Pourquoi pêcher la truite aux leurres souples ?

pêche truite leurre souple

Une vague de leurres souples a déferlé sur l’Europe au début des années 2000. A l’origine, cet afflux a essentiellement concerné les pêcheurs de carnassiers d’eaux calmes. Ce n’est que beaucoup plus récemment que les softs ont trouvé leur place dans les boîtes des pêcheurs de salmonidés (le truiteux serait-il plus conservateur ?). La fréquence de leur emploi reste moins importante que n’importe quel autre procédé plus classique. C’est une chance qu’il faut saisir. Vos rivières sont le théâtre d’un déballage massif de cuillers où de poissons-nageurs dès l’ouverture… tentez de vous démarquer avec les leurres souples ! Mais avant de se consacrer à la technique pure, qui sera l’objet d’une seconde partie, si nous essayions de répondre de façon détaillée à cette simple question : pourquoi pêcher la truite au leurre souple ?

Texte

Saisonnalité et poissons difficiles

Si le rédacteur en chef fait son boulot correctement, cet article devrait être publié pour l’ouverture 2020. Le timing serait parfait car cette époque de l’année est particulièrement propice à la pêche de la truite au leurre souple. Les eaux étant froides, les poissons se tiennent près du fond et rechignent à se déplacer. Ils se nourrissent des proies passant à proximité de leurs gueules. Le LS permet de répondre à toutes les exigences du début de saison : passer dans les couches inférieures, plutôt lentement et avec précision. C’est certainement la technique « leurre » convenant le mieux aux conditions du moment.

Mais il est tout à fait possible et même recommandé de pêcher avec ces petits bouts de plastiques plus tard dans l’année. Les attitudes décrites ci-dessus (truites peu mobiles, calées au fond) ne sont-elles pas celles de tous les poissons difficiles, quelle que soit la saison ? C’est en cela que cette technique est redoutable : elle permet de leurrer les sujets ne répondant pas aux poissons nageurs et cuillers en tous genres, souvent les individus les plus aguerris, les plus vieux et donc les plus imposants. L’usage de softs est une excellente solution pour piquer les plus gros spécimens.

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pêche truite leurre souple
Texte

Jouez la différence

Les leurres souples sont relativement peu employés pour rechercher la truite. L’attrait de la nouveauté, de l’originalité ; cette forme de non-conformisme halieutique peut permettre de convaincre les poissons éduqués aux pratiques plus « conventionnelles ». Analysons rapidement ce que produisent ces dernières en action de pêche (tout du moins les plus connues) :

Les leurres métalliques (cuillers tournantes ou ondulantes, lames, devons etc…) et les poissons nageurs se déplacent en décrivant des mouvements d’une grande intensité. Ils émettent de fortes vibrations et peuvent provoquer des signaux visuels et sonores très importants. D’ailleurs, mêmes lorsqu’ils sont qualifiés de silencieux, ils font toujours du bruit. Les hameçons et les anneaux brisés s’entrechoquent et peuvent frapper le corps du leurre en animation. Le rendu sous l’eau doit être bien éloigné des sonorités provoquées par des vairons durant la fraie… Ces leurres plus traditionnels ne passent pas inaperçus. Ils se comportent tels des caricatures de poissonnets évoluant dans une rivière. La prospection est assez agressive, il s’agit de provoquer le prédateur. Cette façon de pêcher convient à certains tempéraments (dont le mien). C’est très efficace à la condition d’être employé avec modération. Car force est de constater qu’une fois qu’une fario a croqué à un de ces artifices, elle ne l’oubliera pas de sitôt, l’identifiera facilement dans l’eau et l’interprétera comme un danger et non plus comme une proie.

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Les softs se manifestent différemment. Quasiment tous les leurres souples sont véritablement silencieux. Ils doivent bien faire un peu de bruit en se déplaçant sous l’eau mais cela reste très limité et finalement assez proche des sons habituellement perçus par la truite. Aussi, la nage est plus fine, plus douce. Ils représentent une alternative plus discrète et généralement bien plus proche de ce que peut rencontrer une fario dans une rivière. De plus, la palette des coloris désormais disponibles est immense et la qualité de finition a fait des progrès considérables ces dernières années. Si la nage naturelle est associée à un colori adapté, nous ne sommes pas loin du piège parfait…

L’éthique

Et l’éthique dans tout ça ? Il vous est peut-être déjà arrivé de vous faire traiter de « ferrailleur » ou de « pêcheur de plastique ». L’auteur de tel propos est souvent un moucheur élitiste qui aimerait avoir la rivière pour lui seul (et ses amis coiffés d’un chapeau à plumes, à la rigueur). Il se peut aussi qu’il soit jaloux de votre réussite, alors qu’il aurait de meilleurs résultats qu’un pêcheur aux leurres s’il maitrisait vraiment sa technique. Et d’embrayer sur le fait que lui pratique un « vrai no-kill » car il n’utilise qu’un seul petit hameçon simple sans ardillon, que tous ses poissons sont piqués en bord de gueule, qu’il ne les mutile pas avec des triples, etc, etc, etc… Sachez qu’en pêchant aux souples, vous serez le roi du « catch and release » (si vous souhaitez relâcher vos prises, bien sûr). Comme les moucheurs, vous pourrez pratiquer avec un seul hameçon simple sans ardillon ou avec ardillon écrasé. Mais à l’inverse d’eux, vous utilisez un matériel qui permet vraiment de sécuriser vos prises et d’abréger les combats si vous le souhaitez. Nous ne recherchons pas les gros poissons en nymphe avec du 8 centièmes… La canne a souvent une meilleure réserve de puissance, le moulinet dispose d’un vrai frein de combat et la ligne possède une résistance plus conséquente du fait d’un diamètre généralement supérieur. Le poisson pris avec un soft peut retourner à la liberté sans fatigue excessive, sans aller crever au fond de l’eau après un combat trop long causé par un matériel pas assez puissant.

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Je profite de ce passage « déontologiquement correct » pour souligner un point : je pense qu’il ne faut pas pêcher la truite aux leurres souples avec un triple voleur. Je l’ai eu fait quelquefois par le passé, en lac, pour essayer de « grappiner » quelques farios peu décidées, qui titillaient les leurres sans vouloir les aspirer. Maintenant j’estime qu’il faut affiner son raisonnement pour trouver ce qui va faire la différence et convaincre les poissons d’attaquer franchement. N’est-ce pas cela la pêche, chercher et trouver comment faire mordre ces sales bêtes à écailles ? La solution peut se trouver du côté de la couleur, de l’angle de la dérive, du poids ou de la forme de la tête plombée… Le champ d’investigation est vaste. C’est un raisonnement très « jusqu’au-boutiste » qui me permet d’apprécier assez régulièrement les vertus du capot.

Polyvalence / adaptabilité / les postes

Autre propriété de la pêche aux leurres souples, sa grande adaptabilité aux profils des cours d’eau. Les leurres durs ou métalliques sont conçus pour un certain usage, pour évoluer dans des conditions déterminées, dans une couche d’eau définie et acceptent un flux d’une intensité donnée... Ils montrent leurs limites en certaines circonstances. Par exemple, ils ne parviennent pas à prospecter efficacement de très forts courants si les profondeurs sont importantes et ils peuvent « sauter » si le débit est trop soutenu pour eux (ils saturent). Aussi, ils sont moins prenants sur des postes très ciblés car leurs mises en action est plus longue et ils ne sont pas toujours très attractifs à la descente.

