Salmon fever bretonne !

pêche saumon Bretagne

Lorsque l’on a pris son premier saumon et qui plus est à la mouche, il est courant de dire que l’on a attrapé la « saumonite aiguë» ou la « salmon fever » ! Cette maladie incurable que l’on contracte lorsque l’on a gouté à la pêche de ce formidable migrateur, vous oblige à retourner sur l’eau sans cesse dans l’attente de cette tirée tant convoitée.

Lionel, Pierre et d’autres potes en sont victimes et chacun d’entre nous traque ce poisson dès que les conditions peuvent être favorables. Parfois nous organisons une sortie ou quelques heures afin de partager cette passion commune...

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Ce migrateur très recherché que l’on appelle aussi le « poisson roi » se mérite. Il demande des heures de prospection, de concentration, d’effort et beaucoup d’abnégation, voire un zest de folie car il faut se l’avouer en France, il est impératif d’avoir un mental d’acier et savoir encaisser les bredouilles très nombreuses. Cependant une fois ce poisson au bout de notre ligne, on repart à zero. Notre motivation est reboostée à 200% et les nombreuses sorties sans capture et moments de doute disparaissent comme par magie. Nous pouvons ainsi à nouveau repartir en quête d’un autre saumon et espérer une touche à chaque lancer ! Au saumon, il faut y croire, passer du temps au bord de l’eau et s’adapter à toutes les situations. Rapidement analyser nos meilleures chances et trouver les mouches, animations et tenues du jour.

Le saumon est un poisson au cycle bien particulier. Après une phase marine de 1 à 2 ans voire plus (3 ans parfois mais très rare en France) pendant lequel le saumon se nourrit abondamment et s’engraisse avant sa migration retour ou « homing », il remonte en rivière pour s’y reproduire. Il cesse alors complètement de s’alimenter, ce qui le rend difficile à capturer. Ne se nourrissant plus, il faut jouer sur son agressivité et son instinct de prédateur pour tenter de déclencher la touche.

En Bretagne nous avons la chance de bénéficier d’un large choix de rivières où remonte notre salmo salar. Nos cours d’eau aux pentes douces sont ce que l’on appelle des « spate river » ou rivière à crue. C’est-à-dire des rivières qui sont « pêchantes » principalement sur coup d’eau lorsque celles-ci se teintent et montent. Les saumons dans ce cas continuent leur migration vers l’amont, colonisent de nouveaux pools ou « trous » en Bretagne et deviennent mordeurs momentanément surtout en début de décrue. Une fois le niveau d’eau redescendu et les eaux redevenues claires, les saumons sont de moins en moins agressifs et donc plus difficiles à prendre. Depuis que j’habite en Bretagne (20 ans), le climat a complètement changé, et les précipitations notamment estivales sont devenues quasi inexistantes, ce qui est peu propice à la capture d’un saumon d’été, qui entament leur remontée pourtant dès la mi-juin. Les poissons frais sont mordeurs en tout début d’été puis deviennent craintifs et méfiants et restent sur le bas des cours d’eau dans les parties profondes et calmes pour économiser leur énergie.

Depuis à peu près 4 ans, nous ne pouvons plus vraiment pêcher les castillons ou saumons d’été dans de bonnes conditions, du fait de ce manque d’eau et nous attendons chaque année avec impatience un bon coup d’eau favorable à leur remontée et à leur pêche. Les précipitations arrivent de plus en plus tard et cette année il faudra attendre début octobre. Nous étions tous aux aguets pour retourner au bord de nos cours d’eau préférés pour tenter de prendre un joli saumon sauvage made in Bretagne !

Il n’en fallait pas plus pour que Pierre et Lionel m’appellent et que nous organisions un week-end pêche. Nous n’avons pas souvent l’occasion de pêcher ensemble du fait de nos agendas respectifs et de mon activité de guide qui fait que je passe beaucoup de temps sur l’eau mais qui ne me laisse que très peu de sorties pour mon plaisir personnel chaque saison.

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Le rendez-vous est pris le samedi 3 octobre. Lionel et Pierre commencent leur partie de pêche au levé du jour sur une magnifique petite rivière du Finistère. 

A mon arrivée Lionel est déjà parti travailler après avoir touché plusieurs poissons bien actifs et Pierre en m’attendant aura lui aussi sa chance, mais son poisson après un début de combat acharné lui faussera également compagnie !

Lorsque je rejoins Pierre, l’excitation est à son comble ! Il me raconte leur début de matinée alors que je scrute rapidement l’état de la rivière. Les eaux sont hautes et teintées. Des conditions parfaites pour trouver du poisson en montaison. Nous sommes surexcités. La fièvre nous guette et nous partons ensemble sur un magnifique parcours réservé uniquement à la pêche à la mouche en cette saison et en no-kill. Autant dire, pas grand monde au bord de l’eau. Le top !

Je monte vite fait ma canne, une 9 pieds soie de 6 que j’utilise pour le castillon et l’alose. Je décide de monter un polyleader de type 5 pour pêcher un peu plus creux que d’habitude car les eaux sont très rapides et la rivière peu large. Pierre est en noyée « classique » alors que je monte un de mes tubes préférés pour pêcher vite, couvrir du terrain et tenter de trouver un saumon mordeur. J’adore cette technique, dynamique et souvent efficace dans ces conditions qui déclenche des touches violentes et une sacrée montée d’adrénaline.

Après une dizaine de minutes de pêche, dans un amorti du courant un premier saumon vient prendre brutalement ma mouche en se retournant et créant un flash bien caractéristique.  Fish On ! Comme nous avons l’habitude de le faire entre nous, je crie « POISSON » pour indiquer à Pierre que j’en tiens un. Pierre est un sacré pêcheur et un très bon photographe. Une de ces multiples passions. Son appareil à la main, il me rejoint alors que je suis en transe. L’excitation est palpable ! Un saumon procure toujours cette sensation même après en avoir capturé un certain nombre. Le cœur s’emballe et on perd souvent ces moyens. Une sensation très agréable de satisfaction et de soulagement. Du pur bonheur. Enfin un saumon au bout de la ligne après une saison estivale compliquée du fait du manque d’eau récurrent m’empêchant de guider et de pêcher convenablement cette espèce pourtant emblématique de notre belle Bretagne.

Ce magnifique saumon mâle teigneux arbore de superbes couleurs et ne compte pas se rendre facilement. Equipé de ma Redington Crux en soie de 6, je bride le poisson autant que je peux pour le sortir de la veine principale et le ramener aussi vite que possible, afin de le remettre dans son élément dans les meilleures conditions. Le voilà près de la berge où je me trouve, encore quelques coups de tête mais il finit rapidement dans l’épuisette. Yes ! Une merveille ! Je suis en pleine montée d’adrénaline ! La journée commence bien et s’annonce idéale pour faire une belle partie de pêche. La stratégie a fonctionné et ce premier poisson nous permet de valider notre sortie et fait bien plaisir à l’équipe.

