L'entreprise Abel fabrique ses moulinets mouche à Montrose (Colorado) depuis les années 80 et s'est imposée comme l'un des leader sur le marché international. Récompensée par de nombreux prix IGFA, elle continue d'innover dans le domaine du haut de gamme, puisant son inspiration dans les fameuses Rocky Mountains voisines. Sa dernière gamme sortie en 2019 se nomme Vaya et compte 3 tailles (4/5, 5/6, 7/8). Nous avons testé le plus petit modèle, qui ravira les adeptes de la finesse :
Test statique :
Ce moulinet usiné dans la masse est constitué d'Aluminium aéronautique 6061-T651. D'un aspect compact, il présente de nombreuses finitions anodisées à la main dans les ateliers Abel. A l'intérieur du bâti, se trouve par exemple une élégante gravure représentant des mouches. Le frein multidisque est constitué d'une interface carbone/acier inoxydable et la bobine possède un contrepoids intégré pour plus de discrétion (on ne le distingue pas !) et d'ergonomie. La manivelle très classieuse est en bois précieux d’ébène. Le modèle testé présente une finition Black Coral (noir brillant), mais une large palette de couleurs et personnalisations toujours hand-made est disponible. Pour plus d'informations à ce propos, contactez le Moulin de Gémages, distributeur exclusif de la marque en France. Il propose également plusieurs options, dont une manivelle en aluminium anodisé et un pied décalé ergonomique mis au point en collaboration avec la marque. Le moulinet est livré dans une housse Abel très qualitative.
Mesures :
Notre protocole de test a permis de caractériser la bobine et le frein de ce modèle :
Le frein présente une excellente fluidité (l'aiguille ne vibre pas du tout autour de la valeur 1 lb) et la progressivité est de 90°/16 crans de réglage sur la plage (0.5 - 1 lb), un record à ce jour chez Truites & Cie !
Avec un diamètre de 51mm, le diamètre du moyeux est standard relativement à la taille #4/5, de même que sa largeur de 20 mm.
Le poids et la contenance annoncés sont relativement conformes à nos mesures.
L'avis d'Ivan Iannaccone (Le Moulin de Gémages), importateur français exclusif Abel :
"Le nouveau moulinet Vaya vient compléter la gamme Abel avec un look avant gardiste et présente des dimensions et caractéristiques techniques idéalement pensées pour les pêches fines. Le diamètre intérieur et extérieur de la bobine a été optimisé pour une grande vitesse de récupération tandis que l’étroitesse et le design de la bobine savamment étudiés évitent tous problèmes de foisonnement de soie lors de rembobinage rapide. Une grande manivelle conique en Ebène favorise une excellente tenue en main et le contrepoids intégré dans la bobine (invisible) permet plus de place et favorise une parfaite ergonomie lors de l’utilisation. Le frein scellé est fluide, progressif et sans inertie. Il présente une molette de réglage de frein ULTRA micrométrique pour une parfaite maîtrise des combats sur pointe fine. Le bâtit rentre en profondeur dans la bobine avec un parfait ajustement pour ne pas que le fil passe ou se coince entre ces deux derniers. Idéal pour la pratique de la NAF ou la sortie de long bas de ligne en action de lancer… La consistance, le parfait ajustement, la qualité des matériaux employés, l’anodisation profonde, le haut degré de finition, la singularité du design, et la fiabilité dans le temps, font de ce moulinet un produit parfaitement abouti et fidèle à la gamme de moulinets Abel ! 100% des moulinets Abel sont fabriqués par les maîtres ouvriers Abel aux USA et bénéficient d’une garantie à vie.
En option, l’atelier d’artiste Abel propose une gamme unique au monde de customisations réalisées à la main et du plus bel effet ! Une collaboration entre Abel et le Moulin de Gémages a permis la mise au point (en France) d’un nouveau pied décalé (plus épuré, léger et élégant) qui optimise autant l’équilibre au lancer que l’ergonomie au combat. Ces nouveaux pieds décalés subliment les moulinets Abel et apportent encore plus de confort de pêche !".
L'avis de la rédaction :
Ce moulinet est assez compact relativement aux modèles phare de la concurrence (ses confères américain Ross, Nautilus et autres). Au niveau du frein, la conclusion est édifiante : c'est le frein le plus progressif que nous ayons mesuré à ce jour... impressionnant ! Les adeptes des pêches très fines nécessitant une parfaite adéquation entre la puissance de réglage du frein et le diamètre de leur pointe, seront comblés. Avec ses 148 gr, on n'est pas dans le domaine de l'ultra-light, par contre, la mécanique très précise, l'absence totale de jeu au niveau de la bobine et les qualités des composants (compatibles avec la pêche marine) sont de bon augure pour une durabilité maximale. Les finitions sont évidemment très soignées. Dans cette configuration black, il fait résolument dans la sobriété. Ceux qui préfèrent les looks plus fantaisistes peuvent compter sur l'importante palette de couleurs proposée par la marque. Evidemment, un tel produit artisanal, totalement conçu et fabriqué au Colorado, a un prix en conséquence... mais avec sa garantie à vie et son niveau de technicité, nul doute qu'il pourra devenir un fidèle compagnon de berge !
Liens utiles :
Le protocole de test des moulinets : ici
Le site du Moulin de Gémages, importateur exclusif Abel :

Voilà 9 mois que nous sommes ici en Nouvelle-Zélande à vivre ce que beaucoup considèrent comme un rêve. Ce pays est en effet décrit comme le paradis du pêcheur de truite à la mouche. Il est vendu comme un eldorado où les poissons-trophées sont monnaie courante et où la qualité de pêche n’est nulle part ailleurs égalée. Et en ce qui concerne la pêche de la truite, ce que vous avez pu entendre sur le pays est assez juste. Bien qu'elles soient assez faciles à repérer, prendre ces grosses truites avec une canne à mouche relève parfois du challenge. Les journées à 20 kilomètres de marche pour attaquer 3 poissons sont plus récurrentes que ce que veulent faire croire certains articles. Une telle destination a forcément des aspects négatifs. La propagande omniprésente sur les réseaux sociaux faite par les guides, lodges ou autres pêcheurs français en quête de likes attire les foules. Le but de ce papier est vraiment de retranscrire, sans filtre, mon ressenti sur cette destination qui me faisait rêver comme beaucoup d’entre vous. Est-ce que je serai le premier à lever le voile et dire haut et fort que je ne suis pas transcendé par l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande ?