A l’opposé, tous les postes sont pêchables avec des softs. Absolument tous, du plus restreint au plus vaste, du plus calme au plus tumultueux, de la surface aux abymes… et cela est valable sur les zones où les PN et les leurres métalliques sont inopérants ou limités. Un LS pêche donc partout … et tout le temps. En effet, il se met en action dès qu’il touche l’eau et continue de pêcher lors de la descente et jusqu’au fond. Il suffit d’ajuster le grammage des têtes plombées sur les postes à la vitesse d’écoulement et à la profondeur les plus extrêmes. Mais en définitive, il est plutôt rare de changer la plombée. La plupart du temps, les rivières ont un profil assez peu varié sur le linéaire pêché (par exemple sur un cours d’eau de piedmont pools et radiers alternent avec des débits et des profondeurs assez similaires). Tenir la canne plus ou moins haute, varier la vitesse de récupération de la bannière et se placer de façon judicieuse par rapport à la zone prospectée et en fonction du courant permet généralement de passer efficacement sur tous les postes avec le même poids de lest.

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pêche truite leurre souple
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De cette polyvalence découle une nécessité d’équipement en matériel assez faible. Si pour le poisson nageur par exemple, il est indispensable de posséder un panel de références pour répondre aux différentes exigences de la topographie fluviale, en ce qui concerne le leurre souple, quelques modèles de TP déclinées en deux ou trois grammages et trois ou quatre formes de softs suffisent. Les LS étant bien moins chers que leurs homologues à corps durs, il est possible de s’équiper de façon pertinente pour un budget équivalent à celui d’un ou deux PN. Vous voulez pêchez aux leurres et vous n’avez pas un budget mirobolant : commencez par les LS, c’est prenant et peu onéreux. Et pour finir de vous convaincre, je rajouterai qu’on en laisse beaucoup moins au fond, du fait d’un armement unique placé sur le dos. 

A bientôt pour parler technique LS ! 

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pêche truite leurre souple

Test : JMC Performer 10', 10'6 et 11' #2/3

JMC Performer

La gamme Performer est la dernière née de l'enseigne JMC et remplace la série Compétition au catalogue 2020. Fruit d'une collaboration étroite avec le monde de la compétition mouche, elle se décline en plusieurs modèles possédant chacun une utilisation spécifique. Nous avons testé les 3 références les plus longues en puissance #2/3, destinées aux techniques modernes en nymphe :

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JMC Performer
Texte

Test statique

La série Performer rompt avec la couleur verte des Compétition pour un revêtement brun mat. Le blank comporte un anneau de départ micro-fuji suivi de 13 monopattes chrome. Les emmanchements sont inversés et des points facilitent l'alignement des brins. Le premier présente une graduation de mesure des truites entre 20 et 40 cm. La poignée liège pleine fleur possède un talon de combat démontable. Un kit de 3 masselottes de 10 grammes chacune permet d'équilibrer parfaitement la canne quel que soit le moulinet choisi. Ces cannes 4 brins sont livrées dans un tube compartimenté orange.

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JMC Performer
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JMC Performer
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JMC Performer
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JMC Performer
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JMC Performer
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JMC Performer
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JMC Performer
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JMC Performer
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Performer JMC
Légende
AA 10' #2/3
Texte

Mesures

Le protocole Common Cents System a permis de caractériser l'action, la puissance et la réactivité de ces trois cannes :

En ce qui concerne la puissance, 23 cents ont été nécessaires pour plier la 10' sur un tiers de sa longueur, ce qui donne après conversion un ERN à 2.36. Il classe donc la puissance comme une #2, légèrement moins que celle annoncée par le fabricant. Pour les autres longueurs, les puissances réelles sont parfaitement conformes à celle annoncée, ce sont des vraies #2/3 (ERN à 3.12 et 2.82 respectivement).

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JMC Performer
Légende
AA 10'6 #2/3
Texte

En terme d'action, les AA sont compris entre 67 et 73, ces cannes sont donc fast (AA supérieurs à 66°). La 10' avec son AA à 67° étant toutefois proche de la catégorie moderate fast, alors que la 10'6 peut être qualifiée d'ultra-rapide (AA à 72°).

Les fréquences sont assez standard, respectivement à 74, 71 et 73 cpm. Les observateurs les plus aguerris s'étonneront de constater que la réactivité de la 10'6 semble inférieure à celle de la 11' (alors que la réactivité est inversement proportionnelle à la longueur). Ceci s'explique par le fait que la masse fixée au scion de la 10'6 pour le calcul (masse correspondant à une ERN de 3 puisque son ERN est de 3.12) a été supérieure à celle de la 11' (masse correspondant à une ERN de 2), et ce malgré le fait que les puissances réelles soient très proches...ceci a donc "pénalisé" la 10'6 au niveau de l'évaluation du recovery. Pour une mesure optimale, il aurait fallu créer une masse intermédiaire correspondant à la puissance #2/3, qui n'existe pas dans le protocole américain CCS original (les puissances intermédiaires comportant 2 numéros de soie n'étant pas utilisées outre atlantique).

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JMC Performer
Légende
AA 11' #2/3
Texte

L'équilibre de ces différents modèles est très bon compte tenu de leurs longueurs/puissances : la 10' s'équilibre parfaitement avec un moulinet d'environ 138 gr une fois rempli (162 gr pour la 10'6 et 186 pour la 11').

NB : ces poids de moulinet à l'équilibre ont été mesurés sans masselotte. Pour calculer le poids du moulinet idéal en fonction du nombre de masselotte utilisée, il suffit de soustraire 10 gr au PME mesuré sans masselotte pour chaque masselotte ajoutée. Ex : sans masselotte le PME de la 10' est de 138 gr ; si vous ajoutez une masselotte, il passe à 128 gr mais le poids de la canne augmente de 10 gr. Ainsi le PTE ne change pas quelle que soit la configuration. 

La distance du premier anneau à la poignée est idéale pour la pêche en nymphe et il convient de noter que l'épaisseur de cette poignée est relativement faible (22 mm). 

Matériel

JMC Performer 10' #2/3

Marque
JMC
Série
Performer
Longueur
10'
Longueur réelle
304cm
Soie
#2/3
Brins
4
Poids réel
86.00g
Anneaux
13
Premier anneau
33cm
Poignée
22x170mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Oui
PME
138.00g
PTE
224.00g
IP
23
ERN
2.38
AA
67°
CCF
74cpm
Prix à la date de sortie
429.00€
Matériel

JMC Performer 10'6 #2/3

Marque
JMC
Série
Performer
Pays de fabrication
Corée
Longueur
10'6
Longueur réelle
318cm
Soie
#2/3
Brins
4
Poids réel
92.00g
Blank
Brun
Aspect
Vernis mat
Anneaux
13
Premier anneau
32cm
Ligatures
Brunes
Poignée
22x170mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Liège
Accroche mouche
Non
Points d'alignement
Oui
Packaging
Tube cordura compartimenté
PME
162.00g
PTE
254.00g
IP
28
ERN
3.12
AA
72°
Prix à la date de sortie
419.00€
Matériel

JMC Performer 11' #2/3

Marque
JMC
Série
Performer
Longueur
11'
Longueur réelle
336cm
Soie
#2/3
Brins
4
Poids réel
93.00g
Anneaux
13
Premier anneau
33cm
Poignée
22x170mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Oui
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Oui
PME
186.00g
PTE
279.00g
IP
26
ERN
2.82
AA
70°
CCF
73cpm
Prix à la date de sortie
419.00€
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Grégoire
Texte

L'avis de Grégoire Juglaret (Mouches de Charette, membre des Equipes de France de pêche à la mouche depuis 2009, Champion du Monde par équipe et vice Champion du Monde individuel 2017) sur la gamme Performer :

" La gamme Compétition laisse place à la gamme Performer. Il y a presque 10 ans, suite au rachat de la société par Andrew Ayer, JMC créa la gamme Compétition. Jusque là les attentes des compétiteurs n’étaient pas écoutées, mais Andrew et Manu Vialle ont bien senti que la pêche à la mouche prenait un virage généré par de nouvelles techniques issues de la compétition.

