Test : Hotfly LITECRAFT NYMPHMASTER 10'6 #3

Hotfly Nymphmaster

La boutique en ligne italienne 1000mouches nous présente en cette fin d'année 2024 une actualisation de sa gamme de cannes Hotfly. Au programme figurent 2 modèles classiques en 9' (#5 et #6) ainsi qu'un autre spécifiquement destiné à la pratique de la nymphe au fil moderne. Voici tout ce que vous devez savoir sur cette 10'6 #3 proposée à un prix inférieur à 300 euros :

Matériel

Litecraft Nymphmaster 10'6 #3

Marque
Hotfly
Série
Litecraft Nymphmaster
Longueur
10'6
Longueur réelle
321cm
Soie
#3
Brins
4
Poids réel
85.00g
Blank
Gris
Aspect
Poncé
Anneaux
13
Type
Monopatte
Premier anneau
24cm
Ligatures
Grises
Poignée
24x165mm
Forme
Half Wells
Porte moulinet
Aluminium gun métal
Serrage
Downlocking
Insert
Bois
Talon de combat
Liège
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Oui
Packaging
Tube cordura compartimenté
PME
190.00g
PTE
275.00g
IP
33
ERN
3.86
AA
65°
Prix à la date de sortie
289.00€
Texte

DISCUSSION DES MESURES :

Le protocole Common Cents System a permis de caractériser la puissance et l'action de cette canne :

PUISSANCE

En ce qui concerne la puissance, 33 cents ont été nécessaires pour plier cette 10'6 sur un tiers de sa longueur. Après conversion, cela donne un ERN à 3.86. La puissance est donc légèrement sous-estimée, c'est en réalité une #3/4.

ACTION

Avec un AA de 65°, l'action est moderate fast (AA compris entre 63 et 66°).

MONTAGE

Au niveau du montage, on retrouve les caractéristiques des cannes nymphe au fil modernes avec un porte-moulinet down-locking qui décuple l'équilibre de l'ensemble canne/moulinet, un anneau de départ situé à seulement 24cm de la poignée pour éviter la formation d'un ventre dans la soie lorsqu'on pêche canne haute, et des dimensions de poignée idéales pour l'utilisateur de moulinet semi-automatique. En effet, avec ses 165mm de long, ce format de poignée autorise le maintien de l'annulaire sur la gâchette du moulinet pour récupérer l'excédent de soie de manière très réactive, à tout moment. Cette configuration est suffisamment rare pour être signalée ! 

Côté finitions, cette Hotfly possède à la fois un accroche-mouche et des points d'alignement des brins. 

CONFORT 

Le confort de pêche est conforme à celui des autres références du marché dans cette gamme de prix : son PTE est une quinzaine de grammes supérieur à celui de la Guideline Elevation Nymph 10'6 #3, résultat logique compte tenu du fait que la Hotfly est un poil plus puissante. Un moulinet vide d'environ 160/170gr permettra d'atteindre l'équilibre parfait. 

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Hotfly
Texte

L'avis de la rédaction 

Cette nouvelle Hotfly vient se positionner dans le segment des cannes nymphe au fil polyvalentes à moins de 300euros où figurent déjà les Guideline Elevation Nymph 10'6 #3 et JMC Passion G2 10'6 #2/3.

Ces cannes ont en commun un couple longueur/puissance qui les rend très polyvalentes pour la pêche en nymphe au fil, ainsi qu'un montage adapté à cette pratique (la palme sur ce dernier point revient à la Hotfly compte tenu de la longueur "parfaite" de la poignée). Elles permettront de propulser efficacement un large panel de poids de nymphe. Le léger surplus de puissance de la Hotfly (un demi numéro de soie par rapport à ses 2 concurrentes) lui confèrera un avantage dans les pêches lourdes (billes tungstène de plus de 3.5mm). Logiquement, la marque a choisi une action moderate fast qui assure une courbe régulière lors des combats, sans aucun point dur, de façon à limiter au maximum casses et décroches. De plus, il faut garder à l'esprit qu'une canne un peu plus puissante gagne aussi en polyvalence lorsqu'il s'agit d'alterner nymphe au fil et sèche. Nous vous recommandons d'utiliser une soie de 4 pour les pêches en sèche à courtes et moyennes distances avec cette Hotfly. Même si ce n'est pas sa vocation première, elle fera parfaitement le job et vous dispensera de trimballer une seconde canne, au cas où une éclosion surviendrait.

A noter qu'elle bénéficie d'une garantie 36 mois contre les défauts de fabrication.

Texte

Liens utiles

Le protocole de test Truites & Cie

Comment choisir sa canne à nymphe

Les cannes Hotfly en ligne : 

1000mouches

Les Brochets du Cercle Polaire, part 1 : WILD LAKE LODGE

pêche brochet Suède

Mes deux premiers voyages en Suède pour y pêcher le brochet à la mouche avaient été de grande qualité (voir les récits ici). Ces deux dernières années, j’avais délaissé la destination pour des virées irlandaises ou ibériques mais les paysages du Nord commençaient à me manquer...

La Nature n’a en ces terres rien de bien sauvage (les forêts sont essentiellement cultivées en mono-espèce et les cours d’eau rarement libres de barrages), mais ces grandes étendues boisées, parsemées de lacs et de rivières, où il y a peu de signes de présence humaine, procurent un vrai sentiment de bien-être et de dépaysement. 

Cette fois-ci, je voulais aller le plus au Nord possible. Je voulais prospecter des zones où la période favorable pour l’alimentation des carnassiers est courte - induisant des comportements agressifs -, pouvoir pêcher un maximum en surface, cibler le début de saison pour trouver les poissons encore proches des bordures.

Le cahier des charges défini, je faisais le tour de mon réseau pour trouver la meilleure destination possible mais réalisais alors que je m’y prenais bien tard. Au début de l’hiver, tout était complet pour la saison suivante.

Le salut vient finalement d’Adrien, de l’agence DKD Läika, quand il m’appelle pour me dire que suite à une annulation, il y a 2 places libres au Wild Lake Lodge la semaine de l’ouverture du camp, début juin. En suivant, le Camp Juno qui accueille habituellement les pêcheurs à partir du début du mois de juillet, nous recevra dès la mi-juin.

Le programme semble parfait, il est en effet difficile d’aller plus au Nord et d’y être plus tôt dans la saison.

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C’est en compagnie de Jef, mon binôme depuis quelques années pour aller traquer les carnassiers à la mouche, que nous atterrissons à l’aéroport de Stockholm le 7 juin.

Il est possible d’arriver plus près des camps en atterrissant à Luleå, mais la correspondance n’est pas toujours pratique, le billet assez cher et la location de voiture plus simple à l’aéroport de la capitale.

Malgré notre arrivée tardive, nous prenons directement la route car le camp se trouve à 10 heures de voiture de l’aéroport. Jef, dont c’est le premier séjour nordique est impressionné par le calme qui règne à la sortie de l’aérogare. Les bus sont essentiellement électriques et la circulation bien fluide pour un aéroport international.

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pêche brochet Suède
Légende
Des paysages typiques du nord suédois dès les premiers kilomètres.
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Dès les premiers kilomètres, les paysages typiques du Nord de l’Europe nous entourent. C’est un défilé sans fin d’une alternance de forêts de conifères, de lacs et de rivières, parsemés de maisons de bois rouges, parfois jaunes pour les plus anciennes. C’est beau même si c’est assez monotone et on s’y sent bien. Nous arrivons au Wild Lake Lodge le lendemain de notre atterrissage, les 70 derniers kilomètres se font sur une large piste en terre bordée majoritairement d’étendues d’eau. On aurait envie de s’arrêter partout pour lancer nos streamers et nous sommes maintenant impatients de passer à l’action.   