Je préfère vous prévenir tout de suite, cet article est dur. Ici, il n’est pas question de vous parler de cannes prestigieuses, que ni vous, ni moi, ne pourrons jamais nous payer. Il n’est pas non plus question de vous faire la narration d’un voyage de pêche pour vous vendre du rêve. Vous êtes bombardés de ce genre d’histoires à longueur de journée, que cela concerne la pêche ou non. En revanche, je vais vous raconter ce qu’il se passe réellement en Nouvelle-Zélande et pourquoi je ne rêve plus de ce pays depuis que j’y ai posé mon sac à dos. Vous êtes prêts ? vous en êtes sûrs ? Parce que si vous êtes amoureux de la nature, ce papier risque de ne pas vous laisser indifférent.
Ayant un avis assez tranché sur l’environnement, sa protection et les actions menées à son encontre, je souhaite avant de m’étaler sur le sujet, mettre quelques points au clair. Cela va permettre d’éviter les attaques démagogiques et les débats stériles à ce sujet. Je suis bien conscient que l’avion que j’ai pris pour gagner cette partie du monde il y a maintenant presque 3 ans n’est pas sans conséquence sur la planète. C’est un fait qui me travaille énormément et que je n’oublie pas. Je pense très sincèrement que mon bilan carbone de voyageur reste malgré cela très correct. Comme je le détaille dans cet article, mon empreinte carbone en Australie était bien inférieure à la moyenne nationale, en tenant compte du vol. Ici en NZ, nous roulons encore moins et disposons d’un panneau et d’une douche solaire, ce qui amoindrit encore plus le bilan. Cette précision étant faite, entrons dans le vif du sujet.
Cela fait plusieurs années que j’avais en tête de me rendre en Nouvelle-Zélande pour traquer ces grosses truites dans les pools d’eau turquoise de ses rivières magnifiques. Articles dans les magazines, vidéos, films, photos sur les réseaux sociaux… tout prêtait à croire que ce pays était vraiment un paradis pour moi, amoureux de la nature devant l’éternel.
J’accuse ici, tous ces gens d’avoir omis de dévoiler la vérité. Je les accuse d’avoir vendu ce pays comme proche de la biodiversité et en avance en matière de conservation. Je les accuse d’avoir fait rêver les amoureux de nature et d’écologie avec de fausses informations. Je ne sais pas si c’était par manque de renseignement ou tout simplement pour cacher la vérité, mais je n’ai jamais lu un seul article de la part d’un journaliste halieutique français qui dénonçait la situation agricole, écologique et le tourisme de masse en Nouvelle-Zélande (NDLR : Alexis Dupuis, jeune pêcheur drômois, avait abordé ces problématiques à son retour de NZ en 2016, dans une interview donnée à Nicolas Germain... et désolé pour tous les autres dont nous ignorons l'existence).
Et je me demande vraiment ce qui est pire au final : que les gens qui viennent séjourner ici ne se rendent pas compte du désastre de l’impact humain sur l’environnement, ou le fait qu’ils n’en parlent pas et se contentent de raconter comment ils ont berné cette grosse truite de 78cm avec « une cuivre du Jura ».
Voilà qui pourrait-être le titre d’une fable de la Fontaine moderne. J’avais pour idée de l’écrire, mais en réalité, l’heure n’est pas vraiment à l’humour.
Aujourd’hui, je suis en colère. En colère contre moi-même. Comment ai-je pu être aussi naïf ? Comment ai-je pu croire qu’un pays pouvait être aussi parfait ? Bien sûr, j’étais au courant qu’il y avait des guidages en hélicoptère. Mais je ne savais pas que TOUS les guides de pêche du pays en employaient les services pour un oui ou pour un non. Qu’ils ont monté le modèle économique de leurs entreprises uniquement sur ces riches touristes pêcheurs désireux d’accéder, moyennant finance, aux endroits les plus reculés. Je ne pensais pas qu’avec des glaciers en recul chaque année à cette vitesse, ils pouvaient encore brûler impunément des énergies fossiles à leur aplomb immédiat. Je ne savais pas que ces gens, qui se disent défenseurs de la nature et de l’environnement magique qu’ils ont à leur disposition, pouvaient faire preuve d’un tel je-m’en-foutisme à l’égard de leur impact pour se remplir les poches. Mais quand l’argent est en jeu, difficile de ne pas céder à la tentation, ce ne sont que des humains après tout.
Et s’il n’y avait que les guides de pêche… Mais ce sont plus de 250 000 personnes qui chaque année, s’offrent un vol au-dessus de ces mêmes glaciers. Lors d’une ascension pédestre pour accéder à un point de vue, nous avons arrêté de compter à 40 hélicoptères à seulement 11h30 du matin. Touristes et locaux semblent ne pas considérer le recul considérable des glaciers ces 20 dernières années. Se faire photographier avec des crampons et un piolet après un survol en hélicoptère est beaucoup plus important.
Pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène il suffit de se rendre dans un office du tourisme. C’est normalement l’endroit idéal pour récupérer des informations sur les activités locales. Or en Nouvelle-Zélande, dans les offices du tourisme il n’y a qu’une infime partie des étals de brochures qui est destinée à la randonnée pédestre. La très grande majorité des prospectus et informations concerne uniquement des activités onéreuses à très fort impact sur l’environnement. Des centaines de propositions pour des vols en hélico ou en petit avion, des expéditions en « jet boats » (bateaux ultra-rapides), jet ski, saut en parachute…
Qu’il s’agisse des dirigeants du pays, des acteurs du tourisme local ou des touristes il semblerait que personne ne soit vraiment concerné par l’urgence climatique à laquelle nous faisons face. Les scientifiques s’alarment un peu plus chaque mois sur la situation. La chute de la biodiversité et le nombre d’espèces dans le rouge ne cessent d’augmenter. Au même titre que la quantité de plastique dans les océans et son incidence sur la faune marine. Cet immobilisme me choque encore plus ici qu’ailleurs. Probablement parce que le pays m’avait été vendu comme proche de la nature. Mais il faut croire que la popularité de la chasse et de la pêche n’a rien à voir avec le désir de protéger ces écosystèmes fragiles. Seuls les trophées au-dessus de la cheminée ou dans l’appareil photo semblent compter pour les visiteurs et les locaux que j’ai pu rencontrer.