En s’entourant de compétiteurs novateurs, entre autres Julien Daguillanes et Sébastien Delcor, la gamme Compétition s’est construite sur un nouvel axe de développement. Alors qu'auparavant les fabricants construisaient un cahier des charges pour un seul modèle, généralement une 9’ #4/5, puis le déclinaient dans toutes les longueurs et puissances, JMC a été, à ma connaissance, la première compagnie à définir un cahier des charges pour chaque canne, en ne déclinant pas une action de base, mais en répondant aux nécessités de chaque technique de pêche. C’est comme ça que sont nées les mythiques Compétition. Puis les techniques ayant fortement évolué ces dernières années, il a été décidé il y a deux ans de travailler sur leurs remplaçantes, mais en appliquant toujours le même principe : chaque canne répond à un besoin spécifique et possède un cahier des charges indépendant. C’est comme ça qu'à la fin de la saison dernière, nous avons validé les derniers prototypes de la gamme Performer :

  • une 9’4 #3/4 pour la pêche en sèche.
  • une 9’9 #3/4 pour la pêche tandem sèche/nymphe.
  • une 10’ #2/3 pour les pêches fines et légères (à partir de 2 nymphes de 2mm tungstène), à courte distance.
  • une 10’6 #2/3 pour les pêches fines en nymphes légères (à partir de 2 nymphes, une de 2mm et une de 2.3 tungstène), mais polyvalente au niveau du type de rivière (coup de cœur de Julien Lorquet pour les pêches des ombres à l’étiage, dont il est spécialiste !).
  • une 11’ #2/3 pour les pêches fines en nymphes légères (à partir de 2 nymphes en 2.3 mm tungstène), dans des rivières nécessitant de longues dérives.
  • une 11’ #3/4 pour les pêches un peu plus lourdes (à partir de 2 nymphes en 2.5mm tungstène), dans des rivières nécessitant de longues dérives.

Une chose hyper importante dans la pêche au fil, spécialement en employant des nymphes très légères : obtenir un équilibre parfait du combo canne/moulinet pour contrôler parfaitement les dérives. La nécessité (qui n’est plus à prouver) d’employer un moulinet semi-automatique dans ces techniques, impose un positionnement haut du moulinet. Afin d’avoir l’équilibre (généralement obtenu par un porte moulinet à vissage vers le bas) au niveau de l’index, tout en employant un semi-automatique très léger, 3 masselottes d’équilibrage sont fixées sur le butt et l'ajout est modulable selon le souhait du propriétaire, en fonction du poids du moulinet utilisé.

Personnellement, j’ai beaucoup pêché avec la 9’4, la 9’9 et la 11’#3/4 et Julien Lorquet s’est concentré sur les 10’, 10’6 et 11' #2/3. Lors des derniers championnats du monde, j’avais emmené avec moi les 9’9 et 10’6, qui correspondaient parfaitement aux pêches à pratiquer sur les parcours lents, complétées par la Pure 10’6 #3 pour les secteurs plus puissants.

Le choix de positionner une série si large dans une gamme de prix intermédiaire lui permet de rester abordable (et ce, malgré le temps passé sur son développement). Aujourd’hui, un pêcheur qui recherche une canne spécifique sans pour autant aller chercher dans les cannes très chères, pourra trouver ce qu’il recherche précisément dans la gamme Performer."

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JMC Performer
Texte

L'avis de la rédaction

A un peu plus de 400 euros, ces Performer misent résolument sur le rapport qualité/prix. Pour nous, le pari est réussi : les produits sont légers, bien équilibrés, bien finis et les chiffres sont en parfaite corrélation avec les différentes utilisations prévues dans le cahier des charges. Les puissances réelles #2 et #2/3 autorisent une pêche en nymphe légère et même ultra-légère (se référer aux tailles de nymphes annoncées par Grégoire dans son commentaire technique). Il sera possible de pêcher fin, voire très fin (moins de 10/100) avec ces cannes. Le montage est cohérent, notamment au niveau de la distance du premier anneau, idéale pour empêcher la formation du ventre dans la soie lorsqu'on pêche en nymphe canne haute. Le porte-moulinet up-locking fait que l'on peut garder en permanence un doigt sur la gâchette du moulinet semi-auto, quelle que soit la référence utilisée (ce qui n'est pas toujours le cas lorsqu'on utilise un down-locking).

Ces cannes sont assez originales dans l'offre actuelle et n'ont finalement pas beaucoup de concurrence : pour citer quelques références proches (au niveau des longueurs/puissances/actions) à titre de comparaison, la Performer 10' #2/3 se rapproche de la Thomas & Thomas Contact 10'2 #2, une canne très typée ultra-light nymphing et pêches d'étiage (peu puissante et très progressive). Notre banque de données a mis en relation les Maxia SX4 10'5 #2 et Soldarini Tournament 10'6 #2/3  avec la Performer 10'6 #2/3 au niveau de la longueur et de la puissance. Par contre, l'action de la JMC est bien plus rapide que celle de ses deux concurrentes. Enfin, à notre connaissance, la Performer 11' #2/3 est assez inédite sur le marché actuel, la majorité des autres références étant plus puissantes. Mention spéciale à la très bonne réactivité de ce modèle compte tenu de sa longueur. D'un confort comparable à celui de la Vision Nymphmaniac 11' #3, elle est un peu moins puissante et un peu moins rapide.

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Liens utiles : 

Le protocole de test des cannes à mouche : ici

Comment choisir sa canne à nymphe : ici

Les cannes Performer accessibles en ligne :

fusion fly fishing

 

Bénéficiez de 10% de réduction sur le modèle testé en contactant Eric Lelouvier au 06.13.22.73.73

Les autres tests JMC : 

Jmc Fly Fishing

 

Grosses truites à la mouche : le matériel adapté

grosse truite matériel

Lorsque l’on recherche les gros salmonidés, l’attention que l’on porte au matériel revêt un intérêt tout particulier car il sera durement sollicité lors des combats. Chacun de nous devra connaître et maîtriser parfaitement son matériel afin d’appréhender dans les meilleures conditions les combats explosifs. Lorsque l’on est en connexion avec un poisson aux mensurations XL, le moindre détail a son importance et détermine souvent l’issue du bras de fer, d’où l’intérêt d’avoir un équipement adéquat. Nous avons tous pris ou tenu une grosse truite par accident avec un matériel inadapté. Lorsque cela se termine bien, l’égo du moucheur s’en trouve flatté, mais généralement mieux vaut ne pas tenter le diable... La puissance et le poids des gros salmonidés pardonnent peu les erreurs de casting...

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Une affaire de parti pris

Lors des échanges entre confrères pêcheurs, on prend conscience des divergences que chacun affiche lorsqu’il s’agit du choix du matériel de pêche, les convictions et les arguments étant sources de conversations passionnées. Certains ne font confiance qu’à du matériel un peu "lourd", quand d’autres n’hésitent pas à combattre des truites de 60cm sur des cannes dont la puissance ne dépasse pas #3 et avec des pointes des plus ténues !