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pêche brochet Suède
Légende
L’arrivée au WLL, un camp dédié à la pêche.
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Nous sommes chaleureusement accueillis par Andreas et Jonas. Andreas est italien et sourit tout le temps, il est guide de pêche et cuisinier professionnel, il gère le camp depuis 2020 (le camp existant depuis 2015). Jonas est quant à lui un jeune suisse francophone qui est venu pêcher l’année dernière comme client et est revenu cette année assister le boss.

Le camp est un vrai havre de paix. La piste qui y mène se termine en cul de sac quelques kilomètres plus loin. Il est situé au bord de l’immense lac Uddjaure et se compose de quelques petits bâtiments en bois. Il accueille uniquement 6 pêcheurs par séjour, hébergés dans 3 chalets différents.

Le camp se trouve à proximité immédiate du cercle polaire. Le dégel du lac s’est terminé il y a seulement 3 semaines. L’hiver les températures descendent sous les - 40°C et l’épaisseur de glace atteint un mètre. Pendant plusieurs semaines le soleil ne se couche plus. Nous sommes donc présents en ces lieux au début de la courte période où la flore et la faune explosent.

Place aux différentes options de pêche :

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pêche brochet Suède
Légende
La nature explose quand la saison est courte, les moustiques aussi…
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pêche brochet Suède
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Le chalet principal où sont pris les repas et le matériel à disposition des pêcheurs.
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Le grand lac en barque motorisée

L’immense lac devant le camp est le terrain de jeu favori des pêcheurs aux leurres. Ce gigantesque plan d’eau minéral abrite une très grande quantité de grands brochets et il est possible d’y capturer plusieurs métrés par sortie. Pour exploiter cette véritable mer intérieure il y a trois barques en alu (une par binôme), équipées de moteurs thermiques et électriques ainsi que de sondeurs GPS. La navigation demande une grande prudence car il y a peu de fond et des rochers partout. Il est possible également de prendre des journées guidées avec Andreas. Son bateau puissamment motorisé vous permettra de découvrir des secteurs plus éloignés du lac et la connaissance du terrain de votre guide fera souvent la différence.

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pêche brochet Suède
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Le point de départ pour les sessions sur le grand lac
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Les conditions étaient déstabilisantes au début pour nous, pêcheurs à la mouche, sur cet immense plan d’eau.

Il faut faire confiance aux indications d’Andréas sur les secteurs à prospecter car ce lac minéral n’abrite que très peu d’herbiers. Mais les poissons sont bien là, proches du bord, et ils sont de belle taille. Dès les premiers lancers, nous faisons bouger quelques gros spécimens et rapidement nous attrapons nos premiers brochets.

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pêche brochet Suède
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Des brochets à la robe magnifique
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Une autre difficulté à gérer pour nous est le vent. Jef, après m’avoir harponné sur le sommet de la tête, à travers capuche et casquette, se plante profondément un streamer dans la main. Les ardillons n’ayant pas été écrasés par mon partenaire, il faut faire traverser la pointe de l’hameçon afin de la couper pour pouvoir extraire le leurre. Je pense qu’après ce magnifique doublé, il n’oubliera plus de supprimer l’ardillon.

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pêche brochet Suède
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Mon partenaire était pourtant averti, il faut enlever l’ardillon !
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Peu habitués au maniement des moteurs électriques, gênés par le vent et déstabilisés par un environnement si immense et dépourvu d’herbiers, nous avons du mal à trouver la pêche.

Pourtant, le potentiel de ce plan d’eau semble énorme. Nous partageons le camp avec 4 pêcheurs aux leurres hongrois qui sont des habitués des lieux. Ils attrapent de nombreux poissons chaque jour dont plusieurs métrés. Ils pêchent parfois à la traine pour prospecter de plus grandes étendues d’eau et si cette technique n’est pas la plus sexy, elle est un bon révélateur de la grande densité en gros poissons du plan d’eau.

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pêche brochet Suède
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Les barques alu, parfaitement équipées pour le grand lac
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pêche brochet Suede
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Le Bass Boat d’Andréas pour les journées guidées
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Nous consacrons au total 2 journées à la prospection en barque du grand lac avec des résultats assez moyens. Toutefois, avec 5 ou 6 poissons par jour et par pêcheur et une taille moyenne autour de 80cm, il y a de quoi satisfaire largement un pêcheur aux habitudes hexagonales. Mais j’ai le sentiment, avec un peu de recul et vu les résultats de la suite de notre séjour que l’on pouvait faire mieux.

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pêche brochet Suede
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Les cailloux sont partout et rendent la navigation difficile
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J’ai hâte de retourner sur ce magnifique plan d’eau pour y tester quelques théories qui tournent maintenant dans ma tête.

L’une d’elle serait de profiter de la bonne motorisation des barques pour changer rapidement et souvent de secteurs de prospection lorsqu’on ne déclenche pas d’attaque après un certain temps. Je sais que c’est ce que font les guides sur les très grands milieux (comme le Grand Lac des Esclaves au Canada) car ils savent par expérience que plusieurs baies successives peuvent être improductives, alors que la suivante peut permettre de prendre une dizaine de poissons.

Une autre option qu’il me tarde de tester serait de pêcher essentiellement avec des mouches de surface. Je l’ai peu fait, plus habitué à utiliser cette technique dans et à proximité des herbiers mais les quelques moments consacrés à cette option auront été finalement les plus fructueux. Il y a peu de fond, les poissons se tiennent à l’abris des regards le long des blocs de roches et un streamer qui pousse de l’eau en surface peut les faire venir de loin. Je ne suis pas près d’oublier cet énorme poisson qui, alors que mon streamer flottait immobile à moins d’un mètre de la barque pendant que je me débattais avec la commande du moteur électrique pour éviter les blocs de roche dans le vent, est venu happer mon leurre dans une explosion d’eau m’arrachant quasiment la canne des mains. Au final, ne pouvant avec une seule main, rendre de la ligne, il coupera la boucle de ma soie qui devait être déjà endommagée. Quelle violence et quel souvenir…

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pêche brochet Suede
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Pause casse-croute sur une des innombrables iles
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Les petits plans d’eau en Float Tube

Voila un domaine où nous nous sentons beaucoup plus à l’aise avec mon partenaire.

Lors des briefings matinaux avec Andreas et Jonas, nous ciblons quelques petits lacs à prospecter dans un même secteur. Notre hôte italien en connait un bon nombre dans la région et avec son acolyte suisse, ils ont testé de nombreux plans d’eau les jours qui ont précédé notre arrivée. Nous voilà partis, point Google Maps dans le téléphone et objets flottants dans le coffre.

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Changement d’objet flottant et de plan d’eau
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pêche brochet Suede
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Plusieurs fois, l’accès se fait par des petits cours d’eaux qui coupent la piste avant de rejoindre les lacs ciblés. Très vite nous ne voyons plus aucune trace humaine et avons l’impression d’être seuls au monde. En général, il y a peu de fond et l’eau est claire. Nous retrouvons notre pêche de prédilection avec des montages anti-herbes qui nous permettent de rentrer dans la végétation aquatique. Quel plaisir de voir les poissons attaquer en subsurface ou de voir une vague se former derrière nos leurres flottants, prédisant une attaque violente.

Les prises sont assez nombreuses et si la taille moyenne est plus modeste que dans le grand lac, nous prenons régulièrement des poissons de plus de 90 cm.

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pêche brochet Suede
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Attaque à vue pour ce poisson massif
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Même ici, très au Nord en Laponie suédoise, la pêche du brochet reste la pêche du brochet, poisson lunatique s’il en est !

Il faut savoir profiter des périodes d’activité car, par moment, nous avons l’impression que les poissons ont déserté les plans d’eau. Un jour, nous faisons bredouille successivement sur 3 petits lacs, à l’exception de 2 petits poissons décrochés. Pourtant, en ces mêmes lieux, Jonas a pris de nombreux brochets en pêchant rapidement du bord la semaine précédant notre arrivée. Il est à noter que ce jour-là, les pêcheurs aux leurres hongrois ont également des résultats bien faibles sur le grand lac.