Ici encore plus qu’en France, les écosystèmes aquatiques sont grandement menacés. Je ne parle pas uniquement des truites, qui ont été introduites et ne sont donc pas natives. Mais les impacts de l’agriculture intensive en Nouvelle-Zélande affectent également le milieu marin et sa biodiversité très riche. On est sur Truites & Cie, certains diront qu’ils ne sont pas là pour lire à propos de la mer. Mais tout ce qui touche les truites, affecte également les otaries, les dauphins, orques, baleines, kahawai et autres yellowtail kingfish. Et la situation ne cesse de s’aggraver de ce côté-là aussi.
Les agriculteurs néo-zélandais ne sont pas trop préoccupés non plus par les conséquences de leurs actes sur la planète, la faune et la flore. Pour eux, il est tout à fait normal de jeter les effluents directement dans les zones humides ou les cours d’eau, d’arroser de glyphosate tout ce qui ressemble de près ou de loin à une mauvaise herbe ou encore de brûler en plein air plastique et autres déchets en tout genre de façon hebdomadaire. Ce ne sont pas que des « on dit » puisque nous avons travaillé dans 4 fermes différentes et que la situation était toujours la même. Il y a également des cas très connus de pollution tolérée par le gouvernement néo-zélandais à travers le pays. Le paysage agricole néo-zélandais, ce sont ces vastes plaines où les arbres ont été abattus il y a bien longtemps déjà. Ces grands espaces verdoyants qui font rêver beaucoup d’entre vous. Ces champs arrosés 365 jours par an, malgré une pluviométrie qui fait parler d’elle dans de nombreux récits.
Mais ce n’est pas tout, le paysage agricole en Nouvelle-Zélande, c’est aussi 4.9 millions de vaches et, tenez-vous bien, 27.4 millions de moutons. Ce dernier chiffre vous paraît astronomique ? Ils étaient 40 millions en l’an 2000. Tout ça pour 4 millions d’habitants. Le massacre ne s’arrête pas là. L’arboriculture, qui représente la troisième source de revenus du pays derrière la viande et l’industrie laitière, a totalement ravagé le pays. Avant l’arrivée des colons anglais, la Nouvelle-Zélande était couverte à 80 % de forêts. Il n’en reste aujourd’hui que 24 %.
Toutes ces pratiques sont propres au modèle capitaliste et nous faisons exactement les mêmes choses chez nous. Ou pire, puisque nous le faisons pour nous, mais dans d’autres pays dont nos lobbies s’occupent de dédommager les chefs d’État. Jusque-là, rien d’anormal donc. Mais presque personne ne parle jamais de tout cela quand il rentre d’un voyage de pêche en Nouvelle-Zélande. Pour la plupart des pêcheurs français ou européens, ce pays est magnifique avec ses grandes étendues vertes de « nature ». Et j’y ai cru.
En début de saison, j’avais une fenêtre météo parfaite pour me rendre pendant 5 jours dans le Parc National du Fiordland. C’est la région la plus préservée du pays, située dans le quart sud-ouest. Une très grande partie est inaccessible à pied et elle possède encore des forêts primaires. Les poissons-trophées s’y méritent puisqu’il faut souvent marcher au moins une journée avant de commencer à pêcher pour arriver sur les secteurs intéressants. Un condensé de tout ce que j’aime donc.
C’était début novembre et la pêche n’était ouverte que depuis un mois. Mois pendant lequel il a été difficile d’avoir un temps de pêche conséquent, principalement à cause de la météo et de la fonte des neiges. Cette fois-ci, les prévisions étaient parfaites et je prévoyais d’embarquer Ania avec moi pour une expédition de 4 nuits au milieu de ce bijou de nature. Il faut savoir que ce coin-là reçoit 6000mm de pluie à l’année, soit 10 fois plus que Paris et 20 fois plus que Toulouse ! Une moyenne journalière de 20mm, ce qui est absolument énorme. Les 5 jours de soleil, c’était l’opportunité parfaite pour s’enfoncer dans le parc et jouir de ce que la Nature pouvait nous offrir.
Tout cela était sans compter sur un évènement très particulier. Le Department Of Conservation (DOC) de Nouvelle-Zélande, qui est l’organisme de protection de l’environnement du pays, a fermé l’accès au parc ce week-end-là. Des opérations de lâchers de poison par hélicoptères avaient lieu pendant 2 jours en plein milieu du créneau météo. Et oui, en NZ, on empoisonne les cerfs et les opossums en bombardant (littéralement) des produits chimiques sur la forêt primaire. Cela s’appelle le 1080, et c’est fait en toute impunité. Des substances chimiques volatiles, qui tuent des animaux de la taille d’un cerf, lâchées par hélico NE PEUVENT PAS être sans conséquence pour la santé humaine. Ici, ce n’est pas uniquement l'élimination de certains animaux qualifiés de nuisibles qui me met hors de moi. C’est le fait que les oiseaux natifs, les insectes, les arbres, l’eau, le sol et bien entendu les gens puissent se faire également empoisonner de la sorte à leur insu.
À cause de ce type d’opération, tout au long de l’année, certains secteurs de parcs nationaux voient leur accès fermé. Mais on ne lit que trop peu à ce sujet. Le comble à l’ère du numérique et des réseaux sociaux, où l'on peut voir cependant, de très nombreuses grosses truites et casquettes de marques proéminentes. Je vous épargne un paragraphe sur l’industrie minière et notamment celle du charbon, très présente dans le pays et aux conséquences désastreuses sur la qualité des eaux et du sol. Je suis souvent stupéfait par les réactions des kiwis à propos des mines. Pour eux, ça "fait de l’emploi et ça fait râler les écolos". Le problème, c’est que dans moins de 50 ans, les emplois ne serviront plus à rien si on ne change pas nos habitudes de consommation et de vie. Vous avez eu assez de mauvaises nouvelles pour aujourd’hui, il est temps de passer à autre chose.