Le matériel qui vous conforte et vous sécurise, avec lequel vous éprouvez une confiance absolue, sera toujours celui que vous devrez favoriser lors de vos sorties à la recherche du poisson de votre vie. Traquer les poissons trophée impose de pratiquer uniquement avec des outils que l’on connait par cœur afin d'éviter les mauvaises surprises. Chaque élément constituera un fil d’Ariane à ne jamais rompre, du plus infime accessoire jusqu’au plus crucial comme l’ensemble canne/moulinet. Apprendre à sentir travailler son matériel est important. Connaitre les limites de chaque élément, leur point de rupture et leur comportement en situation extrême s’avère tout aussi fondamental. Cela implique de ne pas en changer tous les quatre matins.

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matériel grosses truites
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Une relativité induite par les parcours

Au-delà de la taille des salmonidés convoités, le choix du matériel dépendra aussi des parcours que vous fréquentez, et essentiellement du profil de la rivière, de sa puissance et de son encombrement.

Il va de soi qu’une imposante truite piquée sur un plat profond et lent sans trop d’obstacles offrira un combat plus facile à négocier (même avec une pointe assez fine) qu’une autre ferrée au milieu d’un embâcle, perché entre deux arbres de la berge. C’est pour ces multiples raisons que dans les lignes qui vont suivre, je ne vous parlerai que de mes convictions intimes et du matériel qui, à mes yeux, est indispensable. Certains se retrouveront dans ces opinions quand d’autres auront un avis différent, il n’y a pas de vérités absolues. Seuls l’expérience et le vécu forgeront nos convictions.

Le matériel que je décris est celui que j'utilise pour aborder les portions aval des grandes rivières de montagne pyrénéennesIl est donc destiné à des truites dont la taille se situe généralement entre 50 et 75cm. Il y a parfois plus gros dans certaines rivières, mais ces poissons sont malheureusement trop rares pour qu’on évoque ici un matériel spécifique.

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matériel grosses truites
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La présence de caches comme cet arbre immergé impose de brider fermement les poissons...
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La canne :

Les cannes polyvalentes permettant une pratique en sèche et en nymphe existent, mais pour ma part, j’utilise une canne pour chaque technique quand cela est possible. J’entends déjà les commentaires du type "comment tu fais pour t’encombrer de la sorte ?"... je répondrais que je ne nie pas les incommodités du transport de deux cannes au bord de l’eau, mais qu'en dehors de ce léger désagrément, je ne trouve que des avantages à avoir une canne spécifique à chaque technique. Prendre deux cannes permet entre autres de s’adapter très rapidement face à des gros poissons qui ne gobent ou ne nymphent que dans des laps de temps parfois très brefs.

Globalement, les modèles munis d’un talon de combat ont ma préférence car ils offrent un confort très agréable lors des batailles. Ils permettent de soulager l’avant-bras sur lequel beaucoup de tension s’accumule. D'ailleurs ce n’est souvent pas la puissance du poisson qui fatigue l’avant-bras mais le stress du pêcheur qui lui fait serrer trop fort le liège !

Les cannes spécifiques pour cette approche devront avoir une tenue de poisson exemplaire en gardant une certaine douceur afin d’éviter les casses sur les rushs les plus violents, tout en capable de présenter délicatement et très rapidement une artificielle à une truite, en effectuant le moins de faux lancers possible ; en effet sur ces gros salmonidés aguerris et éduqués, les faux lancers sont à bannir !

Pour ma part, en sèche, je fais confiance dans la majorité de mes sorties à un modèle d’action relativement fast en 9' soie 5 : la Loomis NRX (NDLR : les chiffres CCS de ce modèle : ERN 5.94 et AA 66°). Dans les pêches très fortes, j'opte pour un modèle un peu plus long et plus puissant : la Sage One 9'6 #6 mais ces situations restent anecdotiques. 

Je choisis généralement une 9' car cette longueur est polyvalente et permet une pêche fluide et confortable. En outre, elle reste efficace et performante quel que soit l’encombrement du poste. La canne doit devenir le prolongement naturel du bras, se faire oublier afin que votre concentration ne s’applique que sur l’action de pêche. Face à une grosse truite, la gestion des émotions impose d’oublier les contraintes dues au matériel pour ne se consacrer qu’au bras de fer qui va se dérouler.  Nous veillerons à choisir un Blank mat habillé d’anneaux peu brillants afin de soigner la discrétion, le moindre éclat pouvant caler un poisson !

Pour la nymphe au fil, optez pour une 10'  #4/5 ou #5. J’utilise avec bonheur depuis 2 ans une Greys GR70 en 10' #5 qui est assez douce afin de pouvoir pratiquer en nymphe au fil et à l’espagnole. Son rapport qualité/prix est excellent. Mon action préférée pour la nymphe est de type moderate fast. La grande longueur facilitera la conduite de ligne durant les dérives et la puissance #5 garantira une bonne tenue des poissons (NDLR : les chiffres CCS de cette canne : ERN 4.90 et AA 65°)

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pêche grosses truites
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Le moulinet :

Simple réserve de soie lors des pêches fines sur des poissons de taille raisonnable, le moulinet devient un élément déterminant dans l’issue du combat lors de la recherche des gros salmonidés. Ce sont essentiellement les qualités du frein qui détermineront le choix du modèle. En effet celui-ci devra être progressif et doux afin d’encaisser les éventuels démarrages en trombe. Je vous renvoie pour choisir aux tests de moulinets en cours qui évaluent bien le frein grâce au protocole Truites & Cie.

Aujourd’hui la plupart des moulinets possèdent ces caractéristiques. Nous opterons pour un modèle avec une molette de frein un peu grosse et bien accessible. La contenance devra accepter une bonne longueur de backing en plus de votre soie pour le jour (trop rare) où un poisson s’entêtera à vous vider le moulinet. Comme pour la canne nous veillerons à éviter les modèles trop brillants et préférerons les modèles large arbor dont la récupération est plus rapide. Je suis un inconditionnel des modèles de la marque Nautilus qui offrent toutes ces qualités ainsi qu'une fiabilité à toute épreuve.

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matériel grosses truites
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La soie :

Le choix du profil se fera en fonction de l'action de la canne utilisée et de la préférence du pêcheur. Pour ma part, j’affectionne les soies WF et Triangle Taper car elles chargent rapidement les cannes d’action fast que j’utilise. Ce type de soie favorise les roulers et les mendings, tout en proposant une présentation délicate. Le numéro sera accordé à la puissance réelle de la canne.

Les fils :

Nous n'aborderons que le fil utilisé pour la pointe du bas de ligne, les brins supérieurs étant moins problématiques car beaucoup plus épais. Pour lier chacun d'eux, le fameux nœud baril reste une valeur sûre.  

En pointe, j’utilise du nylon ou du fluorocarbone en fonction des conditions rencontrées, dont les diamètres varient de 12 à 16/100. A chaque situation de pêche nous devrons en fonction des paramètres du coup et du degré de méfiance de la truite nous adapter :

Le fluorocarbone sera sollicité pour les pêches en sèche ou émergente, lorsqu'un nylon classique posé sur la pellicule de surface est vraiment trop facilement discernable par des salmonidés éduqués. Pour les pêches en nymphe fines, celui-ci sera aussi de la partie. Je fais confiance à la marque Trouthunter dont les produits ne m’ont jamais déçu.