Mais il y a toujours une solution de repli et c’est ce même jour que Jef prendra son premier métré lapon.

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pêche brochet Suede
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La pêche en Neptun Boat

C’est une péripétie de voyage qui nous amènera à tester cette option.

A la suite d’une confusion lors de la récupération des sacs à l’aéroport, mon partenaire se retrouve avec un sac rempli de vêtements et d’accessoires pour la voile. Il lui faudra 6 jours pour récupérer son bagage et son précieux matériel. Heureusement, j’ai de quoi équiper facilement 2 pêcheurs en cannes, moulinets, soies, streamers etc… mais le wader de dépannage gentiment fourni par Andréas n’est pas du tout étanche. Nous ne l’avons pas vraiment constaté lors des journées en bateau mais la première journée en Float tube aura révélé une fuite importante et le froid est difficilement supportable en fin de journée.

De ce fait, Andréas propose à Jef d’utiliser gracieusement un Neptun Boat (Ils sont normalement à louer en option) le temps de récupérer son sac et son wader.

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Transport du Neptun Boat sur le toit de notre voiture.
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Facile à transporter sur le toit d’une voiture, il est équipé d’un moteur électrique et une grande glacière sert d’assisse. C’est la pêche grand confort et avec une bien plus grande autonomie. Je continue pour ma part d’utiliser le petit engin flottant.

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pêche brochet Suede
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Un bel outil, mais attention à la prise au vent
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Après une matinée peu prolifique sur un premier lac, nous basculons nos embarcations sur le plan d’eau voisin alors que le vent se lève.

Est-ce le changement de météo qui déclenche l’activité ? Quoiqu’il en soit, je prends rapidement une petite dizaine de brochets de belles tailles en prospectant les bordures.

De son côté, mon partenaire n’a pas de touche. La prise au vent de son embarcation et l’impossibilité de manœuvrer le moteur électrique tout en lançant l’empêchent de prospecter le raz des berges et à priori c’est là que ça se joue.

Par contre, je découvre les joies du remorquage quand nous décidons de changer de berge et qu’il faut se déplacer de 2 bons kilomètres face au vent.

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pêche brochet Suede
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Mise à l’eau du Neptun dans un petit cours d’eau pour accéder à un grand lac
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Pour notre deuxième journée en tandem Neptun/Float, Jef commence par se confectionner une ancre avec une sangle de transport et un petit bloc de roche. Cela change tout. Il peut maintenant immobiliser son embarcation à proximité des herbiers ou de la berge.

Nous sommes sur un grand lac et après avoir prospecté une rive avec peu de succès, nous profitons de la motorisation et du remorquage pour traverser ce lac tout en longueur.

Encore une fois, les indications de nos hôtes sont précieuses car nous pêchons maintenant une zone peu profonde avec des prêles. J’ai pu constater lors de mes précédents séjours en Laponie que ces herbes aquatiques sont de vrais aimants à brochets et le royaume de la pêche en surface. Dès les tous premiers lancers, mon imitation de souris se fait violement aspirer par un poisson de belle taille. Pendant les heures qui suivent, les touches se succèdent rapidement pour des actions spectaculaires et la taille moyenne des prises est vraiment élevée.

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pêche brochet Suede
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Un magnifique poisson, attrapé loin de notre mise à l’eau grâce à l’autonomie du Neptun
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pêche brochet Suede
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Les premières attaques en surface
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Jef est maintenant aux anges. Ayant également noué une imitation de souris au bout de sa ligne, à bord de son embarcation maintenue en place par son ancre de fortune, il enchaine lui aussi les touches spectaculaires. La position debout autorisée par le Neptun lui permet de voir les poissons arriver avant leurs attaques ce qui rend la pêche encore plus ludique.

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pêche brochet Suede
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Des poissons qui ont une sacrée gueule !
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Ce sera finalement une après-midi mémorable avec un nombre conséquent de brochets de belles tailles agrémentée de jolies perches qui succombent elles aussi aux streamers de surface. Exactement ce que nous sommes venus chercher sous ces latitudes et à cette saison !

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pêche brochet Suede
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De jolies perches pour varier les plaisirs
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Nous avons pu juger des qualités du Neptun mais aussi de ses limites. La qualité principale est bien sûr une autonomie beaucoup plus grande qu’avec un Float Tube, d’autant que les batteries étaient à peine utilisées au quart de leur capacité à la fin de nos sessions. Le fait de pouvoir lancer debout peut aussi être perçu comme un avantage mais permet surtout une meilleure visibilité des actions. Il faut par contre intégrer une prise au vent forte et la nécessité de s’ancrer. Il me parait enfin utopique de vouloir pêcher à deux, à la mouche, simultanément.

Nos partenaires hongrois ont lors de ce séjour prospecté un grand lac à 4 et avec 2 embarcations. Ils ont pour ce faire, pêché en alternance pendant que l’un d’eux manœuvrait le moteur électrique. Il est à noter que si vous désirez partir avec les deux Neptun, Andreas les transporte avec une remorque et revient les chercher à la fin de la journée.

 

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Séance de remorquage pour une plus grande autonomie.
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Le wading en rivière

Il y a plusieurs rivières dans les environs du camp qui abritent de solides populations de brochets mais nous n’y avons pas consacré une journée pleine. 6 jours, ça passe tellement vite !

Cependant, nous avions remarqué le jour de notre arrivée un cours d’eau qui se jette dans l’immense lac à quelques kilomètres du camp. En passant sur le pont je n’avais pu m’empêcher de dire : « ici, ça pue le broc !!! ».

Nous avons donc décidé de tester du bord quelques centaines de mètres de berges sur le chemin du retour d’une journée bien difficile. Nous y trouvons des poissons actifs et Jef y capture son premier métré avec une attaque à vue qu’il n’est pas près d’oublier. 

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pêche brochet Suede
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Pêche du bord en rivière pour le premier métré suédois de Jef
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Au final, nous nous arrêtons 3 fois en fin de journée pour de courtes sessions le long de cette rivière et y trouvons toujours un peu d’activité.

Ce cours d’eau offre un linéaire assez court entre 2 lacs mais il y a d’autres rivières dans le secteur qui peuvent valoir une prospection plus longue en demandant conseil à Andréas.

La pêche en wader du bord sur de tels cours d’eau est particulièrement agréable, rappelant la pêche de la truite au streamer mais avec les attaques toujours aussi violentes des brochets et des défenses augmentées par la force du courant.

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pêche brochet Suede
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Jonas qui traque les ombres en sèche sous le soleil de minuit, depuis les barques amarrées.
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pêche brochet Suede
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Andréas et Jonas pour le traditionnel bbq du dernier soir avec côtelettes de rennes.
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pêche brochet Suede
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Une des spécialités de notre cuisinier italien : le Risotto aux chanterelles.
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Après une semaine aussi réussie, il est difficile de quitter le camp et nos hôtes avec lesquels nous avons tissé de vrais liens. Andréas gère magnifiquement le site dans une bonne humeur permanente et nous aura régalés de quelques spécialités italiennes ou autres.

Jonas est lui d’une gentillesse incroyable, toujours disponible et trouvant des solutions à chacune de nos requêtes.

Parfois difficile, la pêche aura finalement été de très grande qualité dans un environnement grandiose et peu fréquenté.

Mais de nouvelles aventures nous attendent à une journée de voiture de là, encore plus au nord et nous sommes bien impatients de découvrir de nouveaux territoires...