J’ai beau me plaindre de la situation dans le pays, au niveau de la qualité de pêche, je ne peux pas vraiment gémir. J’ai eu le loisir de vivre des moments halieutiques très forts et de capturer de très grosses truites. Des poissons très volumineux que je n’aurais peut-être jamais la chance de reprendre tant cette année est particulière. Il s’agit d’une année dite à souris. Tous les dix ans environ, les arbres natifs de la forêt (ce qu’il en reste) appelés beech trees connaissent un cycle durant lequel les jeunes pousses produisent une grande quantité de graines. Ces années-là voient la population de souris (elles aussi amenées par l’homme) exploser. Lorsqu’elles traversent les rivières, les grosses truites s’en donnent à cœur joie. Les poissons en deviennent presque difformes.
J’ai partagé un bout de route avec Guido, un jeune pêcheur français qui sait sacrément ce qu’il fait canne en main. Cela m’a fait du bien de trouver un compagnon de pêche avec qui je m’entendais bien. Ils ont contribué au succès halieutique de mon séjour et je l’en remercie encore ! Un chouette « p’tit gars ».
Nous avons réalisé ensemble une sacrée expédition sur 4 jours au milieu du bush. 4 jours pendant lesquels nous avons parcouru, sacs sur le dos, 80 kilomètres et connu une météo des 4 saisons, fidèle à la NZ. Nous avons pris 4 poissons chacun « seulement ». Mais le seulement est très relatif puisque dans le lot, il y 2 poissons de 9.5lbs et 2 poissons de 11.5 lbs. Donc si les efforts étaient intenses et le mental pas toujours facile à conserver, nous avons été largement récompensés et en sommes sortis heureux. Si vous avez lu mon article rando pêche sur l’île du nord, vous savez que j’apprécie particulièrement ce type de sorties. Et c’est un peu ce qui laisse à ce pays encore un peu d’intérêt à mon goût.
Mais là encore, j’ai été assez déçu par la Nouvelle-Zélande. J’avais probablement placé la barre de mes attentes trop haute. Ou alors, j’avais vraiment vécu quelque chose de très spécial en Tasmanie. Là-bas, il était possible de ne croiser personne pendant toute une semaine de pêche itinérante. La région des Western Lakes et son plateau m’avaient donné un avant-goût de la pêche backcountry que je m’attendais à retrouver ici : fait de solitude et d’évasion totale. Mais c’était sans compter sur le bruit des hélicoptères ou des nombreux randonneurs, pêcheurs et chasseurs avec qui il faut partager sentiers, cabanes et parfois rivières. C’est probablement égoïste et cela n’engage que moi, mais je ne m’attendais vraiment pas à croiser autant de monde sur les sentiers de NZ. J’ai probablement tellement rêvé et idéalisé le pays que mes expectations étaient trop fortes.
Je me suis peut-être arrêté d’explorer trop tôt. Mais aujourd’hui, je n’ai plus envie. J’ai perdu l’engouement et la joie que j’éprouvais les premiers mois de la saison à aller pêcher des grosses truites en Nouvelle-Zélande. J’ai même décidé de mettre fin au voyage plus tôt que prévu. Les causes sont les faits évoqués dans l’article.
Pour conclure cet article, d’un point de vue purement halieutique, le pays est toujours une valeur sûre. Les grosses truites qui nagent dans les pools d’eau cristalline, c’est pour de vrai. Leur difficulté et leurs yeux dans le dos aussi. Mais sans challenge, il n’y aurait vraiment plus d’intérêt à venir jusqu’ici. Voir un poisson de gros calibre s’élever doucement dans la couche d’eau pour venir aspirer nonchalamment une mouche sèche, c’est une sensation magique. Et je n’enlèverai jamais ça au pays du Long Nuage Blanc. Mais la tristesse de constater que nous sommes en train, par nos modes de vie, de massacrer cette ressource et de la vouer à la disparition est bien là.
Donc si vous avez envie de plier du carbone dans un cadre qui ne ressemble à rien de ce que l’on peut voir ailleurs, vous trouverez probablement votre bonheur en Nouvelle-Zélande. Cependant, si vous êtes un peu exigeant et attaché à la nature, l’environnement et sa protection, vous risquez d’être déçu. Si pour vous l’impact de l’Homme est un désastre, je vous le dis très honnêtement, ce pays fait peur.
La Nouvelle-Zélande m’a mis une claque, mais pas celle que j’attendais. J’ai décidé de ne pas tendre l’autre joue et de poursuivre ma route. Quitter la NZ sans avion est très compliqué donc je vais être contraint de prendre un vol. Le programme ? Voler jusqu’en Asie du Sud Est puis regagner tranquillement la France par les terres. Il nous tient vraiment à cœur de poursuivre le périple par voie terrestre. Le but étant de sensibiliser les autres voyageurs, mais aussi de pouvoir nous immiscer au plus près des autres cultures. Après 3 ans en Océanie, nous n’avons pas vraiment été dépaysés. Il est temps de donner une tournure nouvelle à ce périple et découvrir ce que le monde a réellement à offrir. Ça signifie une pause en matière de pêche. Mais le continent américain est au programme pour la suite, et il me donnera maintes occasions de continuer à écrire sur les pages de Truites & Cie.
Les plus curieux pourront découvrir les plus belles photos de notre périple à travers notre compte Instagram, et suivre les récits de nos aventures sur notre blog de voyage.
Crise : les guides de pêche peinent de plus en plus à trouver des clients pour payer leurs vacances pêche à l’étranger.
La pratique du Trout Area dont nous nous sommes fait l'écho dans ces colonnes en 2018 est en plein essor en France ! Il est donc logique que nos concepteurs français emboîtent le pas et ajustent leur catalogue en proposant des produits assez spécifiques de cette pratique. C'est le cas de Franck Rosmann et de sa marque Sakura dont voici la toute dernière née au nom évocateur : la Tsubarea !
Test statique :
Comme d'habitude avec les produits Sakura, cette canne présente un look coloré, mêlant noir et orange notamment au niveau des ligatures, de l'emmanchement inversé et du porte moulinet. Le blank verni est en carbone Mitsubishi Japan IM24T et comporte 8 anneaux SIC surélevés autorisant l'utilisation d'une tresse ultra-fine. La poignée courte de 27 cm se termine par un talon EVA haute densité et possède un porte moulinet épuré ultra-light. Cette canne 2 brins est livrée dans une housse tissu Oxford.