En début de saison dans des eaux fortes où l’issue des combats dans les tumultes des eaux est parfois aléatoire, j’aime aussi le nylon Stroft GTM en 14 ou 16/100. D’un diamètre réel largement supérieur à celui annoncé, il offre néanmoins un rapport résistance/diamètre réel exceptionnel, je lui fais confiance depuis mes débuts avec une canne à la mouche (NDLR : voir l'article sur les nylons/fluoro). 

Certains gros spécimens particulièrement éduqués et méfiants requièrent parfois l’utilisation de pointes très fines rendant parfois les combats très longs et vecteurs de conséquences désastreuses sur le poisson. Il m'arrive ainsi parfois de descendre en 12/100 voire en 10/100. Ceci est particulièrement courant en période estivale quand la température de l’eau est élevée. Par respect pour ces poissons, veillez toujours à ne pas trop éterniser les combats, il serait dommage que la truite ne s'en relève pas. Reprendre une grosse fario à plusieurs reprises créé toujours une émotion particulière, et tisse presque des liens !

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matériel grosses truites
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Les hameçons : 

Quelle que soit leur forme, ils seront en premier lieu adaptés à la mouche afin d'obtenir le volume et la silhouette voulus. Quand ces contraintes le permettent, je privilégie toujours les hameçons relativement fort de fer afin de limiter les risques d’ouverture lors des combats violents. La présence ou l’absence d’ardillon est sujet à de multiples discutions et je dois reconnaître qu’il m’a fallu du temps pour n'utiliser que les références sans ardillon. Avec l’expérience, on parvient à se rendre compte que les décrochages ne sont pas plus nombreux qu’avec les modèles à ardillon, à partir du moment que la tension du fil reste constante. Les deux références d'hameçon que j'utilise le plus dans ma quête des grosses truites sont le Kamasan B405 en forme droite et le Caleri C23 en forme courbe. 

L’épuisette :

Voilà un élément souvent négligé et responsable de nombreuses désillusions... qui n’a pas connu une épuisette trop petite pour faire rentrer un très beau poisson ? Je n’oublierai jamais cette truite qui avait fait ressembler mon épuisette à une ridicule poêle à frire avant de retrouver son élément lors d'un ultime rush, et par la même occasion, avait réussi à bien pourrir ma journée ! Même si cela peut paraître prétentieux, mieux vaut opter pour un grand modèle optimisant la mise au sec de la truite et abrégeant les combats. Le filet devra être doux afin de préserver le mucus des salmonidés et favoriser la remise à l’eau. J'utilise en ce moment un modèle fiable, simple et léger : la JMC x60 de dimensions 40 x 54 x 73 cm.

Les autres éléments de la panoplie ont bien sûr leur importance: l’habillement du moucheur influe sur la discrétion lors de l’approche, tout comme la brillance de la canne et du moulinet. Plus on est discret mieux c’est ! Un gilet bien organisé et des waders bien étanches favorisent le confort durant l’action de pêche et donc une concentration accrue.

N’oubliez pas que le choix du matériel demeure personnel et que celui qui comble votre binôme ne vous est pas forcément adapté !

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matériel grosses truites

DVD "Toc à la nymphe, la passion d'une vie" par Laurent Jauffret

dvd nymphe au toc Jauffret

La nymphe au toc a le vent en poupe depuis quelques années. Cette pratique qui combine l'efficacité du toc avec la praticité et la modernité de la mouche insuffle un vent de renouveau sur la pêche de la truite et l'on ne peut que s'en réjouir ! C'est dans ce contexte que Laurent Jauffret, moniteur guide de pêche, concepteur de matériel et aficionados de la nymphe au toc depuis plus de 10 ans, nous plonge en immersion dans sa pratique à travers son nouveau film DVD : 

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Nous vous parlons de nymphe au toc dans ces colonnes depuis le début de Truites & Cie, en particulier grâce à notre consultant Matthieu Vieilhescazes, dont l'approche consiste à utiliser une à deux nymphes casquées en tungstène avec un montage toc classique (seul le mode de lestage change). De son côté, Laurent Jauffret a popularisé il y a une dizaine d'années déjà, une autre approche très singulière visant à porter les nymphes grâce à un flotteur en forme de boule (la fameuse... bouboule !), formule particulièrement adaptée aux rivières relativement lentes et homogènes du sud-est de la France (mais pas que !).

Dans ce DVD (à notre connaissance le tout premier consacré à la nymphe au toc), Laurent décortique les différents points de sa pratique (matériel, lancer, approche...etc) avec sa bonhomie habituelle et nous amène dans les splendides rivières du Sud chères à son coeur ! Ainsi, il vous montre en détails le champ d'application dans des milieux très différents. Un film très authentique de 40min réalisé par l'agence Art’up Média, entièrement tourné en France (cela mérite d'être souligné), mêlant technique, belles images et bonne humeur ! On vous le conseille grandement ! 

En voici le teaser : 

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Pour acheter le DVD en ligne, c'est ici

Pêche des grosses truites en France : où, quand et comment les prendre ?

Pêche des grosses truites

Comment prendre une grosse truite ? Voilà une question qui hante de nombreux pêcheurs ! C'est un fait, les grands salmonidés génèrent des fantasmes et certains pratiquants n'hésitent pas à s'expatrier pour assouvir leur rêve. Or, le réseau hydrographique français offre de bonnes possibilités de réussite, si l'on prend soin de respecter certaines règles. En effet, par définition, les représentants du haut de la pyramide des âges sont rares et souvent hors de portée de ceux qui ne les ciblent pas. Par contre, le pêcheur qui se creuse les méninges pour axer sa stratégie spécifiquement sur ces individus, possède toutes les cartes en main pour en capturer de manière régulière. 

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Une "grosse truite", c'est quoi ?

Avant de se lancer dans des considérations techniques et stratégiques, précisons d'emblée que cet article ne concerne que les truites farios sauvages, c'est-à-dire des poissons nés dans la rivière ou qui y ont effectué la majeure partie de leur croissance (après une introduction au stade d'alevin par exemple). Sont donc exclus du propos qui va suivre les truites portions et les géniteurs réformés parfois déversés dans le milieu naturel au stade adulte. Ces cas de figure étant assez rares, nul besoin d'y consacrer un article spécifique, d'autant que les considérations techniques qui vont suivre restent valables ; la stratégie de pêche se résume quant à elle à rechercher les secteurs où ces déversements surviennent. De même, les grosses truites lacustres fréquemment rencontrées dans certaines rivières françaises (la Durance, la Dranse ou les gorges du Verdon par exemple) feront l'objet d'un article spécifique ultérieur.

Par ailleurs, précisons que d'un point de vue naturaliste, il vaudrait mieux considérer l'âge d'un individu plutôt que sa taille pour définir son appartenance au haut de la pyramide des âges. En effet, selon le milieu qu'elle habite, une truite fario sauvage peut mesurer en fin de vie de 30 à 80 cm !!! L'âge est donc plus significatif que la taille. Toutefois, dans les conventions modernes de notre loisir, la notion de "grosse truite" évoque bien directement des poissons aux mensurations généreuses, dignes d'une photographie. C'est pourquoi nous nous intéresserons ici aux longs poissons, et donc aux milieux naturels français capables de les produire. Pour la majorité des pêcheurs de l'hexagone, une truite est considérée comme "grosse" à partir de 50 cm. Dans d'autres pays anglo-saxons, un trophée est plus fréquemment caractérisé par son poids (10 lbs en Nouvelle Zélande par exemple).