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pêche brochet Suede
Texte

Contact :

Adrien De Villeneuve

DHD Laïka

06 50 77 82 34

Test : Soldarini Hydropsyche Tournament 11' #3

Soldarini Tournament

L'observation de la scène des compétitions mouche internationales est un excellent moyen de se tenir informé des nouveautés nymphe au fil incontournables. En effet, l'optimisation matérielle est indispensable pour performer dans ce type d'épreuve. Ainsi, les regards attentifs auront noté que de nombreux compétiteurs ont utilisé la Soldarini Tournament 11' soie de 3 lors du dernier championnat du monde en France. Voici les détails de ce modèle : 

Matériel

Soldarini Hydropsyche Tournament 11' #3

Marque
Soldarini
Série
Hydropsyche Tournament
Pays de fabrication
Corée
Longueur
11'
Longueur réelle
334cm
Soie
#3
Brins
4
Poids réel
87.00g
Blank
Gris
Aspect
Spiralé
Anneaux
12
Type
Monopatte
Marque
REC
Premier anneau
24cm
Ligatures
Noires
Poignée
26x175mm
Forme
Half Wells
Porte moulinet
Aluminium noir
Serrage
Downlocking
Insert
Carbone
Talon de combat
Oui
Talon de combat
Liège
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Non
Packaging
Tube cordura compartimenté
PME
160.00g
PTE
247.00g
IP
27
ERN
2.97
AA
64°
Prix à la date de sortie
669.00€
Texte

DISCUSSION DES MESURES :

Le protocole Common Cents System a permis de caractériser la puissance et l'action de cette canne :

PUISSANCE

En ce qui concerne la puissance, 27 cents ont été nécessaires pour plier cette 11' sur un tiers de sa longueur. Après conversion, cela donne un ERN à 2.97. La puissance est donc légèrement surestimée, c'est en réalité une #2/3.

ACTION

Avec un AA de 64°, l'action est moderate fast (AA compris entre 63 et 66°).

MONTAGE

Au niveau du montage, on retrouve les caractéristiques des cannes nymphe au fil modernes avec un porte-moulinet down-locking qui décuple l'équilibre, un anneau de départ situé à seulement 24cm de la poignée pour éviter la formation d'un ventre dans la soie, et des anneaux ultra-light Recoil.

Côté finitions, cette Soldarini possède un accroche-mouche mais pas de point d'alignement des brins. 

CONFORT 

Niveau confort de pêche, cette Tournament est à la hauteur de son rang : elle partage par exemple le même PTE que la Vision XO Graphene 10'8 soie 3 alors qu'elle mesure 10cm de plus. Un moulinet vide d'environ 140/150gr suffira à l'équilibrer.

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Soldarini Tournament
Texte

L'avis de la rédaction

Avec son combo puissance #2/3 / action moderate fast, on comprend aisément son succès auprès des compétiteurs : le blank présente une courbe harmonieuse qui limitera casses et décroches. Ce modèle très typé "pêche de compétition" se destine donc principalement aux approches fines en moyens et grands cours d'eau où il sera possible de descendre en 10/100 voire moins en pointe. Cette Soldarini propulsera efficacement des nymphes à billes de 2.4 à 3.5mm (lancer des poids supérieurs reste possible mais ce n'est pas vraiment son domaine de prédilection) à la recherche de nos truites et ombres de taille standard.

Côté montage c'est également un sans faute, même si certains regretteront la longueur un poil trop importante de la poignée pour utiliser un moulinet semi-auto de manière optimale ainsi qu'une distance premier/deuxième anneau également trop grande, offrant un peu de prise en cas de fort vent latéral si l'on pêche avec de la soie (Ok... on chipote un peu!).

Reste le prix, prohibitif pour bon nombre d'entre nous, mais qui assure dans ce cas précis l'accession à un produit de qualité très abouti ! 

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Les truites de la Noguera Pallaresa, en Catalogne espagnole

noguera

A l'ouest de la Catalogne ibérique coule une rivière devenue mythique dans la confrérie des disciples de Saint Pierre. Très prisée par les pêcheurs au toc français dans les années 80 et 90, la Noguera Pallaresa est aujourd'hui rentrée au panthéon des moucheurs, qu'ils soient armés d'une classique 9' #5, d'une longue 11' #3, ou même d'une canne toc type anglaise. Et pour cause, on y rencontre encore des truites méditerranéennes nombreuses, belles, combatives et parfois... très grosses! Que demander de plus ?

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Un fonctionnement original

La Noguera Pallaresa prend sa source au Pla de Beret dans le Val d'Aran, tout près de la fameuse station de ski de Baqueira Beret, au niveau de la ligne de partage des eaux entre Atlantique et Méditerranée. La Noguera part vers l'est pour rentrer dans le Val d'Aneu alors que la Garonne (leurs 2 sources sont situées à quelques centaines de mètres l'une de l'autre !) met le cap à l'ouest et reste dans le Val d'Aran. Au programme donc, des truites de souche méditerranéenne pour la première citée et de souche atlantique pour la deuxième.

Entourée de sommets culminants à plus de 2500m d'altitude, la Noguera Pallaresa est une rivière typique du massif pyrénéen dotée d'un régime nival (tendant à se transformer en régime pluvio-nival avec le changement climatique en cours) qui n'échappe pas aux aménagements hydro-électriques modernes. Toutefois, son bassin versant est assez épargné de l'agriculture intensive, l'essentiel des revenus locaux étant générés par le tourisme et notamment les sports d'eau vive.

Nous nous intéresserons dans cet article aux 80 premiers kilomètres du cours de la Noguera Pallaresa, classés Salmonids (équivalent de notre première catégorie française), de sa source à la Pobla de Segur, où elle rentre dans le barrage de Sant Antoni. Son débit augmente progressivement tout au long de sa progression, à mesure qu'elle reçoit les eaux de nombreux affluents (dont le Riu de la Bonaiga, le Cardos, le Riu de Sant Antoni...etc).

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Noguera Pallaresa
Texte

A partir de la retenue de la Torrassa (classée coto intensivo, ce lac est donc régulièrement empoissonné en truites portion) sur la commune de la Guingueta d'Aneu, le débit de la Noguera est fortement influencé par les lâchers de la centrale d'Espot, qui pérennisent les activités nautiques omniprésentes dans la vallée. Ainsi sur les parcours situés à l'aval de la Guingueta, il faudra prendre en compte l'arrivée d'une véritable vague qui décuple le débit sur son passage (il passe de 5 à 25m3 environ en été) vers 11h à Llavorsi et 13h à Sort (plus tard en aval, l'eau se déplaçant à la vitesse d'environ 6/7 km/h). Attention à bien choisir la berge que vous pêchez au moment de la hausse de niveau, certains se souviennent encore d'une marche forcée de plusieurs kilomètres en plein cagnard jusqu'au premier pont pour rejoindre la voiture rive opposée...

La baisse de débit intervient au moment du coup du soir, vers 18h à Sort. A noter que ces horaires sont indicatifs et peuvent considérablement varier, à vous d'être attentif lors de votre première journée de pêche afin de vous organiser en conséquence pour les suivantes.

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Noguera Pallaresa
Légende
Si la hausse du débit ne contrarie pas l'activité des poissons, elle vous empêchera par contre de traverser !
Texte

Une réglementation typique de la pêche en Espagne

Si vous découvrez via cet article la pêche de la truite en Catalogne, vous pouvez consulter notre papier introductif qui résume les particularités de la réglementation espagnole. A ce propos, on distingue 2 sections sur la partie salmonids de la Noguera Pallaresa, dotées de périodes d'ouverture différentes :

  • la Noguera "basse montagne" de la confluence avec le rio de Santa Magdalena (située entre Rialp et Llavorsi) en limite amont à la Pobla de Segur en aval, praticable de mars à octobre,
  • la Noguera "haute montagne" en amont de la confluence avec le rio de Santa Magdalena, praticable de mai à octobre.