Mesures :
Le protocole Common Cents System a permis de caractériser l'action et la puissance de cette canne :
Avec un AA de 71°, l'action de la canne est fast. En terme de puissance, 34 cents ont été nécessaires pour plier la canne sur un tiers de sa longueur, ce qui donne après conversion un ERN à 4.01. Avec un TP à 12, nous trouvons donc une puissance réelle à 2.5 - 7 gr, légèrement supérieure à celle annoncée par le fabricant (0.3 - 5 gr). Nous avons vérifié cette canne à 84 gr. La poignée courte de 27 cm (entre le pied du moulinet et la base du talon) assure une très bonne maniabilité.
L'avis du fabriquant :
"Cette canne Sakura Tsubarea est spécialement conçue pour la pêche aux leurres ultra-légers de la truite en réservoir, étang ou plus rarement, en parcours de rivière clos et plus connu sous le terme de « Trout Area Fishing ». Ce modèle de 6’2’’ UL, très maniable et offrant un bras de levier déjà intéressant, est très polyvalent et permet d’utiliser une large gamme de leurres durs, leurres souples et autres cuillers ondulantes. Son action parabolique est parfaitement adaptée à cet usage et à une prise de plaisir maximale."
L'avis de la rédaction :
Si l'on s'en réfère à la mention "area versatile" qui figure sur le packaging du produit, on est en droit de s'attendre à ce que nos chiffres confirment sa polyvalence... et c'est ce qu'ils font ! Avec son action fast (contrairement à ce qui est annoncé par le fabricant), elle est en mesure d'animer des leurres aux propriétés mécaniques très différentes (une action plus modérée la limiterait à du cranking) avec une prédilection pour les approches les plus tactiles. La puissance réelle 2.5 - 7 gr est parfaitement conforme à la polyvalence affichée, et cette Tsubarea pourra donc lancer efficacement une large gamme de leurres, de la cuiller ondulante jusqu'au poisson nageur à partir de 4 cm (voir l'article sur les leurres ici). Pour les pêches plus spécifiques mettant en jeu des leurres plus légers (type bouton par exemple), on lui préférera la puissance inférieure. Ce modèle bénéficie d'un excellent rapport qualité/prix au vu de l'offre actuelle !
Basé en Cerdagne, Christophe De Pastors est une figure de la pêche à la mouche pyrénéenne, à la fois du côté français de la frontière que du versant sud ibérique. Monteur de mouches reconnu et respecté par ses pairs, il excelle notamment dans la confection de nymphes casquées modernes. Il nous présente aujourd'hui son fameux Perditrico destiné à la nymphe au fil, que les truites du Sègre ne connaissent que trop bien !
" J'ai créé ce modèle il y a une dizaine d’années. A l'époque, les compétitions en Espagne étaient dominées par les pêcheurs au fil et les perdigones étaient en pleine effervescence. Avec mes collègues de club, on s’entraînait sur le Sègre 2 à 3 fois par semaine et on testait différentes nymphes (au niveau des couleurs, des poids, tailles, etc…). En pêchant avec des perdigones classiques, j'ai alors constaté une baisse de nos résultats à partir du mois de juin et ce, jusqu’à la fermeture.
La première réflexion que je me suis faite est qu’en réalité on ne pêchait qu'avec des nymphes d’éphémères car la perdigone basique est censée imiter ces larves... et pourtant dans nos rivières pyrénéennes à partir de juin, les trichoptères arrivent en force ! donc je me suis mis à l’étau pendant une semaine avec dans l'idée de monter une nymphes lourde dans le même esprit que les perdigones mais plus imitatives, qui représenterait ces trichoptères...
En premier lieu, j'ai sélectionné un nouvel hameçon car à ce moment-là, on utilisait les corps tungstènes sur des hameçons jig ou droits, mais je voulais diminuer l’"effet de bascule". J’ai donc cherché un hameçon à large ouverture et hampe courte : le Tiemco 2499 SP BL et le Katana SH allaient faire l’affaire. Pour le corps, j’ai choisi des quills synthétiques, plus longs que les naturels. Pour le sac allaire, le lièvre et l’Artic Fur étaient idéaux pour donner vie à ces mouches lourdes. Au dessus, un Puff CDC et du médaillon allaient donner la silhouette idéale...
Une fois le modèle monté, j’en ai envoyé à des amis en Italie, en Espagne, aux États-Unis et bien sûr en France pour avoir un maximum d’avis. Après quelques mois, j’avais des retours de tous les coins du globe avec des résultats très satisfaisants.
Un samedi de juillet où l'on s’entraînait sur le Sègre, j’avais fabriqué quelques modèles olives et je pêchais une grosse veine derrière mon compagnon d’aventure à la Seu d’Urgell.
Sans rien lui dire, j'ai noué mon nouveau modèle en pointe et au bout d’un moment, j’avais pris 9 poissons donc un de 69 cm derrière lui... mon collègue espagnol m'a demandé quelle perdigone j’utilisais. Je lui est répondu "un tricho! ".
Il est de suite venu voir le modèle et m'a dit : "Esto es un... perditrico !" ... et la mouche qui fait l'objet de cet article était née !
C’est un modèle très efficace que l’on peut confectionner en gardant le même principe de montage et en le déclinant en différentes couleurs... comme on le souhaite ! Le meilleur modèle selon moi est composé des éléments détaillés ci-dessous.
Voici une nymphe tout terrain pour les rivières rapides ! "
Formule de montage :
En pleine saison de la pêche en réservoir, Truites & Cie vous présente un modèle de chez Marryat qui a fait ses preuves en la matière, avec cette Tactical Bombarde 10' #7 passée au banc d'essai :
Test statique :
La série Tactical originelle est immédiatement reconnaissable à son blank vert bouteille. Cette couleur se retrouve au niveau des ligatures et du porte moulinet, qui mêle bois et aluminium anodisé. Les ligatures du premier brin et des emmanchements sont ornées d'un liseré doré. Cette canne possède deux anneaux SIC sur le deuxième brin suivi de 9 anneaux chromés gunsmoke monopattes. Elle vous sera livrée dans une housse et un tube carré en tissu verts.