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farios de l'Isère
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Ce spécimen de 60 cm capturé dans l'Isère en aval de Grenoble (38)...
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truite fario
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.... doit avoir le même âge que cette fario de 23 cm prise dans la Têt au Plat des Avellans (66)
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Lorsqu'on convoite le haut de la pyramide des âges, on s'attaque plus à des individus disparates qu'à une population à proprement parler. Cette constatation doit être au centre des considérations du pêcheur. Ainsi, plus que pour toute autre approche, la logique du bon endroit/bon moment/bonne technique prend tout son sens pour la pêche des grosses truites. Nos chances sont maigres, tentons de les décupler au maximum ! Voici quelques pistes pour y parvenir : 

 

Le bon endroit

Pour ce qui est du lieu de pêche, il convient de considérer deux échelles d'espace : le type de milieu puis le type de poste.

Les bons milieux

Pour qu'une truite puisse grandir rapidement et donc atteindre une taille respectable avant de mourir, le milieu qui l'abrite doit posséder trois caractéristiques essentielles, systématiquement retrouvées : 

  • être suffisamment vaste et bien pourvu en caches pour qu'un grand poisson puisse bénéficier à la fois de zones de repos et de zones d'alimentation compatibles avec sa taille tout en le mettant à l'abri de ses prédateurs. La sécurité est systématiquement recherchée par les vieux poissons. 
  • être suffisamment riche en ressources nutritives pour induire une croissance rapide.
  • avoir des densités faibles : nous avons déjà abordé dans ces colonnes le phénomène de densité-dépendance qui régit la dynamique des populations de salmo. Plus une population de truites est dense, plus la taille moyenne des individus qui la compose est faible. On recherchera donc tous les milieux situés en limite de répartition géographique des salmo ou les milieux dont le recrutement naturel est assez faible pour diverses raisonsChercher spécifiquement les grosses truites dans des rivières ou des lacs où l'on rencontre de nombreux individus standards (disons entre 20 et 30cm) est une perte de temps certaine !

En pratique si l'on transpose ces critères à notre réseau hydrographique, voici les milieux qui réunissent ces 3 qualités :   

  • les lacs de basse et moyenne montagne : la rigueur des conditions climatiques de la haute montagne limite la croissance des poissons. Ainsi, les plans d'eau qui nous intéressent sont situés à une altitude modérée (entre 700 et 2000m d'altitude environ) et possèdent une biomasse supérieure à celle de leurs homologues de l'étage supérieur. Ils sont plus riches en insectes aquatiques, terrestres (surtout s'ils sont bordés d'une végétation dense), voire en poissons fourrage (présence de vairons fréquente). Ces caractéristiques permettent un bon grossissement des truites. Certains lacs de montagne de l'étage supérieur offrent ponctuellement des gros poissons, notamment les grands barrages situés entre 2000 et 2200m (type Cap de Long dans le 65). Leur grande superficie et/ou profondeur assurent une capacité d'accueil intéressante pour les gros individus et limitent leur vulnérabilité. Quelques lacs de montagne connus pour leurs grosses truites : le barrage de Bissorte (73), le lac de Villefort (48), le lac des Bouillouses (66).
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Lac Oo
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Les grands lacs de barrage de nos montagnes (ici Oô dans le 31) contiennent de grosses farios
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Pêche grosse truite Villefort
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Thibaut Dupuy, guide de pêche en Lozère, avec une impressionnante 75 cm du lac de Villefort (48) !
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  • les portions aval des grandes rivières de montagne : ce sont les secteurs de grandes rivières de régime nival situés en fin de première catégorie ou en début de seconde, au niveau de la zone à ombre ou à barbeau de la classification de Huet. La largeur y est importante (souvent plus de 20m) et la truite partage son territoire avec de nouvelles espèces (cyprinidés d'eaux vives). Ces milieux sont riches car moins froids qu'en amont et souvent plus chargés en matière organique qui booste la chaîne alimentaire. Ils abritent des grosses truites à condition de conserver des températures acceptables en été (disons moins d'une vingtaine de degrés) et/ou un débit correct de façon à apporter suffisamment d'oxygène aux salmo durant les mois les plus critiques. Si la masse d'eau ne diminue pas trop, les températures peuvent ponctuellement monter jusqu'à 22/23°C. Les poissons doivent leur salut à des portions resserrées à fort débit et/ou des résurgences. Quelques grandes rivières de montagne des Pyrénées, des Alpes et du Massif Central dont les portions aval produisent des grosses truites chaque année : les gaves des Pyrénées Atlantiques, les grandes rivières des Pyrénées Centrales, l'Isère, l'Allier...etc.
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pêche
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Portion aval typique d'une grande rivière de montagne
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Grosse fario du Béarn prise par Johan de la team Native
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Grosse fario béarnaise du gave d'Ossau (64) prise par Johan de la team Native
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  • les résurgences : issus de sources dont la température et le débit sont relativement constants, ces aquifères souvent karstiques possèdent des températures assez stables tout au long de l'année. Ils sont ainsi globalement plus tempérés que les rivières de montagne en début de saison et conservent une relative fraîcheur en été. Cette stabilité des conditions hydrologiques est favorable au développement d'une biomasse conséquente, idéale pour une croissance rapide des truites. Les caractéristiques chimiques de ces eaux favorisent le développement de végétaux aquatiques (renoncules par exemple) qui offrent des caches intéressantes. Trois résurgences à grosses truites bien connues : la Sorgue du Vaucluse, la Touvre en Charente, la Loue en Franche Comté.

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La Sorgue du Vaucluse
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La Sorgue du Vaucluse, fameuse résurgence française
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Touvre truite
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Fario de la Touvre (16) prise par notre auteur Eric Bacon en sèche au printemps 2019
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  • les rivières calcaires : elles naissent généralement à moyenne altitude, et coulent sur un substrat calcaire, parfois uniquement au niveau de leur portion aval. Plus chargés en carbonate de calcium que les cours d'eau granitiques, ces biotopes sont caractérisés par une croissance rapide des truites. Le substrat caillouteux et les parties profondes assurent une capacité d'accueil intéressante pour y loger des farios records. Ces rivières sont majoritairement localisées dans l'est de la France. Quelques rivières calcaires bien connues pour leurs gros poissons : la Bienne en Franche Comté, le Chéran en Savoie, le Tarn en Aveyron.
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truite Chéran
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Sylvain Legendre avec une grosse du Chéran aval (74)
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  • les tailwaters : ce sont des rivières de plaine ou basse montagne alimentées en eaux froides par un barrage situé en amont. Ces biotopes très particuliers présentent donc des caractéristiques morphologiques et un peuplement piscicole d'une zone à barbeau, malgré qu'ils soient parfois situés bien loin des sources et du relief ! Selon les cas, le marnage est plus ou moins important. Le substrat est généralement de type galets ou sédiments fins et les caches sont produites par de la végétation aquatique ou rivulaire. Quelques tailwaters françaises à grosses truites : le Verdon en aval du lac de Castellane, la Durance en aval de Serre Ponçon, la Dordogne à Argentat, la Basse Rivière d'Ain.