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Après quelques clichés, il repart dans son élément en pleine forme. Nous pouvons continuer le parcours et prospecter méthodiquement chaque coin qui pourrait tenir un poisson.

Il faut savoir que lorsque l’eau est forte, les poissons peuvent s’arrêter un peu n’importe où et ce n’est pas forcément dans les trous habituels que vous prendrez des poissons. Ils ont tendance à rechercher des postes dégagés, moins courants et moins profonds pour faire une halte pendant leur remontée. Les radiers peuvent tenir des poissons qui s’arrêtent juste quelques instants pour « souffler » avant de rapidement repartir. J’ai donc tendance à pêcher les moindre courants prometteurs et postes de repos « temporaires ». D’ailleurs ce jour-là nous toucherons nos castillons principalement dans des amortis, radiers et quasiment aucun dans les postes où habituellement nous prenons nos poissons.

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Nous enchaînons les postes et toujours pas d’autres attaques, touches ou suivis. Je suis étonné mais continue d’y croire. Les poissons montent très vite de la partie aval de la rivière, où ils se « stockent » en période estivale, à l’amont de la partie basse où nous n’avons pas le droit de pêcher en période « castillon ». (cf arrêté migrateur pour plus de détail sur la réglementation saumon)

Pierre sur un nouveau poste fera monter lui aussi un saumon sur son tube, mais pas de touche, juste un gros bouillon ! Grrr....  Un peu plus tard en fin de matinée, alors que Lionel (qui était retourné au travail et attendait le soir pour revenir nous rejoindre) vient aux infos et appelle Pierre, je prospecte un joli radier. Je n’ai jamais pêché ici auparavant car habituellement il y a très peu d’eau, mais aujourd’hui les niveaux sont très hauts et je voyais bien un saumon faire une pause sur ce joli plat courant.

En fin de poste, alors que ma mouche venait à peine de toucher l’eau, un remous énorme se forme à la surface au passage de ma mouche au premier strip ! Wow ! Ce remous m’a donné des frissons ! Je me retourne vers Pierre, et nous nous regardons avec une expression bien connue des personnes atteintes de cette fièvre du saumon. Incroyable. On aurait dit que quelqu’un avait lancer une énorme pierre sur le poste ! Nous informons Lionel toujours au téléphone que je viens de faire monter un très joli poisson. Je relance et prospecte à nouveau le secteur mais plus d’intérêt pour ma mouche. Je dis à Pierre de raccrocher et de monter une noyée car lui aussi était passé au tube n’ayant pas eu de touche. Je m’impatiente et tente un dernier lancer en dérive inerte et alors que ma mouche coule et amorce son « swing », je prends une énorme « cartouche ». Le poisson est au bout et n’est pas content du tout. Pierre raccroche et le saumon remonte à toute vitesse vers nous puis saute à quelques mètres de notre berge. Je le vois très bien. Il est tout frais ! Quelle surprise ! C’est assez rare en cette saison même si cela peut arriver parfois d’avoir des poissons d’automne qui montent tardivement. Je suis à nouveau submergé par un sentiment indescriptible et crie à Pierre : « il est tout blanc ! ». Ce poisson en pleine forme, commence à me malmener. Je subi car cette année les castillons sont vraiment gros. Leur poids moyen est bien supérieur aux années précédentes et certains font plus de 3 kg ! Presque des petits saumons de printemps !

J’ai l’habitude de mener des combats rudes et courts pour remettre à l’eau les poissons rapidement mais celui-ci n’est pas d’accord. Je garde ma canne basse pour éviter les sauts. Le poisson monte, puis descend la rivière à nouveau en quelques secondes : une vraie locomotive ! Quelles émotions ! Alors que je le bride pour bien le fatiguer et après environ 1 minutes 30 de combat qui semble être une éternité, le poisson ne veut pas monter en surface et lors d’un dernier coup de tête se décroche ! Je suis anéanti ! Quelle déception ! Je hurle de rage !! Mon cœur bat la chamade et nous n’en revenons pas. Le remous, la touche, le début de ce combat hors norme sont passés si vite. Quel moment intense. Mais cette fois-ci c’est le saumon qui sortira vainqueur.

Nous nous remettons tant bien que mal de ce déboire et continuons notre descente. Heureusement il ne faudra pas attendre très longtemps pour qu’un troisième poisson vienne prendre ma mouche et me permette d’oublier ce poisson tout blanc perdu. Même type de poste que le premier. Un amorti du courant dans un endroit où je n’avais encore jamais touché de poisson sur cette rivière. D’ailleurs, je piquerai ces trois saumons sur trois spots où auparavant je n’avais jamais pris de saumon. Alors que j’essayais de placer Pierre sur certains spots intéressants où habituellement les saumons aiment se tenir. Comme quoi !

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C’est encore un beau mâle aux splendides couleurs qui me gratifiera d’un très beau combat avec plusieurs chandelles et rushs qui comme toujours procurent de sacrées sensations. Ma canne de puissance 6 est pliée en deux mais fait le « job ». Le poisson fatigue et rapidement j’arrive à le diriger et le faire rentrer dans l’épuisette. Pierre est à mes côtés et prends d’autres beaux clichés. Quelle journée ! Les poissons sont vraiment décidés !

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En fin d’après-midi, Lionel nous rejoint par l’aval du parcours et rapidement fait bouger plusieurs poissons et en décroche un autre. Nous décidons de remonter là où nous nous sommes garés, près de 3 km en amont. Nous redescendons ensemble faire les quelques bons trous du haut du parcours. Je les accompagne pour le fun car perso, ma journée est faite et je suis super content et comblé. Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu trois saumons au cours d’une même session. Les conditions étaient vraiment idéales et les eaux commencent gentiment à baisser et s’éclaircir. De bonne augure pour la suite.

Lionel touchera encore un nouveau saumon, juste devant nous sur une bordure de courant où les poissons semblent stationner dans l’attente de continuer leur ascension. Un joli mâle qui après deux/trois coups de tête va se décrocher à nos pieds ! Décidément Lionel n’est pas en vaine aujourd’hui ! Nous en restons là pour cette première journée. Néanmoins nous savons que le lendemain les conditions seront encore bonnes pour toucher quelques poissons.

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Le soir j’appelle un bon collègue de Guingamp, Pascal, qui a lui aussi fait un doublé de saumon sur le Léguer en fin de semaine précédente lorsque l’eau montait. Le Léguer et le Trieux ne sont plus pêchable ce weed-end car beaucoup trop hauts et sales, et je l’invite donc à venir passer la journée avec nous le dimanche car lui aussi est « addict » à la pêche du saumon. Il n’a jamais pêché cette rivière et les conditions sont bonnes. Il viendra passer la soirée chez moi pour être prêt pour le lendemain. Près du feu de cheminé nous buvons un verre et nous nous remémorons les belles sorties que nous avons pu faire ensemble par le passé, notamment une fermeture sur l’Ellé en 2015 où nous avions fait chacun un doublé et touché d’autres poissons. Les histoires fusent, et nous sommes surmotivés pour affronter la journée de dimanche.