Au sein de ces 2 sections se succèdent des parcours aux réglementations variés, à savoir des parcours libres no-kill (ces lliure sense mort sont accessibles avec la seule licence de pêche) et des parcours dit "cotos" nécessitant un permis journalier (ces cotos peuvent être en no-kill ou pas). Sur les cotos où il est possible de conserver le poisson, la période d'ouverture est réduite pour la pêche avec prélèvement et se termine fin août.

Globalement, retenez que la réglementation d'un parcours influence peu la qualité de la pêche ; le nombre de touches dépend essentiellement de l'habitat présent et du débit au moment où l'on pêche, certaines portions s'accommodant mieux que d'autres des niveaux importants en milieu de journée.

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Des truites qui ne manquent pas d'habitat !
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La sèche, technique reine sur l'amont

Dans cet article nous avons pris le parti de diviser le cours de la Noguera Pallaresa non pas sur la base d'aspects réglementaires, mais plutôt selon des caractéristiques de pente et de débit qui conditionnent la façon d'aborder la rivière canne en main. Ainsi, nous nommerons "partie amont" la section à l'écoulement naturel située entre la source et l'entrée dans la retenue de la Guingueta d'Aneu. A ce niveau, la rivière mesure autour de 5m de large et comblera les adeptes des cours d'eau petits à moyens, aux masses d'eau modérées (moins de 5m3 en été).

Cette partie amont du Val d'Aneu comprend :

  • un immense plateau herbeux (compris entre la source et le refuge del Fornet, juste à l'amont d'Alos d'Isil) où vous croiserez du bétail en liberté : marqué par une pente faible et des courants plutôt lents, ce secteur est très prisé par les aficionados de la pêche en sèche. Il est accessible par une piste assez carrossable qui longe la rivière. Attention cette piste est fermée de juin à septembre, il faudra marcher pour rejoindre ce secteur en été! Les poissons sont nombreux et volontiers gobeurs (retenez que cette caractéristique est valable quelle que soit la zone que vous choisirez sur la Noguera : taper l'eau en sèche, à condition que les débits soient corrects, vous rapportera systématiquement des truites, et pas que des petites!). Prévoir des modèles de sèches génériques mais aussi quelques uns plus spécifiques pour les moments où les poissons se montrent sélectifs. Nous vous renvoyons à l'article de Christian Guimonnet sur les mouches d'été à utiliser dans les Pyrénées.
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La Pallaresa sur le plateau
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Les truites de la partie amont sont modestes en taille mais des plus chatoyantes
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  • un long linéaire plus rapide et caillouteux entre Alos d'Isil à l'amont et la Guingetta à l'aval : large d'une petite dizaine de mètres et plutôt encaissé sur la partie amont, ce secteur permet de pratiquer toutes les techniques de pêche à la mouche façon eaux rapides, que ce soit en sèche ou sous l'eau. Si vous appréciez les rivières à blocs aux postes multiples et les accès sportifs, cette section est faite pour vous !
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La Noguera dans les gorges, près d'Isil, un paradis pour le pêche à la mouche façon eaux rapides
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Notre conseil pour bien aborder la partie amont : la fin de la fonte des neiges (mai à juillet suivant les années) est le meilleur moment pour bénéficier de qualités pêchantes optimales et de poissons très capturables sur la Noguera amont. Plus tard en plein été et en fin de saison, il faudra affiner la pêche pour continuer de réussir!

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Les parcours de la Noguera "haute montagne" en amont du Riu Santa Magdalena
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Sur l'aval, du lourd en tungstène... mais pas que !

En aval de la retenue de la Guingueta d'Aneu, le débit de la Noguera est régulé mais augmente considérablement par rapport à la partie amont, en particulier à cause des affluents qu'elle reçoit (dont le Cardos au niveau de Llavorsi). Après la fin de la fonte des neiges, il varie de 5 à 25m3/s selon le moment de la journée. A mesure que l'été avance et que la fermeture d'octobre approche, le débit minimal présent à la pointe du jour a tendance à baisser (hors période d'orages d'automne), ce qui rend la pêche de plus en plus fine.

La pente de son côté, diminue progressivement, tout comme la granulométrie. Ainsi, à l'aval de Rialp, la rivière alterne entre plat, large veine de courant et rares sections à blocs plus resserrées. A ce niveau, la pêche en nymphe au fil moderne devient reine. Compte tenu de la masse d'eau importante, l'utilisation de cannes longues (11' et plus), voire carrément de cannes anglaises, est à privilégier. Elles faciliteront la prospection de certaines veines éloignées et décupleront votre capacité à pêcher creux. La Noguera est une excellente école de pêche en nymphe au fil, car les postes qu'elle offre sont très variés.

Lors des épisodes quotidiens de lâchers de barrage, l'eau se teinte légèrement et les poissons ont tendance à rejoindre les bordures plus calmes. Au contraire, en marge de ces lâchers, les truites sont réparties de manière plus homogène. Prévoir un large panel de tailles de nymphes tungstène, de la 2.4mm au javi 1gr pour les veines les plus fortes. Pour ce qui est des modèles, il faudra tester différents signaux (en matière de brillance, de tag et de volume de corps) et couleurs de bille car les préférences des truites varient sacrément en fonction des conditions (la pêche change totalement entre le début d'été et la fin de saison, également au cours d'une même journée, selon les variations de débits).

Si la pêche à la nymphe en tungstène a fait la réputation de ces secteurs, d'autres approches restent porteuses à condition de bien choisir son parcours (seul un repérage préalable ou l'observation de photos aériennes pourront vous aider à dénicher les zones ralenties, si vous vous rendez sur les lieux pour la première fois). Ainsi, la pêche en sèche et la nymphe à vue sont bien plus de que simples pis-allers et peuvent se révéler très plaisantes sur la Noguera. Il est d'ailleurs judicieux de se démarquer des autres pêcheurs en opérant ainsi, les Espagnols et la plupart des Français restant assez focalisés sur la prospection des veines au fil... vous serez souvent seuls à scruter les bordures ou guetter les gobages en fin de plat !

En été, lors des fortes chaleurs, les truites ne gobent qu'aux extrémités de la journée, parfois à la limite de l'heure légale vespérale! Le parcours urbain du kayak de Sort est un excellent moyen de terminer la journée sans arriver trop tard pour les tapas. Les gobages y sont fréquents et il est possible d'attaquer pas mal de truites à vue sur les bordures (y compris en milieu de journée par fort débit).

Précision de taille qui s'apparente même à une mise en garde : une bonne condition physique est nécessaire pour s'attaquer à ces secteurs, même en dehors des périodes de lâchers. La Noguera Pallaresa est une rivière puissante et éprouvante, bâton de wading obligatoire pour les moins toniques. 

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Le matin avant le lâcher de barrage, la pêche peut se révéler très fine, notamment en fin de saison
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Sur les plats en aval de Sort, les gobages sont fréquents
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Petite astuce pour bien aborder l'aval : si le lâcher de barrage semble entacher les conditions de pêche (il arrive que l'eau soit vraiment teintée à ce moment de la journée), il n'est pas du tout préjudiciable à l'activité des poissons, bien au contraire ! En effet, c'est un moment souvent choisi par les truites pour rentrer dans une véritable frénésie alimentaire, alors que la rivière cristalline et basse semblait vide au coup du matin ! Evidemment, pêcher dans une eau forte et piquée n'est pas ce qu'il y a de plus agréable et vous pouvez très bien profiter du créneau de milieu de journée pour vous restaurer en vue de profiter de la fraîcheur du coup du soir, ou vous rabattre sur les affluents dont le Cardos tout proche qui offre de belles perspectives (en sèche et nymphe à vue notamment).