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Le Bas Verdon (13) : fameuse tailwater à grosses truites
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Le Bas Verdon : fameuse tailwater à grosses truites...
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pêche Bas Verdon
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... que notre lecteur Mathias Swoboda pêche assidûment en nymphe à vue !
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Les meilleurs postes : 

Une grosse truite est un poisson territorial et sédentaire qui habite une zone réunissant deux caractéristiques essentielles : 

  • une cache importante : une grosse truite ne se tient jamais très loin de son refuge. La nature d'une cache à grosse truite peut être très variée : il peut s'agir d'un obstacle caillouteux, de végétaux (algues, arbre immergé), d'une berge creuse mais également, et il convient de ne pas l'oublier, d'une masse d'eau importante, que ce soit en matière de profondeur ou de vitesse de courant. Tapie au fond d'une fosse, même en l'absence de blocs, une grosse truite se sent en sécurité, c'est la profondeur qui fait office de cache dans ce cas. La situation est comparable dans les veines d'eau très puissantes, à condition qu'un substrat hétérogène et/ou une pente prononcée ralentissent le courant de fond. Le gros débit lui passant au dessus de la tête assure alors sa tranquillité.
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poste à grosse truite
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Dans les gros couples vitesse/profondeur, c'est la masse d'eau qui fait office de cache
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  • une veine nourricière : suivant la rivière considérée, les gros individus acceptent de parcourir une distance plus ou moins longue entre leur zone de repos et leur zone alimentaire. Evidemment, dans certains cas idéaux, la nourriture leur parvient à domicile (cas des veines puissantes parsemées de gros blocs ou d'une berge creuse recevant une veine porteuse). D'autres fois, ils doivent quitter leur refuge pour trouver des zones confortables où ils peuvent s'alimenter à moindre effort. La fainéantise dans l'alimentation est une caractéristique assez propre aux grosses truites. Ce sont souvent les radiers et les bordures lentes en marge des "jolis courants" (là où de nombreux pêcheurs mettent les pieds) qui sont le théâtre des festins. La distance que ces poissons consentent à parcourir depuis leur cache peut aller jusqu'à quelques dizaines de mètres, rarement plus.
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poste à grosses truites
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Une veine porteuse + une cache : LE poste à grosse truite
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La bonne façon :

Evidemment, si vous êtes un adepte exclusif de la mouche, des leurres ou de la pêche en dérive, ce paragraphe n'a pas vraiment lieu d'être car le choix de la technique est alors dicté par votre sensibilité. Par contre, pour ceux qui se lancent sans a priori, et abordent la traque des grosses truites dans une logique d'optimisation absolue, le choix de la technique mérite réflexion. 2 paramètres principaux doivent être considérés :

  • la rareté des poissons pêchés : qui dit poissons rares, dit efficacité moindre des techniques intensives, qui consistent à "pêcher l'eau" en peignant méticuleusement la moindre veine. Les approches en dérive naturelle (au toc ou en nymphe au fil) très chronophages, forcément limitées au niveau de l'amplitude de pêche et qui par définition, ne peuvent cibler véritablement les gros poissons, sont disons, les moins rentables. Evidemment, il est possible de prendre des grosses truites en dérive naturelle mais la réussite tient alors dans la parfaite connaissance de la rivière et dans la capacité du pêcheur à cibler les meilleurs postes... Globalement, s'il l'on souhaite pousser l'optimisation à son paroxysme, il vaudra mieux soit repérer préalablement le poisson (cas de la pêche à vue ou sur gobage), soit adopter une technique extensive, c'est-à-dire possédant une grande capacité de ratissage pour décupler ses chances de croiser un gros individu souvent dilué dans une masse d'eau importante : c'est le cas de la pêche aux leurres.  Nymphe à vue, mouche sèche et pêche aux leurres, voici les 3 techniques les plus porteuses pour la pêche des grosses truites. D'ailleurs, les chasseurs de tête les plus réputés en France sont statistiquement des adeptes de l'une de ces 3 techniques. 
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pêche fario
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En grands milieux, la recherche des trophées en dérive nécessite une parfaite connaissance des lieux...
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Matthieu Vieilhescazes
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... c'est le cas de Matthieu Vieilhescazes guide de pêche sur les rivières Ariège (09) et Aude (11)
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pêche grosses truites
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Dans ces milieux vastes et homogènes, la capacité de ratissage de la pêche aux leurres est appréciable !
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  • l'adéquation de l'offre avec le régime alimentaire des truites : la nourriture consommée par les gros poissons est très variable selon le milieu qui les abrite. Dans le cas où ils cohabitent avec des cyprinidés d'eaux vives, il est fréquent de constater que les plus gros salmonidés deviennent presque exclusivement ichtyophages et le fait de présenter une imitation de poissonnet est alors très rentable, voire dans certains cas, l'unique chance de les leurrer. Le plus souvent, les truites conservent un régime alimentaire assez diversifié et profitent de manière plus ponctuelle et opportuniste des différentes mannes de nourriture qui s'offrent à elles au cours de la saison. Il est alors très important de considérer les éclosions majoritaires qui surviennent sur votre lieu de pêche, notamment celles du printemps, période de l'année où la croissance des truites est maximale : est-ce que des March Brown ou des Baetidés éclosent en mars/avril ? y-a-t-il d'autres types de nourriture qui apparaissent un plus tard, par exemple est-ce que des gammares colonisent les bordures au mois de mai ? dans la torpeur estivale, des sedges font-ils bouger les gros poissons au coup du soir ? Voici quelques exemples de questions qui s'imposent avant de choisir l'outil à nouer au bout de votre bas de ligne. Lancer des poissons nageurs sur des truites énormes qui picorent des gammares en bordure est aussi contre productif que ligner méthodiquement de grandes veines d'eau en nymphe au fil à la fermeture alors qu'un signal vibratoire serait beaucoup plus rentable. A vous de vous adapter !
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Pierre Cast grosse truite pyrénées
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Notre auteur Pierre avec une zébrée de la Catalogne française (66) prise aux leurres, sa technique fétiche
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Le meilleur moment : 

Quand les grosses truites se nourrissent-elles le plus ? A ce propos, les scientifiques sont unanimes : la part la plus important de la croissance annuelle d'une truite fario survient au printemps et les plus gros individus n'échappent pas à la règle ! On prendra soin de considérer d'abord le type de milieu et ne pas suivre le calendrier à la lettre : 

  • En rivière de montagne de régime nival, le printemps correspond à la période qui s'étend de l'ouverture au début de la fonte des neiges (soit généralement de mars à mi-avril). C'est incontestablement, le meilleur moment pour prendre une grosse truite dans ce type de milieu. En effet, en pré-fonte des neiges, survient quasiment chaque année un phénomène très intéressant : les représentants du haut de la pyramide des âges usent de leur stature pour s'accaparer les meilleures veines nourricières On ne touche alors que peu de "petits" poissons ; le nombre de touches est assez faible mais ceux qui les produisent valent sacrément le détours !  En post-fonte des neiges, la situation change : l'ensemble de la population passe à table et il est alors plus hasardeux de toucher la toute grosse. Ce phénomène est moins marqué sur les portions aval à très faible densité (on ne peut pas parler de "population" à cet endroit) : vos chances sont bonnes tant que la température de l'eau reste compatible avec les exigences des salmo. Ainsi, on prendra soin de laisser tomber ces secteurs quand elle dépasse la vingtaine de degrés avant d'y revenir en fin de saison...
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pêche grosse truite
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La pré-fonte des neiges : le moment clé pour le traqueur de grosses truites en rivière de montagne
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  • En lac de montagne, la situation est contrastée et dépend étroitement de l'altitude qui conditionne la capacité de l'eau à "chauffer" plus ou moins en été : dans les lacs de plus faible altitude, disons moins de 1200m (type lac de Villefort), le bon moment correspond à l'inflation thermique qui survient de mars à avril/mai. Plus tard, l'eau est généralement trop chaude pour que les salmonidés y soient régulièrement actifs. A l'étage supérieur, disons au-delà de 1500m d'altitude, le gel hivernal concerne souvent les pièces d'eau. La bonne période est alors plus étalée (les amplitudes thermiques sont moindres que celles des lacs de basse montagne) et le critère technique (voir point suivant) rentre en jeu : dans le mois qui suit le dégel (mai, juin ou juillet selon l'altitude et l'exposition), les poissons sont agressifs et donc réceptifs aux leurres. Plus tard, les grosses truites restent actives mais deviennent plus sélectives et discrètes. La pêche à la mouche à vue est une excellente arme pour les capturer alors que les leurres perdent de leur efficacité.
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Grosse truite d'altitude prise aux leurres 3 semaines après la débacle
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  • Dans les rivières de régime pluvial ou pluvio-nival, la situation est assez simple : la période faste se situe lorsque la température de l'eau se rapproche progressivement de l'optimal thermique de la truite, à savoir 12°C (soit d'avril à juin environ). Plus tard, les conditions sont étroitement dépendantes des évolutions de la météo. Un été frais peut par exemple prolonger les bonnes conditions du printemps alors qu'une canicule va décupler la difficulté de la pêche et la rendre bien plus aléatoire.
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NM
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Grosse zébrée de la haute rivière Ain (39) prise aux leurres en mai par Nicolas Meynard
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La bonne période dépend aussi des spécificités de la technique de pêche choisie :