Lionel et Pierre ré-attaquent dès le levé du jour et Lionel prendra une belle femelle qui lui permettra d’oublier les poissons décrochés de la veille. Il est très content et soulagé. En effet, il ne faut pas rater les coups d’eau car ils se font de plus en plus rares et sont peu prévisibles. Ce sera d’ailleurs le seul vrai coup d’eau de l’automne et avant la fermeture.

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Avec Pascal nous retrouvons Pierre sur le pont du même parcours de la veille. Nous descendons tranquillement la rivière et nous savons que nous avons de bonnes conditions et de grandes chances de toucher quelques poissons même si les eaux sont bien redescendues et beaucoup plus claires que la veille. Nous savons aussi qu’une bonne partie des saumons seront passés au-dessus de la limite partie haute/partie basse de la rivière. Il va falloir être bon et bien pêcher pour tirer notre épingle du jeu. Les radiers sont moins pêchant aujourd’hui car l’eau est plus basse qu’hier, et les poissons risquent d’être postés différemment.

Nous descendons et pêchons tour à tour sur de bons postes. Après une bonne heure de pêche toujours pas de suivi, ni touche. Les eaux sont pourtant belles et tout trois prospectons bien les plus beaux secteurs. Je décide de changer le versileader  de la veille et de pêcher plus près de la surface aujourd’hui. Je monte un type 3 et conseille à Pascal de mettre un intermédiaire pour pêcher différemment.

La matinée passe vite et nous faisons une pause pique-nique rapide tout en discutant des stratégies à adopter. Mouches noyées dans les trous et pêche rapide au tube dans les courants. Coloris, taille, animation. Chacun à sa technique, ses préférences. Perso, je monte un tube avec un légère touche de rose car Lionel a fait bouger pas mal de poisson avec ce coloris. J’avais donc monté quelques mouches la veille au soir en compagnie de Pascal pour agrémenter mes boites.

Pascal est enchanté de découvrir cette très belle petite rivière, lui qui pêche très souvent le Léguer et le Trieux. C’est un pêcheur averti qui recherche le saumon depuis de nombreuses années surtout en Bretagne mais qui part souvent en Norvège avec un autre ami Jean-Marc lui aussi atteint de la « salmon fever ».

C’est une pêche technique car la rivière est peu large et très encombrée. Il faut savoir lancer sous les frondaisons et être précis pour tenter de débusquer les saumons qui profitent de cet environnement pour se planquer. Les postes alternent entre trous profonds et secteurs courants avec quelques retenues plus lentes où les saumons aiment stationner pendant leur remontée et durant l’été. C’est vraiment un superbe parcours pour pêcher le saumon à la mouche, et surtout sur coup d’eau.

Après la pause déjeuner, nous continuons et cherchons dans chaque recoin de la rivière pour tenter de déclencher la touche. Malheureusement nous n’avons pas la même activité qu’hier. Une petite heure après le repas, sur un nouveau poste je prends une grosse touche sur mon tube. A notre habitude je crie : « poisson » afin d’avertir mes compères. Ils arrivent à ma hauteur et je les chambre un peu car j’avais annoncé que je prendrai au moins un poisson aujourd’hui pour plaisanter bien sûr. Ouf, je suis sauvé ! Il est bien piqué et lourd. C’est un combat très différent de la veille. Le poisson reste au fond et nous ne l’avons toujours pas aperçu. Lors de la prise de la mouche j’ai bien vu le reflet du poisson lorsqu’il s’est tourné pour prendre ma mouche. C’est un saumon de printemps et pas un castillon (saumon de plus de 67 cm). La courbure de ma canne en est témoin, c’est vraiment un beau poisson. Après une bonne minute de combat il se laissera voir. C’est une belle femelle qui va me permettre d’ouvrir le compteur ! Yes ! Quel plaisir de prendre ces saumons sur matériel léger dans une si belle rivière et en bonne compagnie. Le poisson se calme et rentrera tant bien que mal dans l’épuisette de Pierre. Je suis aux anges et valide cette journée. Nous faisons quelques belles photos avant de le remettre à l’eau. Me voila détendu ! C’est fou ce que cela peut faire du bien de faire un poisson et surtout un beau saumon sauvage sur nos cours d’eau bretons !

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Je décide de ralentir la cadence tout en pêchant mais de surtout mettre Pascal et Pierre sur les « bons coups ». D’ailleurs, alors que j’allais attaquer un des spots où j’avais pris mon troisième saumon la veille, je décide d’appeler Pascal pour qu’il tente sa chance. Il ne lui faudra que quelques lancers en utilisant lui aussi un tube pour prendre son premier saumon sur cette rivière. Je suis super content pour lui et sa satisfaction me réjouit. C’est vraiment sympa de partager sa passion avec des potes. C’est encore une femelle, mais de plus petite taille. Un joli castillon qui a dû rentrer en rivière il y a un mois environ. Pascal habitué à prendre des saumons est confiant et détendu. Il gère parfaitement le combat et met son poisson à l’épuisette comme il se doit. Super ! Nous voilà donc avec trois saumons de pris sur le parcours en comptant celui de Lionel ce matin.

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Même résultats qu’hier finalement. Il ne reste plus que Pierre qui lui aussi aimerait bien faire son poisson. Il n’a pas été chanceux jusque-là avec sa décroche de la veille et un ou deux suivis. Nous continuons le parcours mais toujours pas de touche pour lui, et pas plus pour Pascal ni moi. Les poissons ne se sont pas montrés et dans les trous aucune touche. Soudain dans un des spots aval, Pascal voit un poisson marsouiner, c’est-à-dire monter en surface et sortir une partie de son corps hors de l’eau, comme les saumons savent le faire sans que l’on sache vraiment pourquoi. Il est courant de dire qu’un saumon qui saute n’est pas mordeur, mais que lorsqu’ils marsouinent ils seraient plus enclins à prendre la mouche. C’est un fait pas vraiment avéré car j’ai attaqué plusieurs fois des poissons qui marsouinaient sans pour autant les prendre. Ceci dit c’est une bonne occasion.

Nous laissons Pierre « attaquer » le poste et ce poisson. C’est un trou que je connais bien car j’y ai pris et fais régulièrement bouger des saumons. Pierre pêche le secteur parfaitement. A l’aide de son tube il fait suivre le saumon qui fera une montée courte et un bouillon! Belle montée d’adrénaline mais toujours pas de contact. Nous patientons un peu ensemble pour le laisser reposer comme il se doit avant que Pierre lui propose d’autres modèles de mouches mais le poisson ne se manifestera plus.

Nous sommes presque à la fin du parcours et Pierre commence à avoir le moral dans les chaussettes. Les derniers postes sont bons mais nous ne ferons rien bouger. Nous arrivons à la voiture de Pascal que nous avions garée en bas du parcours pour remonter plus rapidement sur la partie amont où Pierre et moi sommes garés.