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Des truites dont on se souvient !
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Les parcours de la Noguera "basse montagne" du Riu Santa Magdalena à la Pobla de Segur
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Celle-ci gobait dans l'eau piquée du lâcher en fin d'après-midi !
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Un paradis au succès grandissant

Plusieurs observations frappent le pêcheur français qui découvre les lieux et en premier lieu, pour le pêcheur à la mouche naturaliste, la quantité et la diversité d'insectes présents ! Malgré les nombreux aménagements hydro-électriques qui se succèdent sur son cours, la Noguera renferme une biomasse absolument incroyable. Lors de vos parties de pêches estivales, vous ne manquerez pas d'observer des quantités phénoménales de fourmis ailées, baetidae estivaux, pléco et sedges ! Est-ce la quantité de nourriture qui explique la productivité de la rivière? Possible, d'autant que cette manne de nourriture est couplée à un habitat important. Les cailloux sont nombreux, de tailles variées et les zones refuges profondes omniprésentes sur la partie à l'aval de Llavorsi.

Il en résulte un cheptel salmonicole assez bluffant, tant sur le plan quantitatif que qualitatif (nous sommes loin des truites domestiques des intensivos voisins comme ceux d'Alfarras ou Oliana qui ont fait la renommée de la pêche en Espagne). De fait, la Noguera Pallaresa est classée "réserve génétique" par les services de l'environnement catalans. Tout déversement piscicole est interdit pour préserver la souche locale, mais il semblerait toutefois que du soutien de population avec les truites des canaux adjacents soit réalisé.

Quoiqu'il en soit, les truites de la Noguera Pallaresa sont typées (avis aux amateurs de méditerranéennes!), nombreuses et plutôt grosses. A propos de la taille justement, au risque de briser quelques rêves (car les légendes et la tendance à idéaliser arrivent vite en présence d'un coin de pêche si prometteur), si vous êtes obnubilés par les poissons de plus de 50cm, la Noguera Pallaresa n'est sans doute pas la meilleure option de Catalogne! En effet, c'est surtout la taille moyenne du cheptel qui est frappante, avec une quantité astronomique de poissons entre 25 et 35cm, les "jolies courantes" étant des 40/45cm. Ces truites vendent chèrement leur peau, attention à la force de fer de vos hameçons, ça déménage au bout de la canne !

Compte tenu de la taille moyenne des individus et de la possibilité de ferrer des truites de plus de 45cm, ne descendez pas trop en diamètre de pointe (seulement en présence d'un étiage marqué et de poissons particulièrement circonspects, comme cela arrive parfois en fin de saison). Le 12.8/100 est une bonne base de départ. Si la pêche est relativement aisée, n'hésitez pas à monter en 14.8 voire plus, pour assurer le coup. Si ça se durcit, un 11.7 de qualité est indispensable, sous peine de perdre beaucoup de poissons. 

En plus de tous ces attributs alléchants, les truites de la Noguera demeurent étonnamment capturables (leur propension à avoir "le nez en l'air' en atteste).

Ces dernières années, la surfréquentation de la rivière par les pêcheurs et guides français fut notable. Il faudra donc souvent composer avec de nombreux confrères. N'oubliez donc pas, ici encore plus qu'ailleurs, de vous plier aux règles de courtoisie d'usage. Nous pêcheurs français, sommes des invités lorsqu'on se rend en Catalogne. Ne prenez pas cette chance pour un dû. Dans la mesure du possible, il est opportun de privilégier les services des guides ibériques locaux, dont ceux mis à disposition par l'entreprise Hookuna. Voici quelques images de la pêche dans le Vall d'Aneu en compagnie de cette équipe de passionnés : 

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Chez Truites & Cie, on aime la pêche mais aussi les dégustations espagnoles d'après pêche. Voici deux adresses sélectionnées par nos soins où vous mangerez bien à des prix corrects (la vallée en comporte une multitude mais ces deux là, on les a déjà écumées !) :

  • le Can Mariano à Baro : dans ce petit hôtel restaurant familial, les planches de charcuterie/fromage servies au déjeuner sont gargantuesques !
  • Le Cafe Pessets à Sort : certainement les tapas parmi les plus qualitatifs du coin... un poil plus cher que les autres adresses, mais la qualité est là ! Idéal après le coup du soir à Sort en centre ville !
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Voyages de pêche autoguidés / guidés en Catalogne

Si vous souhaitez découvrir les meilleurs parcours de pêche à la mouche en Catalogne, Pêche Mouche Espagne (https://pechemoucheespagne.fr/) propose des voyages de pêche autoguidés/guidés, avec conseils quotidiens, gestion des permis et hébergement.

Et si vous souhaitez compléter votre expérience en Catalogne par un séjour en Aragon, Pêche Mouche Espagne organise également des voyages dans cette province, incluant la gestion des licences et des permis nécessaires. Tout est proposé de manière simple, organisée et en Français!

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Pascal Artieda de Mar Y Bosques, quand la pêche mène au militantisme

Pacal Artieda

Au mois de janvier, je rendais visite à mon ami Pascal sur ses terres panaméennes. Je voulais voir un an et demi après ma précédente visite, l’évolution de son projet de reforestation. L’occasion d’échanger longuement sur l’état de notre planète, l’accélération de la destruction de la biodiversité et les différentes possibilités d’agir individuellement pour ne pas rester spectateur d’une catastrophe en marche accélérée. Son engagement est un exemple qui pourrait inspirer de nombreuses personnes dans une période où l’éco-anxiété grandit et la recherche de sens devient urgente pour nombre d’entre nous.

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Bonjour Pascal, pour la deuxième fois, je viens te rendre visite à Tembladera (Panama). Peux-tu nous expliquer, brièvement car nous y reviendrons en détails, pourquoi nous sommes ici et qu’est ce qui se joue en ce lieu ?

Bonjour Éric, c’est toujours un plaisir de te recevoir. Nous sommes ici dans un lieu très spécial, d’un côté nous avons l’océan Pacifique panaméen et de l’autre, le Parc National de Cerro Hoya, avec sa forêt primaire et son ancien volcan à 1600m d’altitude. C’est le point de rencontre entre deux milieux encore très riches en biodiversité, très différents puisque l’un est marin et l’autre forestier, mais intimement liés quant à leur fonctionnement.

C’est également la région la plus ancienne du pays, géologiquement parlant, puisqu’elle date du Crétacé supérieur, soit 70 millions d’années environ. Le biotope qui nous entoure compte au moins 35 espèces endémiques, animales et végétales, c’est la dernière forêt primaire de cette partie du Panama.

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Mar Y Bosques
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La forêt primaire de Cerro Hoya
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Ce que j’aimerais que tu nous expliques, c’est la façon dont se sont enchaînées les étapes de ton cheminement : passionné de pêche dès la petite enfance, puis professionnel de la pêche accueillant dans différents pays (Égypte, Maroc et Panama) des pêcheurs venant des 4 coins de la planète, puis pêcheur voyageur à la recherche des migrateurs à la mouche pour finir depuis quelques années, acteur engagé à plein temps dans l’écologie... Commençons par la naissance de la passion.

J’ai été attiré par la pêche dès mon plus jeune âge, en commençant par taquiner les poissons blancs sur la Dordogne, puis les premières perches et brochets et enfin, j'ai découvert les salmonidés. Vers seize ans, c’est la rencontre d’une figure locale de la pêche à la mouche, qui m’a totalement converti à cette technique. Le geste, le matériel, le montage, tout est devenu accessible et je suis tombé dans une addiction totale. Au final j’ai raté mon bac, mes parents étaient très inquiets, mais je m’étais découvert une passion...

As-tu dans cette période fait une ou plusieurs rencontres qui t’ont marqué ?

Comme je l’évoquais précédemment, c’est la rencontre en 1990 avec Stéphane Giraudeau, grand pêcheur à la mouche, qui m’a initié à cette pratique. Il avait une approche très épurée et personnelle qui me fascinait. Un peu plus tard, Maurice Gouzon, pêcheur de saumon invétéré et grand amateur de littérature, me captivait lors de ses nombreux récits de traque aux migrateurs, armé de sa canne à deux mains. J’ai effectué mon premier séjour de pêche à l’étranger en sa compagnie, en Autriche et pour lui, ce fut le dernier.