  • Cas de mouche sèche et de la nymphe à vue : les meilleures périodes pour le moucheur dépendent étroitement du type de rivière considérée ainsi que des éclosions qui rythment la saison de pêche. Quelques exemples fréquemment rencontrés en France : dans les grandes rivières de montagne des Alpes ou des Pyrénées, les éclosions de March Brown et Baetis en début de saison font vraiment bouger les gros poissons. En mai/juin, ce sont les mouches de mai qui les rendent vulnérables en plaine. Au même moment dans les rivières à gammares type rivière d'Ain, les pêcheurs en nymphe à vue sont à pied d'oeuvre pour attendre les mémères qui viennent se goinfrer de cette crevette sur les bordures. Pour vous rendre compte de l'impact du gammare sur les grosses truites, voici une splendide vidéo réalisée en Franche Comté par Nathan Schlumberger, lecteur de Truites & Cie : 
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  • Cas de la pêche aux leurres : en stimulant le réflexe d'agressivité de la truite, cette pêche trouve son apogée aux extrémités de la saisons. En effet, les truites sauvages de nos cours d'eau sont plus réceptives en tout début de saison (lorsqu'elles sont encore relativement naïves) et à l'approche de la fermeture, lorsqu'elles commencent à être travaillées par les hormones. De plus dans les milieux aval où l'eau chauffe considérablement en été (milieux à très faible densité de truite où la pêche aux leurres est particulièrement efficace), la fin de saison voit la température de l'eau repartir à la baisse, ce qui décuple la capturabilité des gros poissons.
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pêche grosse truite
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Le début de l'automne : excellente période pour le leurre en portion aval de rivière de montagne
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Ephéméride du pêcheur polyvalent de grosses truites françaises :  

Ceci étant dit, voici à quoi pourrait ressembler la saison de pêche du "parfait pêcheur de grosses truites" :

Mars/avril : de nombreuses options sont possibles mais c'est incontestablement LE moment pour prendre une grosse truite sur un portion aval d'une grande rivière de montagne de régime nival, sous réserve que la neige ne fonde pas. Toutes les techniques sont possibles.

Mai/juin : durant ces mois, les températures et conditions hydrologiques sont souvent très favorables dans les rivières calcaires de régime puvial ou pluvio-nival. Toutes les techniques sont possibles.

Juillet/août : durant les mois les plus chauds, il est toujours possible de prendre une grosse truite dans les milieux précédemment cités mais leur recherche devient plus technique et aléatoire. Pour les plus téméraires, il reste alors les lacs d'altitude décrits en début d'article. Programme optimisé : pêche aux leurres dans le mois qui suit le dégel puis pêche en sèche ou en nymphe à vue lorsque les insectes abondants rendent les truites sélectives.

Septembre/octobre : les conditions de pêche en fin de saison peuvent être extrêmement variables selon la météo de l'été passé, et notamment la survenue d'éventuels orages au mois d'août. La pêche peut alors être excellente comme plutôt mauvaise suivant le milieu considéré, c'est là que vos capacité d'adaptation et de réflexion doivent rentrer en jeu !

Suivre cette logique... ça fonctionne, comme nous le prouve le tableau de truites suivant, réalisé en 2019 par notre auteur et guide de pêche Jean-Michel Brunet sur des milieux très différents, à des périodes différentes et avec des techniques différentes. Jean-Michel est l'archétype du chasseur de tête qui fait preuve d'une capacité d'adaptation sans faille pour optimiser sa saison et prendre des grosses truites très régulièrement en France.

Sa série débute par une 61cm en Durance (rivière de montagne classique du massif alpin) prise en nymphe au fil lors d'une éclosion de March Brown en l'absence de gobages, peu de temps après l'ouverture.

Puis au mois de mai suivant, sur une fameuse rivière à gammares de l'est de la France, il a enchaîné avec une 69cm prise en nymphe à vue avec une imitation de ces petites crevettes.

Enfin en plein mois d'août, alors que la Durance était gonflée d'eau glaciaire et que la Basse Rivière d'Ain était trop chaude, il a récidivé en lac de montagne. Ayant remarqué que les grosses truites ne réagissaient plus aux signaux vibratoires des leurres, il s'est adapté en présentant un appât naturel quasiment en statique, pour miser sur le stimulus alimentaire... résultat... 71 cm !

En image, ça donne ça : 

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Jean Michel Brunet
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Jean-Michel Brunet avec une 61cm prise en mars en Durance (05)
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Jean-Michel Brunet
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Une 69cm de la Basse Rivière d'Ain (01) prise lors d'un festin de gammare
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Jean Michel Brunet
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Enorme fario d'altitude de 71cm prise en lac de montagne alpin (05)
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Pourquoi pêcher les grosses truites en France ?

Incontestablement, la France n'est pas le pays au monde qui contient le plus de grosses truites. Toutefois, est-ce une raison pour s'expatrier afin d'assouvir son rêve ? Rechercher ce graal dans notre pays est d'autant plus valorisant que l'entreprise est difficile. Les photos de cet article parlent d'elle même : si la France ne possède assurément pas les plus grosses truites au monde, ni les plus nombreuses, pour ce qui est de leur caractère, de leur diversité génétique, marque de nos souches à valeur patrimoniale, difficile de rivaliser ailleurs sur la planète. Les grosses truites françaises sont le reflet de la variété de nos milieux salmonicoles français et leur valeur ne se limite pas au chiffre affiché sur la toise.

De même, à une époque où tout pêcheur voyageur devrait considérer l'impact environnemental de ses expatriations, surtout si elles sont fréquentes, il est particulièrement gratifiant de se mettre en quête de ces individus... à domicile !

Certes, il faudra leur consacrer du temps, faire preuve de volonté et d'audace, car on le voit à la lecture de ces quelques lignes, la réussite tient dans des paramètres ténus, tous très variables et relatifs... le succès ou l'échec se joue parfois à quelques jours, quelques détails matériel près... mais lorsque l'épuisette pèse lourd, le sentiment de fierté n'en est que plus légitime !

Bonne traque des grosses truites françaises !

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grosse truite
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