Pierre est super content pour nous et de ce super week-end mais un peu déçu de son manque de réussite. Nous compatissons avec lui, c’est vrai que cela aurait été super que chacun d’entre nous en fasse un. Arrivé au pont et à nos voitures, je lui dis de retenter l’aval du parcours et de ne rien lâcher. Il n’y croit plus trop, mais la « salmon fever » est là. Il se remotive. Il en veut encore et y retourne.

Pascal et moi rentrons car nous avions des impératifs et Pierre redescend les premiers trous seul. Moins d’une heure plus tard, il m’envoie un message pour me dire qu’il vient de prendre son saumon. Son obstination a fini par payer ! Je suis super content pour lui. Cela permet de terminer ce super week-end en beauté avec un saumon pour chacun de nous !

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Une sacrée session de pêche entre potes avec des bons moments, des rebondissements et quelques superbes saumons pris et remis à l’eau pour qu’ils puissent aller frayer et permettre à leur descendance de revenir coloniser cette charmante rivière à saumon de Bretagne qui ne finira jamais de nous surprendre.

 

Photos Pierre Rigalleau

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Informations utiles

Pour rechercher le saumon et la truite de mer, il est obligatoire d’être détenteur d’un timbre migrateur et d’un assortiment d’une valeur de 50€ pour l’année pour toutes les rivières à migrateurs de France.

  • Saumons de printemps : saumon ayant 2 années de rivières et 2 hivers de mer

Se pêche de l’ouverture de la 1ère catégorie au 31 Mai ou 15 Juin selon la rivière.

Taille de 70 à 90 cm environ pour 3 à 10 kg.

  • Castillon : saumon d’été ayant 2 années de rivière et 1 hiver de mer

Se pêche du 15 Juin ou 1er Juillet jusqu’à Mi-octobre selon la rivière.

Taille entre 50 et 67 cm pour 1 à 3 kg.

Bien se renseigner sur la réglementation saumon pour les périodes de pêche, modes de pêche autorisés, nombre d’hameçons, quotas individuel, TAC (total autorisé de capture) par rivière, etc…

Matériel utilisé

Canne Redington CRUX 9' #6

Soie Rio Single handed Spey n°6

Versileader Rio de 6'

Pointe en fluorocarbone YGK 25/100

Mouches maison

Epuisette Pafex Flynet

Lunettes Costa Silver Sunrise 580

Sacoche étanche HPA

Retrouvez les activités de Jean Baptiste sur son site Enjoy Fishing :

Enjoy Fishing

 

Décolmatage par lâchers d’eau morphogènes, bilan d'expérimentation

Selves

Nos cours d’eau sont et risquent à l’avenir d’être de plus en plus modifiés par nos besoins et notamment par l’hydroélectricité. Au-delà de tout jugement sur notre manière de vivre ou sur notre façon d’exploiter la ressource en eau, le pêcheur doit composer avec cette autre réalité : l’hydroélectricité au même titre que l’aléa climatique est un facteur qui conditionne l’écosystème aquatique, avec ses bons et ses mauvais côtés pour la pêche. Le tableau n’est jamais tout noir ou tout blanc et au sein même des entreprises d’hydroélectricité comme EDF, certains services œuvrent pour atténuer l’impact des barrages sur les cours d’eau et leurs usages. Entre 2016 et 2019, une expérimentation a été menée par EDF en collaboration avec le CNRS pour désensabler une portion de cours d’eau court-circuitée en aval direct d’un barrage hydroélectrique. Ce travail réalisé sur la Selves aval durant plusieurs années a mis en œuvre des lâchers d’eau morphogènes pour restaurer les habitats piscicoles de la Selves, cours d’eau de première catégorie piscicole d'Aveyron (12).

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Tronçon court-circuité et débit réservé ?

Alors que l’hydroélectricité est plutôt à la mode auprès du grand public, profitant de l’image positive des énergies "vertes", il est rare que les pêcheurs de truites sautent de joie à l’idée que l’on construise un ouvrage hydroélectrique sur "leur" rivière. En effet, les marnages issus de lâchers d’eau de barrage modifient le comportement alimentaire des poissons et sont un casse-tête pour leur pêcheur. Les éclosions d’insectes sont perturbées et les captures sont aléatoires. Pourtant, certains tronçons faisant partie des complexes hydroélectriques s’avèrent être de fabuleux spots de replis lorsque les conditions hydrologiques sont mauvaises ailleurs. Sans prôner la vertu de leur existence (il nous faut faire et mon discours s’arrête là), certains pêcheurs connaissent les avantages de ces secteurs dits "court-circuités" situés en aval de certains barrages. Les niveaux d’eau y sont stables toute la saison (sauf crue importante) car le barrage en amont restitue au pied de l’ouvrage un débit minimum réglementaire pour la vie aquatique, le débit réservé. La plus grande part de l’eau de la retenue transite alors par des conduites forcées pour être turbinée plusieurs kilomètres en aval. Les variations de débit depuis l’aval direct du barrage jusqu’à la sortie des turbines sont faibles et peu fréquentes.

Ces parcours présentent l’avantage d’être alimentés en eau fraîche toute l’année (eau issue d’une vanne de fond) et ne sont donc pas soumis aux marnages imprévisibles. La rivière a alors systématiquement un profil thermique de cours d’eau salmonicole et l’absence de lâchers d’eau assure des conditions stables pour les truites et pour les pêcheurs.

Cette stabilité présente toutefois une problématique récurrente au niveau hydromorphologique. Même si chaque tronçon possède ses particularités locales, la régularité hydrologique du débit réservé limite les crues morphogènes (crues qui mettent en mouvement les sédiments et font évoluer la physionomie du cours d’eau) et induit de ce fait un faible renouvellement de la granulométrie du cours d’eau. Plusieurs symptômes peuvent être liés à un tel fonctionnement comme un déficit sédimentaire ou à l’inverse un excès si des apports se font par les affluents. Les habitats pour la faune aquatique perdent en diversité.

L’ensablement est une conséquence régulièrement observée de ce fonctionnement hydrologique sur les tronçons court-circuités. En l’absence de crue mettant les sables en mouvement, ceux-ci se dispersent sur le fond de manière homogène, et avec le temps finissent par recouvrir les pierres et autres matériaux qui diversifient le biotope. On observe alors un ensablement généralisé avec colmatage des substrats grossiers, qui conduit progressivement à une réduction de la population salmonicole par rapport au potentiel naturel d’origine.

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Selves
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Localisation du tronçon court-circuité de la Selves (Carte EDF-Rémi Loire, Thèse « Les lâchers morphogènes : définition, expérimentations et protocole opérationnel de mise en œuvre »)
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La situation optimale de la rivière Selves

Le problème de l’ensablement des portions court-circuitées est bien connu mais les solutions techniques sont difficiles à mettre en œuvre notamment en raison de contextes géographiques défavorables. La Selves aval, rivière modeste en rive gauche de la Truyère sur le bassin versant du Lot, en Aveyron, fait partie des rares situations idéales et a ainsi pu faire l’objet d’une opération pilote de désensablement de 2016 à aujourd’hui.