Par la suite, j’ai eu la chance de faire de ma passion mon métier et de croiser le chemin de nombreux personnages marquants dont certains sont devenus de vrais amis.

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Parle nous maintenant de tes différentes aventures professionnelles...

Après une seconde tentative bachelière plus fructueuse, puis une école hôtelière, un bateau de croisière m’engage en Égypte, sur le lac Nasser. Le choix n’est pas totalement dû au hasard, car j’avais lu quelques articles sur les monstrueuses perches du Nil qui hantaient ces eaux. Cette partie du sud de l’Egypte était magique, hors du temps, une mer d’eau douce au beau milieu du désert. La pêche étant au-delà de mes espérances, l’expérience fut une révélation.

En 1999, mon contrat terminé, je décidais de rester sur place et de monter une petite organisation de pêche/bivouac entre Assouan et Abu-Simbel. Sans aucune expérience, les débuts furent difficiles, mais petit à petit, les choses se sont mises en place et l’aventure dura sept ans.

À partir de 2003, pendant les mois d’été (lorsque la chaleur ne permettait pas d’opérer sur le lac Nasser), je m’expatriais au Maroc pour organiser des sorties au Marlin blanc, au large de Casablanca. Premier contact avec des poissons marins dotés d’une défense considérable, surtout du point de vue d’un pêcheur d’eau douce ! À cette époque il y avait aussi de superbes truites farios autochtones dans le Moyen-Atlas, pour varier les plaisirs.

Début 2006, départ définitif d’Égypte, direction le Panama. J’avais eu de très bons échos concernant la diversité d’espèces et la possibilité de rencontrer des zones encore peu pêchées. Après six mois de prospection, je m’installe dans le village de Pedasi, sur la côte pacifique, pour monter un camp de pêche qui a rapidement intéressé les amateurs de gros poissons aux leurres de surface. Il faut dire qu’à ce moment-là, les poissons coqs et Cuberas en tout genre, n’avaient jamais vu un popper. Ça a vite changé…. En 2012, ce fut la découverte de la pêche en kayak et dans la foulée, la mise en place d’un camp dans un des endroits les plus reculés de la région, là où nous nous trouvons actuellement.

Et enfin... !es voyages de pêche !

Je n’ai pas fait énormément de « voyages de pêche ». En général, si un endroit me plaît, j’essaye d’y rester le plus longtemps possible, ou de m’y installer. Ce n’est que ces dernières années, ayant plus de temps, que j’ai pu voyager entre la Colombie britannique et la Patagonie, en passant par le nord des États-Unis. Pendant 3 ans je me suis adonné à la recherche des Stealheads et Truites de mer, en immersion totale, restant, à chaque fois deux à trois mois dans chaque destination. Ce sont des régions où il est possible de pêcher sur des parcours libres, en bivouac et avec un budget limité. C’est également durant cette période que je me suis rendu compte que le vrai luxe, c’était d’avoir du temps et de le prendre.

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Pascal dans son petit terrain de culture expérimentale au Panama
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Finalement, le grand virage et la création de la fondation « Mar y bosques ». Cela est-il venu progressivement ou y a-t-il eu un élément déclencheur ? Une rencontre, un livre, un podcast …

En tant que pêcheur, j’ai toujours été attiré par la Nature sauvage, les grands espaces encore peu abimés par l’Homme. Mais cette passion nous met des œillères qui nous font passer à côté de nombreuses opportunités de rencontres ou de nouvelles connaissances, en dehors du cadre halieutique. Nous sommes souvent essentiellement focalisés sur le but de notre présence : prendre du poisson. Et pourtant, il se passe beaucoup de choses autour de nous et de cette truite qui ne veut pas monter.

C’est ici, au Panama, que j’ai vraiment pris conscience de la nécessité de changer mon approche. La Nature m’a énormément donné, j’en ai profité tant que j’ai pu, mais qu’ai-je fait en retour ?

Un jour, lors d’une discussion avec un client, lui faisant la liste, sur un ton affligé, de tous les problèmes environnementaux auxquels cet endroit faisait face, il eut cette phrase qui me stupéfia : « Et toi qui vis sur place, qu’as-tu fait contre tout ça ? »

Ça m’a pris de court et je n’ai su que répondre. Je n’étais même pas contrarié car il avait posé la bonne question… et je n’avais rien fait.

C’est à partir de ce jour-là que l’idée d’une action, pour protéger et sauvegarder cette région unique, est née. J’ai racheté un bout de forêt, resté miraculeusement intact, au milieu des pâturages et un petit groupe s’est rallié à la cause. Début 2023, la fondation « Mar y Bosques de Azuero » existait de manière officielle.

Comme tu as pu t’en apercevoir, l’élevage bovin ainsi que la coupe illégale ont fragilisé de nombreuses zones, jusque dans le Parc National. Il était temps d’agir, pour éviter que la dernière forêt de la péninsule d’Azuero, se transforme en un immense pré à vaches.

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Même dans le parc les parcelles déforestées sont nombreuses.
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Peux-tu nous dire où vous en êtes aujourd’hui, un an après la création de la fondation ? Je me souviens que quand nous avions échangé pour la première fois sur ce projet, il était essentiellement question de reforestation. Bien d’autres programmes sont venus se rajouter depuis.

La reforestation et la sauvegarde du milieu naturel sont toujours au centre de notre action. Nous avons actuellement créé un projet pilote, à partir du premier bout de forêt, en sanctuarisant un corridor biologique de 270 hectares. Très vite, la Nature a repris ses droits, les parcelles se sont ré-ensauvagées avec très peu d’interventions humaines. De nombreux animaux, tel que le jaguar, ont recolonisé les lieux, chose inimaginable il y a seulement 2 ans !

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Les espèces locales recolonisent vite les nouvelles parcelles boisées.
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C’est extrêmement gratifiant d’assister à de tels progrès et de se rendre compte qu’il est encore possible de changer la donne. Mais pour assurer la pérennité du projet et son extension à de plus vastes territoires, il faut absolument mobiliser et inclure la communauté locale. Pour ce faire, nous sommes en train de mettre en place un programme d’agriculture biologique de 2 espèces natives de notre secteur : la vanille et le cacao. Leur production en biodiversité nécessite un couvert végétal qui sera pourvu par la reforestation. Ainsi, la fondation compte accompagner les propriétaires riverains dans cette reconversion, qui de par cette nouvelle activité, assurera l’extension du corridor. Tous veulent participer à ce programme et certains ont déjà commencé les premières plantations.

Comment la fondation est-elle financée ?

Mar y Bosques de Azuero est une fondation à but non-lucratif, tous les membres sont bénévoles et seuls les 3 employés, issus de la population vivant sur place, sont rémunérés. Actuellement nous sommes uniquement financés par des apports personnels et des dons privés.

Nous avons notre propre plantation de vanille et de cacao, au sein du corridor, avec des résultats très prometteurs. Nous espérons pouvoir en tirer profit dans quelques années et ainsi nous autofinancer en partie. Mais pour le moment nous comptons sur le soutien et la générosité des donateurs.

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Une fleur de vanille andémique et son polinisateur naturel, l’abeille Eulaema.
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Comme toujours l’argent est le nerf de la guerre. Je me souviens, il y a quelques années, tu m’as expliqué avoir financé le rachat de terres pour la future fondation (le fameux corridor sans lequel rien n’aurait été possible). Je t’ai alors demandé : « mais c’est à fond perdu ? »... Cela ne voulait rien dire pour toi, tellement il y avait de sens dans ce que tu mettais en place. C’était une question issue de notre mode de vie et d’éducation où argent, rentabilité, investissement et profit on beaucoup de place. Il doit donc être difficile de trouver des donateurs qui trouvent que la protection de la biodiversité est un bon investissement ?