Mesures :
Le protocole Common Cents System a permis de caractériser l'action, la puissance et la réactivité de cette canne :
En ce qui concerne la puissance, 65 cents ont été nécessaires pour plier la canne sur un tiers de sa longueur, ce qui donne après conversion un ERN à 8.28. Il classe donc la puissance théorique* de la canne comme une soie 8. Avec un AA de 67°, l'action de la canne est fast (AA supérieur à 66°). La fréquence à 82 est standard pour un produit de ce type. Le confort de pêche est très bon : la canne pèse 113 gr et le PTE est de 348gr.
*NDLR : La norme AFTMA stipule que le numéro d'une soie correspond à la masse des 9.14 premiers mètres (= les 30 premiers pieds). Or, en réservoir, les distances de pêche sont plus importantes qu'en rivière. Lors du shoot final, il arrive fréquemment que la longueur de soie déployée en arrière atteigne une vingtaine de mètres. La canne doit donc posséder une puissance suffisante pour shooter efficacement cette masse qui se révèle supérieure à celle que prévoit le numéro de la canne. Ainsi, dans nos tests, la conversion de l'ERN en "numéro de soie idéal" est différente de celle des cannes rivières : il n'est pas aberrant d'utiliser un numéro de soie inférieur à celui que dicterait "dans l'absolu" l'ERN mesuré.
L'avis d'Allan Liddle, journaliste pour le magazine Fly Fishing and Fly Tying, membre du Pro Team Marryat et formateur pour l'équipe d'Ecosse de pêche à la mouche :
"Quand j'ai reçu cette canne pour la première fois, je dois avouer que je m'attendais à quelque chose de complètement différent car mon interprétation du nom me faisait entrevoir une action spécifiquement axée sur la pêche à grandes distances. Mais dès que j'ai monté la canne et l'ai utilisée pour un premier test, je compris que ce n'était pas du tout ça ! L'action de la Bombarde est progressive et s'étend du milieu au scion, ce qui signifie que vous obtenez toujours une très bonne dose puissance mais en plus une très belle action tout le long du blank.
Je pense que cette action la rend très polyvalente, car vous avez suffisamment de nerf pour exprimer votre volonté lors des combats, mais aussi suffisamment de sensibilité pour vous permettre de ressentir les coups de tête du poisson. Je pense que cela lui permet d'être un excellent choix pour des conditions de pêche très différentes, ce qui contribue à son attrait général.
A ce jour, j'en ai fait ma canne de premier choix pour la traque des truites de mer autour de l'embouchure de la célèbre rivière Spey et je suis heureux de dire qu'elle est parfaite pour combattre, non seulement les truites mais aussi les quelques saumons Spey argentés écossais, frais et très vifs.
La configuration en quatre brins est parfaite pour les voyages et elle s'intègre parfaitement dans mon fagot d'aventurier pour les voyages truite en eau salée aux îles Féroé ou pour l'Artic Char au Groenland qui sont très puissants et nécessitent une canne avec de la réserve. Sur les îles écossaises sauvages à la recherche de truites de mer et de saumons, j'ai trouvé que la Bombarde excellait, avec une longueur de 10' suffisante pour lancer un train de mouches dans les vagues, tout en étant assez légère pour pêcher toute la journée sans fatigue.
Plus près de chez moi, je l'utilise également pour les pêches de truites arc-en-ciel de remise où elle fonctionne très bien. Très polyvalente à utiliser à la fois depuis la rive comme depuis un bateau, elle lance facilement des soies flottantes et coulantes, pour manier un streamer ou pêcher en nymphe en statique. L'équilibre parfait est obtenu avec une soie de 7, mais elle lance une 6 avec un peu de technique et reste assez puissante pour prendre une 8 si les conditions l'exigent. Elle contrôle les lancers aériens avec facilité, aussi à l'aise en Roll, Snake Roll ou Spey (simple ou double).
Une grande canne très polyvalente avec laquelle j'aime vraiment pêcher !"
L'avis de la rédaction :
Ce modèle Tactical Bombarde fait aujourd'hui office de référence au sein de l'offre actuelle de cannes réservoir. Il était important de chiffrer tout cela grâce à notre protocole ! Les résultats obtenus sont en parfaite conformité avec le commentaire très technique d'Allan : l'action est tout en compromis (l'AA est à la limite de la catégorie moderate fast) et l'équilibre est excellent, ce qui la rend très polyvalente pour les différentes approches de pêche en lac et même en eaux vives sur les poissons migrateurs. La puissance réelle est très proche de la catégorie #7/8 et elle autorise donc l'utilisation de ces deux numéros de soie. Bien sur, ce produit bénéficie de l'excellent SAV Marryat !
Liens utiles :
Le protocole de test des cannes à mouche : ici
Les cannes Marryat accessibles en ligne :
Bénéficiez de 10% de réduction sur le modèle testé en contactant Eric Lelouvier au 06.13.22.73.73
Les autres tests Marryat :

Après deux journées consacrées à la découverte de la pêche en vallée du Lot (voir le récit ici), le Lozère Fishing Tour se poursuit plus au sud du département :
Le réveil à bord du van, entre les bovins curieux et la Colagne ronronnante, est plein de charme champêtre. Le gargantuesque repas des Faudon n'a même pas perturbé le bon déroulement de mon sommeil et c'est plein d'entrain que j'étudie mon programme du jour sur le road-book de Sébastien Cabane. Deuxième mythe de la semaine en vue : le Tarn.
Le temps d'un brin de toilette rendu sommaire par la petite dizaine de degrés extérieure et je quitte Marvejols pour prendre l'A75 direction Millau puis le Rozier où je retrouve mon guide du jour, Jean-Baptiste Radurier (Pêche en eau claire).
Au programme : le Tarn en amont du Rozier le matin, avant de bifurquer vers la Jonte dans l'après-midi, en gardant la possibilité de modifier ce planning au moment, selon la qualité de la pêche.
L'ambiance est toujours fraîche sur les bords du Tarn à mon arrivée, un vent de nord désagréable souffle en rafales et ne présage rien de bon. La marche d'approche prévue par Jean Baptiste le long de la rivière nous laisse le temps d'admirer ses immenses pools cristallins assez uniques en leur genre.