EDF exploite le barrage de la Selves ou barrage de Maury, situé en Aveyron et bien connu des pêcheurs de carpes et de carnassiers. En aval direct du barrage, la Selves est en tronçon court-circuité sur 11km et s’écoule dans un profil de gorges peu accessibles. Le lit majeur de la Selves n’a pas été construit, aucune habitation n’est située à proximité directe de la rivière contrairement à d’autres tronçons de ce type ailleurs en France. Cette situation favorable a conduit EDF à choisir la Selves comme cours d’eau pilote à la mise en œuvre d’un important protocole de désensablement de son lit mineur en générant artificiellement des crues morphogènes par lâchers d’eau issus du barrage.

La thèse réalisée par Rémi Loire (EDF), publiée en 2019, intègre la Selves au sein d’une étude plus vaste sur le sujet des lâchers morphogènes. C’est dans ce contexte que Rémi Loire a été chargé de calibrer le débit et la durée des crues artificielles du programme de désensablement. Ces deux points déterminent l’importance de l’impact des lâchers sur les sédiments du lit mineur. Les lâchers ont fait l’objet d’un suivi rigoureux au niveau hydromorphologique et sédimentaire, ainsi que d’une étude écologique des incidences du programme sur l’écosystème aquatique de la Selves.

Le bureau d’études Ayga, pour lequel j’ai travaillé jusqu’en 2019, réalise conjointement avec le bureau d’études IDEAUX le suivi des populations piscicoles et de macro-invertébrés de la Selves depuis le début du programme, et ce chaque année jusqu’à aujourd’hui.

Les premiers lâchers morphogènes sur la Selves ont eu lieu en 2016. Ils ont depuis été renouvelés chaque fin d’été (sauf en 2018 en raison d’une crue hivernale importante). Les résultats de 4 années d’inventaires piscicoles sont exemplaires sur la truite fario.

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Barrage Selves
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Le rôle important de sentinelle de la pêche associative

Parenthèse non négligeable par les temps qui courent (je pense ici au problème posé par certains militants de la cause animale), cette initiative a pu voir le jour grâce la vigilance de l’AAPPMA locale qui avait fait part à EDF de ses observations sur l’ensablement de la Selves aval. Les pêcheurs étaient dans ces gorges peu accessibles les seuls acteurs présents au bord de l’eau en capacité de relever ce type de désordre dans l’écosystème aquatique. Ils ont pleinement joué leur rôle de sentinelle pour alerter les gestionnaires et EDF sur l’ampleur du phénomène d’ensablement.

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Origine de l’ensablement

Avant de vous exposer les résultats sur la truite, nous nous devons de comprendre les raisons de l’ensablement de la Selves aval. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le sable qui a envahi progressivement la rivière ne vient pas de la retenue d’EDF mais de ses affluents sur le linéaire court-circuité. Les sédiments issus de l’amont du barrage restent bloqués dans la retenue.

Il est clair que le manque de crues morphogènes a favorisé son ensablement. La Selves est un cours d’eau modeste de 5 à 7m de large dans ses gorges avec un débit minimum réglementaire de 240 l/s. Le lac de la Selves d’une superficie de 166ha et d’une profondeur maximum d’environ 50m tamponne la grande majorité des crues : en 70 ans, seule la crue de 1974 et récemment la crue de 2018 ont passé la surverse du barrage. Dans ces conditions, le débit réservé est la norme et les affluents sur les 11km de gorges, longs de quelques centaines de mètres, n’apportent pas un débit suffisant lors des événements pluvieux pour remanier les sédiments.

Les sables sont apportés par deux ruisseaux qui alimentent la Selves dont l’un, particulièrement productif en sable, est situé quelques centaines de mètres en aval du mur du barrage. La cause de cette abondance de sable est liée à la géologie granitique du bassin versant qui favorise naturellement leur formation par érosion des sols, et à une exploitation inadaptée des sols qui aggrave le phénomène.

Dans le cas de la Selves aval, les activités à l’origine de l’accentuation de l’érosion n’ont pas été identifiées. A charge du Parc Naturel Régional de l’Aubrac, compétent sur la gestion des cours d’eau du bassin versant, de le faire. Quoiqu’il en soit, les causes anthropiques de l’ensablement sont bien souvent issues du travail des sols (labour par exemple), ou de l’exploitation forestière (coupes à blanc, chemins forestiers). Un simple chemin forestier peut apporter d’énormes quantités de sables au cours d’eau par ruissellement. La prudence est de rigueur avant d’incriminer qui que ce soit tant ce type de géologie, associé à une forte pente (ici dans des gorges), est sensible au processus d’ensablement.

L’ensablement sur la Selves aval est donc dû à un apport régulier de sables qui n’est plus remanié par les crues. Les crues morphogènes ont de nombreuses vertus, elles décolmatent les substrats, déposent les sédiments fins sur les bordures et comme un tapis roulant transportent les matériaux plus ou moins grossiers vers l’aval. En l’absence de crue, la Selves aval a été ensevelie sous une couche de sédiments fins, majoritairement des sables.

Les collectivités locales, le Parc Naturel Régional d’Aubrac en charge de la gestion des cours d’eau sur le bassin versant, l’Agence Française pour la Biodiversité (aujourd’hui Office Français pour la Biodiversité), la Fédération de pêche de l’Aveyron sont autant d’acteurs ayant été sollicités dans l’établissement du protocole et du suivi scientifique. Les opérations ont débuté en 2016 après un état des lieux complet du cours d’eau.

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Pêche d’inventaire sur la Selves aval
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Pêche d’inventaire sur la Selves aval (Ayga/IDEAUX)
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Un retour rapide du potentiel naturel du biotope

Avec un ensablement généralisé et une couche de sable dépassant le mètre d’épaisseur par endroits par rapport au lit naturel d’origine, le potentiel d’amélioration en matière d’habitats piscicoles pour la truite fario était très important. Les zones autrefois profondes étaient devenues des plats uniformes et peu profonds entièrement recouverts de sables. Les blocs rocheux étaient à demi-ensevelis, ne présentant pas ou peu d’abris pour les poissons. Les zones de graviers étaient rares et très localisées.

Le calage de la durée et du débit des lâchers morphogènes a été réalisé sur 2 ans en tenant compte des suivis sédimentaires et des observations sur site. L’objectif était de désensabler mais également de ne pas créer de désordre physique excessif, notamment en évitant la chasse des sédiments plus grossiers comme les graviers, substrats préférentiels pour la reproduction de la truite.

Le suivi piscicole mis en œuvre a consisté en un diagnostic de 3 stations de pêche sous influence du barrage, c’est-à-dire 3 linéaires délimités reconduits rigoureusement chaque année, et d’une station dite témoin en amont, hors influence des lâchers, permettant de faire une analyse objective des variations d’effectifs observés, sur les truitelles de l’année notamment. Chaque station a été inventoriée par pêche électrique, puis mesurée et décrite physiquement en termes d’habitats piscicoles et de morphologie. Chaque année, les mêmes opérations ont été répétées.