Dans notre modèle économique, l’idée de réussite se doit d’être monétisée, chiffrée, engendrant souvent la possession et le pouvoir. Or, le constat est édifiant, ce système nous mène à notre propre perte. L’érosion vertigineuse de la biodiversité et le dérèglement climatique, entre autres, remettent en question notre propre survie. Il faut changer de paradigme et le remplacer par une approche où la préservation des actifs naturels devient la priorité. Quel est l’intérêt de faire un investissement rentable financièrement et survivre dans un milieu stérile et bétonné ? Ça n’a pas de sens !

J’ai l’impression que de plus en plus de monde se rend compte de cette ineptie et passe à l’action, en soutenant ce genre de projet. Pour certains, ça peut être perçu comme un legs à leur descendance, pour d’autres c’est un moyen de compenser leur empreinte carbone, mais l’important c’est de faire le premier pas.

Investir dans la sauvegarde de notre milieu, n’est pas seulement un bon investissement, c’est une nécessité.

Quel regard portes-tu maintenant sur la pêche, notamment sur les voyages et les séjours de pêche ?

La notion de « voyage de pêche » implique une initiative personnelle, un parfum d’aventure, de découverte, avec tous les risques qui vont avec, notamment celui de l’échec. Cette approche n’est plus vraiment d’actualité, on devrait plutôt parler de « tourisme pêche », bien de consommation parmi d’autres où tout est mis en œuvre par le prestataire pour satisfaire ses clients. Par conséquent, les séjours sont de plus en plus standardisés et se doivent de répondre à tous les critères d’une réussite convenue. Il faut optimiser un temps restreint en attrapant, photographies à l’appui (toujours les mêmes), un maximum des espèces présentées par le site et les réseaux sociaux. Je sais que c’est un peu sévère, d’autant plus que j’ai vécu de ces voyages de pêche organisés pendant de nombreuses années. Mais je trouve que le marketing utilisé à outrance, cette nécessité absolue, pour les opérateurs, d’exister via les réseaux sociaux (sous peine d’être mis hors-circuit), met en danger l’authenticité des destinations. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai définitivement arrêté cette activité.

Quant à la pêche en général, c’est difficile de la résumer en quelques lignes, il y a tellement de façons différentes de la pratiquer, à chacun son plaisir. Personnellement j’aime les pêches simples, sans avoir recours à une course à l’armement en utilisant des moyens disproportionnés, par rapport au poisson qu’on recherche. Ici, je la pratique en kayak, essentiellement pour me ravitailler en poisson frais. C’est un autre plaisir, on devient beaucoup plus efficace quand le dîner dépend de son aptitude à pêcher un poisson comestible. Dorénavant, lorsque je prends un poisson coq, je suis un peu déçu, mais ravi lorsque je remonte un petit Pargo !

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Pacal
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Pourtant, il me semble que la passion est toujours là. Je sais que quand tu es à Tembladera et que tu pêches en kayak, tu arrêtes ta session dès que tu as de quoi te nourrir. Mais nous avons prospecté ensemble 3 petites rivières de la région, canne Tenkara en main et mouches sèches nouées au bas de ligne et j’ai vu le plaisir que tu prenais, les pieds dans l’eau, à essayer de capturer des trophées dépassant difficilement 20cm.

Oui c’est vrai que pour la pêche à la mouche, le feu sacré est toujours là ! Mais ce qui m’anime ici, c’est de pouvoir me régaler sur des rivières accessibles à pied, sûrement jamais pêchées de cette manière auparavant et avec des espèces que je ne connaissais pas.

Ces trophées, qui dépassaient difficilement les 20cm comme tu dis, auraient l’air ridicule sur Instagram… mais pour moi, c’est toujours un émerveillement de découvrir une nouvelle espèce. Cette prise, qui pourrait paraître sans intérêt, crée un moment exceptionnel.

On se rend compte, finalement, que le plaisir que procure la pêche, n’est pas une question de taille de poisson ni de nombres de kilomètres parcourus. On peut connaître de véritables aventures halieutiques, dans sa région, sans prendre l’avion, ni pêcher à bord de bateaux sur motorisés, mais plus simplement, de manière autonome, en équilibrant le rapport de force poisson/pêcheur.

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Trucha de tierra caliente : Agonostomus monticola.
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Quel est ton meilleur souvenir de pêche ?

Bon là, on va revenir sur une destination lointaine, c’était avant que je décide d’éviter de me déplacer en avion. Ce voyage fut mémorable, c’est celui qui me vient le premier á l’esprit.

J’étais dans le sud de la Patagonie argentine, en bivouac sur une rivière réputée pour ses truites de mer. C’était le début du COVID, et le confinement national était imminent. Lors d’un réapprovisionnement en vivres, dans la seule ville de la région, on m’annonce que toute circulation allait être interdite dès le lendemain et jusqu’à nouvel ordre. Ni une, ni deux, le temps de remplir la voiture de provisions, je passe le poste de contrôle à temps (il n’y a qu’une seule route) pour aller m’installer au bord de la rivière, à une centaine de kilomètres, à l’abri des regards. En temps normal on ne croise pas grand monde dans cette région du monde, mais suite à cette interdiction, j’ai pu rester pratiquement 3 mois, en autonomie, sans pratiquement voir âme qui vive.

 

Ce fut une des meilleures remontées de truites de mer depuis des années, les niveaux d’eau étaient souvent parfaits, certaines journées de pêche furent de véritables moments de grâce avec la sensation d’être seul au monde. Je dois avouer que toutes les truites n’ont pas été remises à l’eau et au bout d’un moment, certains lièvres ont fait les frais d’un besoin impérieux de varier le menu. J’étais sur mon petit nuage, jusqu’à ce que le froid s’installe et finisse par me chasser de ce territoire devenu hostile.

Quand je suis rentré, j’ai dû passer, de nouveau le poste de contrôle, mais avec beaucoup plus de complications que la première fois ! Il a fallu expliquer ce que je faisais là, avec une tête de naufragé au long cours, en pleine pandémie, alors que tous les axes de circulation étaient fermés depuis des mois.

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Patagonie argentine
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Et une partie de pêche qui te ferait vraiment envie, même si tu ne veux plus prendre l’avion.

J’ai entendu parler d’un lac de mangrove sur la côte caraïbe panaméenne, difficilement accessible, donc peu ou pas pêché et où il y aurait des Pargos de mangrove et peut-être même des Snooks. On ne trouve aucun commentaire sur la pêche concernant ce lieu, peut-être un vrai « secret spot ». Je pense aller y faire nager un streamer prochainement !

Je voudrais te remercier Pascal d’avoir répondu à mes questions, car tu as longtemps hésité avant d’accepter de faire cette interview. Tu ne voulais pas passer pour un donneur de leçons et te demandais si c’était une bonne idée de publier dans un magazine comme Truites & Cie ton avis négatif sur les séjours de pêche. Je pense justement que tu es très bien placé pour en parler et que ton cheminement, tes prises de décisions et ton engagement sont pour nous une source de réflexion.

Je crois beaucoup à la valeur de l’exemple et ce que tu fais est un vrai modèle d’engagement. Personnellement, après 2 semaines passées en ta compagnie, à beaucoup parler d’écologie et à faire l’état des lieux de notre environnement et notre mode de vie je rentre convaincu que je dois faire plus. Tous les scientifiques s’accordent à dire qu’il est urgent de moins consommer et que c’est la seule solution au problème de changement climatique.

Je suis probablement encore un peu trop égoïste, pour décider comme toi de ne plus prendre l’avion (à part pour raison familiale) mais je vais moins le faire et différemment. Merci Pascal d’avoir un peu plus éveillé ma conscience.

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