JB monte logiquement une canne anglaise de 3m90 et une moulinet spinning, outils indispensables pour une pêche en dérive efficace dans cette masse d'eau importante. De mon côté, ma Native Origine étant restée bien au chaud, enfermée dans ma voiture à Montpellier, je bricole avec ma 10'6... je suis contraint de m'approcher des veines prometteuses en rentrant dans l'eau, ce qui n'est ni conseillé pour la discrétion, ni pour le bon déroulement de la journée, un bain impromptu arrivant vite dans ces eaux limpides qui ne permettent pas de jauger correctement la profondeur.
On touche avec ce profil de rivière, les limites de la nymphe au fil moderne, seule la pêche à la Roncari, sorte de nymphe au fil plaqué à distance, serait ici envisageable. Il vaudra donc mieux miser sur d'autres approches : la pêche aux leurres, le toc en dérive naturelle et la mouche noyée ou sèche, en présence d'éclosions et de gobages, sont bien plus adaptées et agréables à pratiquer dans le Tarn median.
A noter que le début de saison, marqué par d'importantes éclosions de March Brown, est un moment très prisé par les moucheurs du coin. Des accompagnements sont proposés par la Compagnie des Guides à cette période.
2h plus tard, nous sommes capots !
Le vent très pénible et l'absence notable d'activité ont raison de notre motivation à séduire une belle zébrée du Tarn. On se réconforte autour d'une bière des Brasseurs de la Jonte (incontournable si vous passez dans le coin !) au nom évocateur des merveilles locales de la Nature, et de quelques victuailles dans la lignée de celles de la journée précédente.
Ce casse croûte est aussi l'occasion de faire plus ample connaissance avec Jean-Baptiste. C'est en quelque sorte le baroudeur de l'équipe lozérienne. La trentaine athlétique, Jean Baptiste est également un aficionados des falaises d'escalade locales. JB propose des stages de pêche très éclectiques : ses prestations vont de la pêche des grosses truites du Tarn à l'exploration des gorges de la Jonte, en passant par des coups du soir rapides sur les cyprinidés d'eaux vives, en sèche ou aux leurres. Son offre est ainsi particulièrement adaptée au jeune public et aux vacanciers.
Afin de trouver des conditions de pêche décentes, JB nous oriente logiquement sur la Jonte voisine qui se jette dans le Tarn au Rozier même, espérant y être davantage abrités.
La vallée de la Jonte présente des paysages splendides que le ciel maussade du jour ne mettra pas tellement en valeur... pas grave, ça ne devrait rendre la pêche en sèche que meilleure ! Dans cette vallée escarpée (ce n'est pas pour rien qu'elle constitue un haut lieu de l'escalade en France), l'accès à la rivière n'est pas simple : entre le dénivelé de la gorge ainsi que la présence d'une longue section privée à l'amont, difficile de s'y retrouver pour le pêcheur de truites. JB me conduit sur l'aval immédiat de la partie privée, par une sente discrète. Aussitôt au bord de l'eau, les planètes s'alignent : le vent tombe et l'hygrométrie augmente, tout comme la température ambiante, ça sent bon !
Comme par enchantement, ces spéculations se vérifient immédiatement : un rapide coup d'oeil sur le premier trou du secteur nous informe que plusieurs poissons sont déjà actifs en surface. Jean Baptiste les attaque alors que je démarre dans les courants du dessus en sèche/nymphe.Les conditions de pêche sont idéales, avec des eaux en place et des poissons dehors. La clarté extrême de cette rivière impose une discrétion de tous les instants, qualité première du pêcheur qui souhaite s'y attaquer. Le profil alterne entre fosses et secteurs à blocs bouillonnants. La profondeur est globalement assez importante à ce moment de la saison.
Sur le premier grand plat du parcours, JB essuie plusieurs refus sur ses imitations pourtant très crédibles d'ignita. Alors que je scrute la surface en recherche d'indice, un imago d'ecdyo un peu trop téméraire se fait aspirer dans les règles de l'art par une fario visiblement bien excitée par la bestiole !
Ni une ni deux, je noue une de ces fameuses grosses mouches rouges avec ailes en X, confectionnée pour l'occasion par mon ami et Maître Christian Guimonnet. Je repense aussitôt à son voeux prononcé peu avant mon départ : "je te souhaite d'avoir de vraies conditions de pêche à l'ecdyo en Lozère".... ça semble se concrétiser dès le troisième jour !
Pas besoin de plusieurs passages sur chaque poste à partir de ce moment là, les poissons assez rétifs depuis notre arrivée, montent subitement avec une bravoure inouïe. Mon guide, septique quand il voyait l'aspect de la mouche dans ma boîte, semble plutôt convaincu. Non JB, le coq bien monté, ça vrille pas et ça attrape vraiment !
Nous connaîtrons ainsi 2 bonnes heures de pêche à l'ecdyo d'école : intuitive, rapide, consistant à prospecter les petits courants, les parties caillouteuses et les têtes de fosse, à coup de dérives courtes et précises. Les gobages sont francs, violents parfois et les truites, quoique pas bien grosses, d'une qualité exceptionnelle sur cette Jonte.
L'activité redescend subitement en fin d'après-midi et nous parvenons à grappiller quelques poissons supplémentaires en repassant en sèche/nymphe.
La traversée finale de la rivière avant le retour à la voiture, nous gratifie de la fuite d'un nombre incalculable d'individus. Pour ceux qui en douteraient, cette Jonte est pleine de truites !
Nous fêtons dignement ce moment de pêche intense autour d'une bière dans la bourgade du Rozier, très calme en cette saison. JB s'inquiète alors pour notre repas du soir car le resto prévu est fermé... je le sens hésitant au sujet du plan B qu'il a en tête, craignant qu'il ne soit ... trop rustique ! A croire que les gars pensaient vraiment accueillir un péteux de moucheur snobinard habitué des voyages de pêche en lodge ? je le rassure sur ce point et l'on se retrouve finalement Chez Louis à une poignée de kilomètres plus en amont.
Je vous disais dans l'article introductif que la Lozère correspondait en tout point à ma conception du parfait territoire de pêche, je pourrais en dire autant de Chez Louis en terme de restauration. Petit lieu convivial et chaleureux avec vue sur le Tarn en contrebas, on est plus proches de la cuisine de grand-mère (serait-ce l'effet produit par la décoration vintage ?) que du resto touristique C'est une sorte d'anachronisme en plein coeur d'un haut lieu du tourisme estival. Et cette authenticité se vérifie dans l'assiette : au menu du soir, des trenels (tripoux d'agneau) avec frites maison (les pommes de terre poussent dans le près entre le resto et la rivière) et une flaune en dessert (un flan pâtissier au lait de brebis local). Simple et qualitatif. Je vous le conseille vivement !