Le milieu physique a évolué dès la première campagne de lâchers. Les différents faciès d’écoulements (profonds, radiers, etc.) se sont en partie désensablées et les caches piscicoles sous les blocs se sont creusées. Chaque crue morphogène a appuyé la restauration progressive du milieu d’origine, optimal pour que la population de truites fario se développe. L’indicateur utilisé qui permet d’apprécier la qualité et la quantité des abris pour les truites adultes a atteint le « bon état » en 4 ans sur 2 stations en aval du barrage et en est très proche sur la 3ème station. Cet indicateur correspond à une valeur pondérée (coefficients entrant dans le calcul) des surfaces d’abris disponibles pour les truites de plus de 16cm. La tendance vers le « bon état » indique une multiplication importante des caches utilisables par les truites adultes alors qu’elles faisaient clairement défaut lors de l’état des lieux.

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Selves
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La Selves sur son tronçon court-circuité avant (à gauche) et après (à droite) les lâchers morphogènes d’EDF
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La réponse biologique immédiate de la truite

Au niveau écologique, la Selves désensablée est un cas exemplaire. Les résultats font état d’une évolution rapide de la densité de truites en lien avec le très bon recrutement en juvéniles de 2017. Cette bonne reproduction n’est pas directement imputable au désensablement car elle est comparable sur la station située en amont. En revanche, sur les stations désensablées, la biomasse augmente progressivement car elle accompagne la croissance de cette génération de truites qui est devenue adulte en 2019. Cette augmentation est directement liée à la présence de caches piscicoles qui assure la permanence d’un nombre de plus en plus élevé d’individus adultes dans le cours d’eau. La station témoin hors influence des lâchers n’a pas vu sa biomasse augmenter par rapport à l’état des lieux de 2016 car sa capacité d’accueil piscicole est restée identique.

Voici les chiffres obtenus sur l’une des stations désensablée où les résultats sont les plus spectaculaires :

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selves
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Evolution de la densité (à gauche) et de la biomasse (à droite) sur la station S2
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La densité est passée de 1221 truites à l’hectare en 2016, à 4101 individus à l’hectare en 2019 

La biomasse est passée de 21,8 kg/ha de truites en 2016, à 74,2 kg/ha en 2019.

Dès le début du désensablement, les différentes générations de truites ont pu se répartir sur la rivière et occuper les habitats piscicoles dégagés. Les crues morphogènes n’ont pas augmenté sensiblement le recrutement / la reproduction (analyse comparée avec la station témoin) contrairement à ce que l’on aurait pu penser. Dans le contexte de la Selves aval, le manque d’habitats apparaît comme le principal facteur limitant pour la truite. Il se traduit par une concurrence accrue entre les individus dès le stade juvénile, qui conduit à une baisse de la densité.

Là où l’ensablement avait ainsi conduit à une diminution importante des truites adultes sur les secteurs les plus touchés, ce qu’avaient observé les pêcheurs, le désensablement a permis d’inverser la tendance. Les poissons intéressants en terme de taille pour la pêche sont également plus nombreux.

Après 4 années de crues morphogènes, les stations qui ont le plus bénéficié du désensablement (2 sur 3) n’ont pas encore montré de stabilisation de la population de truites. Densité et biomasse ont encore augmenté en 2019.

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fario Selves
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Evolution de la structure de la population de truites sur la station S2 entre 2016 et 2019
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Conclusion

Ces résultats attestent de la réussite du programme de désensablement de la Selves aval et sont très encourageants. Les pêcheurs locaux sont amplement satisfaits ainsi que tous les partenaires sollicités par EDF. Des lâchers morphogènes « d’entretien » sont fortement recommandés pour maintenir l’état restauré de la Selves aval. Une transposition adaptée du protocole est à espérer partout où cela est possible sur les portions de rivières court-circuitées et ensablées. Nous avons, en tant que pêcheurs, la responsabilité de garder un œil alerte sur l’état de nos cours d’eau et le devoir d’engager le dialogue avec les gestionnaires d’ouvrages hydroélectriques quand cela est possible. Cet article présente uniquement le suivi piscicole du programme de lâchers morphogènes, mais l’étude a également impliqué de manière complémentaire des inventaires des macro-invertébrés benthiques dont les résultats confortent les conclusions d’une amélioration générale de la qualité de la Selves. La qualité de nos cours d’eau étant une préoccupation d’avenir majeure, nous disposons d’arguments à faire valoir pour encourager les initiatives de ce type ailleurs en France. Sans oublier que là où il n’existe pas encore d’ouvrage, nos cours d’eau doivent rester libres pour en protéger le patrimoine naturel et l’eau.

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Selves
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La Selves désensablée...
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fario Selves
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... et l'une de ses belles habitantes !
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Bibliographie

Rémi Loire, Thèse « Les lâchers morphogènes : définition, expérimentations et protocole opérationnel de mise en œuvre », 2019.

EDF, Ayga et IDEAUX, Rapport d’étude « Campagne 2019 d’inventaires piscicoles et macroinvertébrés sur la Selves aval », 2020.

EDF, Ayga et IDEAUX, Rapport d’étude « Campagne 2018 d’inventaires piscicoles et macroinvertébrés sur la Selves aval », 2019.

Vidéo

Test : Draga Barbellido 9'6 #3/4

Draga Barbellido 9'6 #3/4

Après le succès bien mérité des Aravalle et Aliseda (auquel nous sommes heureux d'avoir humblement contribué !), voici la présentation de la toute dernière référence de la jeune marque espagnole Draga : la Barbellido 9'6 #3/4.

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Draga Barbellido 9'6 #3/4
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Test statique

A l'image des autres canne Draga, cette 9'6 fait dans la sobriété : le blank noir mat est orné de 10 anneaux (un SIC + 9 monopattes) aux ligatures également noires. Le porte-moulinet up-locking gris ardoise se démarque de celui des autres modèles en intégrant un insert bois. Il est surmonté d'une poignée liège forme cigare. Si l'accroche mouche est toujours présent, la règle de mesure des truites disparaît sur la Barbellido. Cette canne 4 brins est vendue avec un scion supplémentaire dans une housse et un tube de transport.

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Draga Barbellido 9'6 #3/4
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Draga Barbellido 9'6 #3/4
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Draga Barbellido 9'6 #3/4
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Draga Barbellido 9'6 #3/4
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Draga Barbellido 9'6 #3/4
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Draga Barbellido 9'6 #3/4
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AA Draga
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MESURES

Le protocole Common Cents System a permis de caractériser l'action, la puissance et la réactivité de cette canne : 

En ce qui concerne la puissance, 34 cents ont été nécessaires pour plier la canne sur un tiers de sa longueur, ce qui donne après conversion un ERN à 4.01. Il classe donc la puissance de la canne comme une soie 3/4, exactement la puissance annoncée par le fabricant.

