en-ciel femelle (les spécimens supérieurs à 1 mètre ne sont pas rares !) a parcouru près de 6 500 km de rivière au cours de sa vie, soit plus d'un dixième du tour de la planète, sans compter les kilomètres parcourus lors de sa vie dans l'océan ! A chaque migration, elle a réussi à franchir les 8 barrages qui se trouvent entre l’océan et ses frayères, à la montaison et à la dévalaison évidemment… Au cours de sa vie notre steelhead a donc franchi 32 fois des barrages ! Elle a creusé 3 fois (très probablement 4) son nid pour la fraie et pondu a minima 9 000 œufs. C’est ce qu’on peut appeler « une bonne génitrice »…
Quelle incroyable histoire n’est-ce pas ? Et encore, on ne livre là qu’une toute petite partie des informations et des connaissances acquises au travers de l’histoire de cette truite (temps de migration, franchissabilité des 8 barrages en montaison et en dévalaison, homing, itéroparité, …). Tout cela raconté par une écaille, un morceau de nageoire et un pit-tag de 23 mm !
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