Après une nuitée en van dans le jardin de JB, je décolle assez tôt car la route qui me sépare de Pont-de-Montvert est assez escarpée et vue la beauté du cadre entrevue (les fameuses Gorge du Tarn), il serait dommage de bâcler ce trajet. Moi qui apprécie réellement l'ambiance inhérente au "partir pêcher", celle-ci prend tout son sens lorsqu'elle se déroule dans un paysage inconnu et grandiose.
En cette matinée froide et humide, le plafond est bas et la luminosité faible. La remontée des gorges du Tarn revêt un caractère des plus original. On est bien loin du tohu-bohu estival et de ses files ininterrompues de caravanes sur le bitume et de rafts dans la rivière. L'ambiance est sereine, presque grave et la majesté du site est sublimée par cette intimité.
Arrivé à Pont de Montvert, je rejoins à la fois Raphaël Fourau, jeune vidéaste montpeliéren chargé d'immortaliser ce séjour pêche en van par un petit film, et mon guide suivant, Rémi Vernier.
Rémi est le baba-cool de la Compagnie : enfant du pays à l'humeur joviale, se déplaçant en 103SP, il est la mascotte de l'équipe. Doté d'une sensibilité naturaliste marquée, Rémi est très tourné vers la formation et l'éducation des plus jeunes, notamment au travers de ses journées pédagogiques avec l'école de Pêche de Pont de Montvert qu'il a développée. C'est le genre de personnage qui fait du bien au paysage halieutique français.
Vu le froid et la pluie qui sévissent sur notre lieu de rendez-vous, nous passons par la phase café avant de tenter un secteur du Tarn quelques kilomètres en aval de Pont de Monvert.
A cet endroit, le Tarn est large d'une bonne dizaine de mètres et constitué d'une succession de coup relativement profonds dans la roche mère, finalement assez peu adaptés à la pêche en dérive. Dans ce couple vitesse profondeur un peu mou, la mouche sèche et la pêche aux leurres lui conviennent mieux. Nous prendrons quelques truites en arrivant, avant une subite disparition des troupes sur le coup de 11h.
A midi, le déjeuner est salvateur. Nous profitons des victuailles locales (et ce ne sont pas les fromages de chèvre qui manquent dans les alentours de Pont de Montvert) et j'en viendrai presque à prendre l'habitude de ces repas du terroir succulents. De son côté, notre vidéaste reste encore timoré (cela s'améliorera nettement au fil des jours) et il faut à ce stade presque le convaincre de tremper les lèvres dans la quille de rouge... "On est bien loin de mes tournages habituels avec des grimpeurs bouffeurs de graines". L'expression a fait date. Cette façon innovante d'aborder son travail lui sied visiblement bien, puisqu'il en redemande au moment même où j'écris, et vous devriez entendre de nouveau parler de lui dans nos colonnes.
Le road-book nous embarque ensuite pour une rando-pêche aux sources du Tarn. Ce site très réputé pour ses paysages et sa biodiversité, fait partie des incontournables du tourisme en Lozère (et pas seulement canne en main !). A cet endroit, le Tarn coule sur un immense plateau granitique merveilleusement adapté à la mouche sèche. Sébastien Cabane, ayant d'emblée perçu mon inclinaison pour les mouches à bille, m'a même "interdit de pêcher à la nymphe" sur ce plateau lorsque nous l'avons évoqué en début de semaine. Je prépare donc mon ensemble eaux rapides 10'/vivarelli/soie naturelle avec quelques sedges en bécasse qui devraient faire l'affaire.
Le temps est toujours aussi exécrable une fois sur place, mais on est là pour bosser, donc on fonce sur les pentes du Mont Lozère :
A l'image du début de journée, la pêche est compliquée et lente. Elle ne tarde pas à se transformer en randonnée touristique et nous puiserons surtout notre plaisir dans cette Nature brute et impressionnante, guidés par Rémi.
En redescendant vers Pont de Montvert, le soleil qui réapparaît nous incite à un coup du soir rapide juste à la sortie du village.
La granulométrie change sur cette section, elle confére au Tarn un profil très caillouteux, qui n'est pas sans rappeler certaines rivières ariégeoises,quoique ces gros blocs de granit le rendent assez singulier.
Pas de miracle... après une journée mitigée sur le plan halieutique, les truites continuent de bouder et il faut s'acharner pour entrevoir leur robe. Pourtant, l'abondance de caches et la qualité du biotope ne laissent pas vraiment de doute sur la productivité du coin... dommage que cette baisse brutale du baromètre nous empêche d'en profiter... c'est ainsi !
La journée s'achève assez tôt car Raphaël et moi sommes conviés pour dîner chez Michel Sandon des Soies de Lozère, dans sa bourgade du Bleymard, l'un des territoires les plus sauvages de notre périple. Son accès nécessite l'ascension du col de Finiels par une route spartiate qui offre des panoramas absolument majestueux.
Les 6 degrés ambiant en sortant du van au Bleymard ne nous poussent pas vraiment à une promenade bucolique vespérale et nous fonçons directement chez Michel pour poursuivre notre épopée diététique. Programme du soir : une entrée à base de charcuterie locale (dont un pâté de grive exquis), suivi d'un civet de lièvre, le tout évidemment arrosé d'un doux breuvage sorti de sa cave. Un nouvel accueil fabuleux, comme à chaque fois que mon itinéraire lozérien me conduit à faire une pause chez un acteur local de la pêche...
A suivre !
Les protagonistes et les lieux visités :
Jean Baptiste Radurier
(+33) 06.47.48.99.47
http://www.pecheeneauclaire.com/
Rémi Vernier
(+33) 06.68.16.11.51
https://peche-mont-lozere.com/
Michel Sandon
04.66.48.60.62
http://www.soie-peche-mouche.com/
Le restaurant Chez Louis à Mostuéjouls
Les Brasseurs de la Jonte
http://lesbrasseursdelajonte.fr/
Les autres volets du Lozère Fishing Tour :

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