Avec un AA de 61°, l'action de la canne est moderate (AA compris entre 59 et 63°).

La fréquence à 79 cpm avec une masse correspondant à une soie de 4 (et 84 cpm avec une masse correspondant à une soie de 3) montre la réactivité importante du produit, bien utile pour la pêche en sèche à laquelle il se destine.

Le confort de pêche est correct, la canne pèse 95gr et s'équilibre avec un moulinet rempli de d'environ 165gr (soit environ 135 gr non rempli si l'on utilise une soie de 3 ou de 4).

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Draga Barbellido
Matériel

Draga Barbellido 9'6 #3/4

Marque
Draga
Série
Barbellido
Longueur
9'6
Longueur réelle
289cm
Soie
#3/4
Brins
4
Poids réel
95.00g
Anneaux
10
Premier anneau
59cm
Poignée
26x180mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Non
PME
165.00g
PTE
260.00g
IP
34
ERN
4.01
AA
60°
CCF
79cpm
Prix à la date de sortie
180.00€
Texte

L'avis de David et Raul Gutierrez Leralta, concepteurs des cannes Draga :

"Cette saison 2020, nous avons décidé, après une longue période de tests, de compléter notre catalogue de cannes et d'inclure deux nouveaux modèles : l'Angostura en 9' et la Barbellido en 9'6.

Avec notre Barbellido 9'6 #3/4, nous avons essayé de proposer quelque chose de différent en pensant à l'évolution de la pêche à la mouche notamment sous l'impulsion de la compétition. Le résultat est un blank en graphite IM12, très doux et progressif, bien loin des stéréotypes américains (cannes courtes et très rapides). Nous avons conçu une canne à mouche idéale pour la pêche avec une soie de 3 (nous voulions limiter le dragage de la soie et aider à la réalisation de posés subtils), mais elle permet aussi de lancer une soie de 4 rapidement les jours de vent. La DRAGA Barbellido est une canne à action très progressive, avec un point dur très bas, et en même temps réactive. C'est une canne à pêche très fine, qui permet également de pêcher assez loin, de préserver incroyablement les pointes fines malgré une bonne réserve de puissance pour les gros poissons. Une canne conçue en collaboration avec des compétiteurs qui demandent un point dur très bas sur le blank (de façon à ne pas décrocher même les petits poissons) et une sensation de légèreté surprenante (comme pour tous nos modèles nous avons beaucoup travaillé sur l'équilibre), très agréable en action de pêche. Bref, une canne moderne et différente qui a déjà reçu un très bon accueil en Espagne !"

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team draga
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L'avis d'IGNACIO VILA (team Draga Galice) :

"Une canne polyvalente pour la pêche en sèche et au tandem sèche/nymphe. Son action lente nous permet de pêcher avec des soies de 3 en faisant des présentations délicates et précises, en évitant au maximum le dragage, et en préservant tous types de pointes. Une canne qui m'a permis cette saison de combattre efficacement des poissons de toutes tailles, des plus petits comme ceux de la rivière Najerilla aux plus grands comme ceux du Miño, toujours en toute sécurité grâce à son action et sa réserve de puissance. Une canne de compétition mais adaptée au grand public, qui ne déçoit pas ceux qui l'essaient."

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team Draga
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L'avis de RAMON NUÑEZ CAÑADAS (team Draga Estrémadure)

"J'ai reçu une Aravalle 10'2 il y a un peu moins de deux ans et à partir de ce moment là, je n'ai plus pêché qu'avec des Draga. Ma dernière est la Barbellido 9'6. Je cherchais une canne de compétition avec laquelle pêcher en sèche et qui si nécessaire, me servirait pour le tandem... Cette canne est une merveille. Il semble incroyable que des cannes d'une telle qualité coûtent 180 euros, tout en étant vendues avec deux scions !"

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Team Draga
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L'avis d'ALVARO FERNANDEZ ALANZOR (Team Draga Grenade)

"J'ai eu l'opportunité de travailler en 2019 dans le développement de cette canne, et de pêcher avec ces deux dernières saisons. C'est une canne idéale pour le contexte de la compétition : lignes fines, dragage minimal, très peu de casses, à l'aise avec les petits poissons et surprenante avec les gros... Je lui associe une soie Scientific Angler VPT numéro 3 et parfois même une soie de 2... j'en suis ravi. Je la recommande à 100%. Au fait, bien qu'il s'agisse d'une puissance 3/4, cette canne vous permet de pêcher loin si nécessaire."

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pêche Draga
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L'AVIS DE LA RÉDACTION

En voilà une canne originale ! En matière de 9'6 spéciale "pêche fine en sèche", nous avions déjà testé des cannes relativement peu puissantes et rapides (exemple de la Vision Nymphmaniac), des cannes assez puissantes d'action moderate fast (comme la Marryat Tactical Pro) mais c'est la première fois que nous tenions une vraie #3/4 d'action modérée dans nos mains.

La canne est ainsi assez puissante mais très progressive ! Grace à ce flex très particulier, elle se charge facilement d'une soie parallèle fine (avis aux amateurs de soie naturelle) pour les pêches à très courtes distances mais assure quand même lorsqu'il faut un peu allonger. Un lanceur moyen pêchera sans problème jusqu'à une quinzaine de mètres. Fidèle à leurs habitudes, les frères Leralta ont conçu un produit parfaitement cohérent (leurs arguments de vente se vérifiant parfaitement dans nos chiffres, notamment cette absence de point dur lié à une action très modérée) au rapport qualité/prix inégalé sur le marché. Si l'on devait mentionner un petit défaut (probablement l'unique !), ce serait la grande distance qui sépare la poignée du premier anneau. Elle pourra entraîner une chute de la soie dans les anneaux lorsqu'on pêche en sèche canne haute... mais à ce prix là, on leur pardonne tout à fait !

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Liens utiles

Le protocole de test des cannes à mouche : ici

Comment choisir sa canne à nymphe : ici

Les cannes Draga en ligne :

Draga

Les autres tests Draga :

Draga

 

Quel moulinet pour pêcher la truite aux leurres ?

moulinet pêche leurre

Les moulinets les plus utilisés pour pêcher la truite au leurre sont les moulinets à tambour fixe (spinning) de taille 1000 , 2000 ou 2500. En dehors des composants et des techniques de fabrication des moulinets qui sont assez méconnues des pêcheurs, il convient de prendre en considération 3 paramètres facilement mesurables au moment du choix du moulinet, à savoir :

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LE POIDS DU MOULINET

Le poids du moulinet (exprimé en grammes) est corrélé à sa taille (en général 1000, 2000 ou 2500 pour la pêche de la truite) et doit être choisi de façon à équilibrer au mieux la canne. Selon la longueur et la puissance de votre canne, le moulinet idéal pour l'équilibrer aura un poids compris entre 150 et 240gr. Il est judicieux de tester l'équilibre en magasin avant de faire son choix ! Ce choix doit conduire à un ensemble canne + moulinet + leurres homogène. Par exemple un moulinet taille 2500 sur une canne de puissance ML adaptée à des leurres d'environ 10 gr.

LE DIAMÈTRE DE LA BOBINE

A taille de moulinet égale, plus la bobine est large, moins le nylon qui la garnit a tendance à vriller, ce qui augmente sa durée de vie. On évitera donc les petits diamètres de bobine, inférieurs à 35mm, trop traumatisant pour le monofilament, quelle que soit la technique envisagée. Dans nos tests, nous mesurons systématiquement le diamètre du moyeu de la bobine.

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pêche leurre
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Le poids du moulinet dépend essentiellement de la longueur et de la puissance de la canne
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LA VITESSE DE RÉCUPÉRATION

La vitesse de récupération, exprimée en nombre de centimètres de ligne récupérée par tour de manivelle, est importante à considérer, notamment lorsqu'on pêche "amont" et que la récupération du leurre s'effectue dans le même sens que le courant. Pour qu'une cuillère tournante vibre de cette façon, sa progression doit être plus rapide que celle du courant et donc la vitesse de récupération doit être importante (plus de 70cm/tour de manivelle lorsqu'on pêche ainsi). Pour les pêches en eaux lentes ou en lacs, l'importance est moindre. Dans les pêches lentes à gratter (par exemple au leurre souple), une grande vitesse de récupération peut même handicaper l'animation !

La vitesse de récupération dépend essentiellement :

  • du ratio du moulinet : il correspond au nombre de tours de bobine effectué à chaque tour de manivelle. Il est exprimé de la façon suivante : x tours de bobine / 1 tour de manivelle ou x tours de manivelle : 1 tour de manivelle. Ex : 5.2 / 1 ou 7.0 : 1
  • du diamètre du moyeu de bobine : à ratio égal, plus le moyeu de bobine est large, plus la vitesse de récupération est importante.

Les moulinets dont la vitesse de récupération est la plus importante (plus de 80cm par tour de manivelle) possèdent un gros ratio (7.0 : 1 et plus) ainsi qu'un grand diamètre de bobine.

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pêche leurre
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En grand cours d'eau, un gros ratio favorise une vitesse de récupération importante
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Quelle canne pour pêcher la truite aux leurres ?

pêche leurre

La canne à leurre destinée à pêcher la truite se caractérise essentiellement par sa longueur, sa puissance et son action. Après avoir abordé en détails la question du choix de l'action, passons maintenant à la longueur et la puissance : 

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LA LONGUEUR DE LA CANNE À LEURRE

La longueur de la canne est exprimée en pieds et/ou en mètres. Les longueurs les plus communément retrouvées sont comprises entre 6' (180cm) et 8' (2m44). Le choix dépend de :

La distance de pêche à atteindre

Plus il faut lancer loin, plus la taille de la canne gagne à être importante. En plan d'eau ou en grande rivière, si l'on veut dépasser la vingtaine de mètres au lancer, des longueurs supérieures à 7' (2m10) sont les mieux indiquées, sans toutefois dépasser 2m70 pour des raisons évidentes de confort de pêche. Pour les milieux plus petits, des longueurs comprises entre 1m50 et 2m10 sont suffisantes.

Le type d'animation

Pour toutes les pêches "basse canne" type lancer ramener classique, la canne pourra être relativement courte (jusqu'à 7') alors que pour animer plus subtilement un poisson nageur coulant "canne haute", un modèle de plus de 7' est d'une grande aide.

Pour le pratiquant qui cherche une canne à tout faire, une 6'3 (1m90) est bien adaptée.

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pêche leurre
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Pour lancer loin en lac ou en grande rivière, une longueur de 7' ou plus est préférable
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LA PUISSANCE DE LA CANNE À LEURRE

La puissance d'une canne à leurre est définie par une fourchette de poids (en grammes) représentant la masse des leurres que la canne peut théoriquement lancer ; le poids idéal étant situé en milieu de fourchette.

Par exemple, si la puissance mentionnée est 2 - 8 gr, le poids optimal du leurre à utiliser est de (2 + 8)/2 = 5 gr. Les puissances les plus communément retrouvées sont aux alentours de 1 - 3 gr (catégorie ultra light ou UL), 2 - 8 gr (light ou L), 3 - 15 gr (medium light ou ML) et 5 - 20 gr (medium ou M).

Le choix de la puissance de la canne dépend donc du poids des leurres que vous utilisez le plus. Par exemple, pour lancer des cuillères ou des poissons nageurs de 3 gr et moins, une canne de puissance 1 - 3 gr (ultra-light) est la plus adaptée. Pour les tailles de leurres supérieures de poids environ égaux à 5 gr, une canne de puissance 2 - 10 gr (light) est préférable. Enfin, les grosses cuillères de tailles supérieures ou égales à 3 et les poissons nageurs type heavy weight destinés aux grands cours d'eau s'accommodent mieux d'une canne de puissance 5 - 15 gr (medium light) dont le poids optimal de lancer est d'environ 10 gr.

Pour le pratiquant qui cherche une canne à tout faire, une puissance Light (environ 2 - 10 gr) est bien adaptée.

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canne pêche leurre
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La puissance de la canne doit être adaptée au poids des leurres utilisés
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L'ACTION DE LA CANNE À LEURRE

L'action d'une canne à leurre se définit comme sa capacité à plier sur une plus ou moins longue portion du blank :

  • Si la flexion s’exerce sur toute la longueur de la canne, l’action est considérée lente (Slow en anglais),

  • Si la flexion s’exerce principalement sur la moitié supérieure de la canne, l’action est considérée comme modérée (Moderate en anglais),

  • Si la flexion s’exerce principalement dans le tiers supérieur, l’action est considérée comme rapide (Fast en anglais).

Le choix de l'action d'une canne leurre dépend essentiellement du type de leurre utilisé.

Plus la récupération du leurre est linéaire, plus la canne devrait être douce (moderate). Ainsi, pour les pêches en lancer/ramener (dites "cranking) une action douce de type moderate-fast est préférable pour favoriser le ferrage et éviter les décroches.

Au contraire, plus l'animation est subtile et tactile, plus la canne doit être rapide (fast) pour retranscrire au mieux les coups de poignet imprimés par le pêcheur, ainsi que les éventuelles touches lorsque la bannière est détendue. C'est par exemple le cas de la pêche au poisson nageur de type jerk minnow, à la cuillère ondulante ou aux leurres souples.

Retrouvez notre article détaillé sur le choix de l'action d'une canne leurre.

Le montage

A noter que les modèles en 2 à 3 brins facilitent le transport et que des poignées plus courtes leur confèrent une maniabilité très appréciable en action de pêche.

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pêche leurre
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En grande rivière, une canne d'action fast transmet mieux les subtiles animations d'un PN coulant
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Après la canne... le moulinet ! 

Bien choisir son moulinet leurre

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